‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 17 sur 77 · Zodiacns vitæ, X · texte numérisé non relu

Zodiacns vitæ, X

.8. \ oy. Melcbior Adam, Guy Patin.

fort, 1568, in-fol., qui est, selon M. Gustave Brunet', la quatrième réimpression de l’édition originale de J. Aurifaber. Ne pouvant vérifier, nous acceptons la caution de M. Michelet et nous donnons la version de Widman, qui est plus étendue, mais où l’on retrouve le passage de M. Michelet : «Un jour le docteur M. Luther présidait un repas où l’on mit sur le tapis l’histoire du docteur Faust et où l’on parla des malices qu’il s’était permises récemment ; alors le docteur Luther dit gravement que ce Faust ferait ce qu’il voudrait, néanmoins à la fin il recevrait abondamment la récompense de ses actes. Car il ne réside rien autre en lui qu’un diable hautain, orgueilleu.\ et ambitieux, qui veut en ce monde s’acquérir de la gloire malgré Dieu et sa parole, en dépit de la conscience et du prochain ; mais qui ne veut rester dans les justes bornes, n’a qu’à aller tout droit au diable, car jamais un animal plus orgueilleux n’est apparu ni n’est tombé de si haut que le diable, donc, pourquoi Faust n’imiterait-il pas son maître, sauf à se briser la tête finalement ? Mais je le dis bien haut : ni

1. Les Propos de table de Martin Luther, revus sur les éditions originales, 1844. M. Brunet ne donne pas dans son recueil l’alinéa de M. Michelet; son introduction ne mentionne non plus une édition des Colloquia oder Tischreden, que nous avons eue sous les yeux; elle est précédée de l’avis d’Aurifaber aux ronseils de Strasbourg, Augsbourg , etc., et suivie d’un appendice ou recueil de matières i>(|ui ont été mêlées aux Propos sans y appartenir, et dont certaines n'ont pas même été traitées par Luther. » Elle a été imprimée à Francfort chez les héritiers de Th. Rebart , 1371, et ne doit pas être confondue avec celle de Slangwald.

lui ni le diable ne doivent seulement pas faire usage de la magie contre moi'. Voici ce que je sais : si le diable avait pu me' nuire, il l’aurait fait depuis longtemps ; il m’a déjà souvent pris à la tête , mais il a toujours été forcé de me lâcher ; j’ai éprouvé quel compagnon c’était, il m’a réduit souvent dans. un état tel que je ne savais plus si j’étais mort ou vivant. Il m’a aussi induit en désespoir au point que je ne savais plus s’il y avait un Dieu et que je perdais toute confiance en notre Seigneur , mais grâce â la parole de Dieu , je me suis défendu contre lui ; sans cette parole , en effet , il n’y a point de remède , le secours vient de la promesse de Dieu ou de la parole divine que nous nous appliquons, mais faute de la parole de Dieu , c’est bientôt fait de nous et le diable en use avec les hommes à son gré et à son plaisir. » Ainsi furent entamées de nombreuses discussions, touchant ce Faust, et quelqu’un se mit à dire que Faust connaissait l’avenir. Le docteur M. Luther répondit : « Oui , le diable connaît les pensées des impies , car il les leur suggère , il pénètre et régit les cœurs de tous les hommes qui ne sont pas gardés par la parole de Dieu, il les tient prisonniers dans ses filets, afin qu’ils parlent, pensent et agissent selon sa volonté. (Voy. Ep. P. ad Tim. II, ii, et ad Cor. II, iv.) Aussi n’estil pas étonnant que Faust puisse prévoir certains événements, puisque le diable dans la guerre de Bavière a

.1. Cf. Michclel , /oc. ci/.

pu les deviner, en voyant d'une pîirl le coinle palatin Robert fier, riche, et partant audacieux , mépriser l’empereur Maximilien, et de l'autre, Maximilien, caractère noble, ouvert et digne de tous les éloges, repousser le mépris, d’où la guerre.

Là-dessus un autre raconta comment le docteur Faust se trouvait récemment chez un comte en Bavière ; là il organisa une chasse et fit apparaître toute sorte d’animaux , mais par des moyens surnaturels. Le docteur Luther ajouta qu’un noble fort riche le fit venir une fois dans son château, ainsi que plusieurs savants de Wiltemberg et organisa une chasse au lièvre. A un certain moment, tout le monde aperçut un beau lièvrerenard qui vint courir entre les jambes des chasseurs , et comme le gentilhomme le poursuivait en criant, à cheval sur son bidet, le cheval soudain tomba et creva, et le lièvre monta en l’air et s’évanouit, car ce n’était qu’une apparition diabolique. Un autre dit qu’il savait que des gentilshommes de Thuringe étaient une nuit allés à la chasse au lièvre sur le Horselberg et en avaient pris une huitaine ; lorsqu’ils revinrent et voulurent accrocher les lièvres , ils ne trouvèrent le matin que des tètes de chevaux. Le docteur Luther répondit qu’il se pouvait que le diable eût ramassé ces têtes à la voirie pour jouer ce tour, et que sans doute le docteur Faust n’avait pas non plus organisé une chasse sans le dessein de faire une niche, car le diable se raille de tous les exercices des hotnines, le diable est un esprit de présomption.

Un autre dit que le docteur Faust s’élait arrêté quelque temps à Gotha ; ayant eu un démêlé avec son hôte , il causa dans la cave de celui - ci un tel vacarme, que personne n’y put descendre la nuit avec une lumière, parce que cette lumière était chaque fois éteinte , et toute la nuit on entendit relier les tonneaux dans la cave, ce que jamais ou n’avait entendu. Le docteur M. Luther répondit: «C’est là le système du diable ; quand il est entré quelque part, on a de la peine à le déloger »...

Le docteur G. I.' dit qu’on prétendait que le docteur Faust avait un spiritus familiaris.... le docteur Luther répondit: «Le diable peut prendre la forme humaine, mais ce qui est certain , c’est que celui qui invite le diable , a de la peine à s’en défaire. Car le docteur Luc Gauric, le magicien d’Italie*, a, en présence de plusieurs seigneurs, dont j’étais, reconnu qu’une fois son esprit lui apparut et voulut à toute force lui faire quitter Tltalie pour l’Allemagne , où vivait un plus puissant que lui, nommé le docteur Faust et dont il apprendrait beaucoup de choses; Luc répondit: «Il n’est pas convenable qu’un diable en chasse un autre. »

Nous voyons ici la légende à l’état oral , à l’état de propos interrompus , un pas de plus et elle deviendra narration écrite; nous surprenons aussi le caractère

1. Christophe Irénée de Schweidnilz, prédicateur à Aschersleben , Eisleben , Weimar et Mansfeld.

2. Luc Gauric, protonotaire apostolique , évêque de Civilate, tué par Jean Bentivoglio pour avoir prédit un événement funeste. Voy. .Adelung, Geschichte (1er menschlichen yarrheit. 1788. Il, 255.

qu'elle revêtira , c’est-à-dire un caractère luthérien et protestant. L’opinion de Luther lui-même sur Faust est tout à fait conforme à ce qu’on sait de la déinonologie du moine saxon. Les bulles et les livres catholiques lancés contre lui l’ont été par le diable ; Mûnzer et sa révolte furent une tempête du diable ; le diable a , par Carlostadt, cassé les carreaux de sa fenêtre ; les sacramentaires et les anabaptistes , Servet, Campanus ont été les instruments du diable , quiconque enfin ne pratique pas ( la Parole de Dieu » est le suppôt de Satan. «C’est une cho.se merveilleuse, dit Bossuet', de voir combien sérieusement et vivement il décrit son réveil, comme en sursaut, au milieu de la nuit; l'apparition manifeste du diable pour disputer contre lui; la frayeur dont il fut saisi, sa sueur, son tremblement et son horrible battement de cœur dans cette dispute ; les pressants arguments du démon qui ne laisse aucun repos à l’esprit; le son de sa puissante voix, ses manières de disputer accablantes où la question et la réponse se font sentir à la fois. » Le réformateur laisse percer pour le démon une secrète complaisance , il semble que le monde ne soit pour lui qu’une immense diablerie; il tient avec le diable des conférences théologiques, et l’on sait qu’un jour, ne sachant que répondre aux arguties de son adversaire, il lui lança, à défaut de raisonnement, son écritoire au visage.

r yariulions, H.

Le témoin le plus rapproché de 1567, époque de l’apparition des premiers livres légendaires sur Faust, est Augustin Lercheimer, un autre disciple de Mélanchthon, qui, comme Wier, voulait qu’on menât les sorcières plutôt chez le médecin et le prêtre que devant le juge et l’avoyer. Ses Réflexions sur la magie', publiées en 1585, contiennent plusieurs mentions de Faust qui s’accordent en partie avec la première version de la légende. Le chapitre 7 est à rapprocher du chapitre 57 de la légende, où Faust «mange un valet». Le chapitre 13 répond au 40® de la légende qui raconte comment Faust alla dans la cave de l’évêque de Salzbourg avec six compagnons. Le chapitre 15 parle du vieillard (voy. la légende , chap. 63) qui voulut dissuader Faust de sa mauvaise vie, et contient une histoire nouvelle. «Faust, le garçon dissolu et diabolique, resta quelque temps à Wittemberg et vint quelquefois chez le docteur Philippe (Mélanchthon), qui le gronda et lui conseilla de cesser ses pratiques , sans cela il en adviendrait du mal hnalement, comme il advint en effet. Pour lui, il n’en avait cure. Une fois, il était environ dix heures et le docteur Philippe sortait de son cabinet d’étude pour se mettre à table ; il avait avec lui Faust qu’il venait de gronder fortement : «Seigneur Philippe, se mit à dire Faust, vous me dites toujours de gros mots, je veux faire qu’une fois, lorsque vous serez à table, tous les

\ . I.ercheimer von Steinfelden , Ein christUch Bedenken , etc.

pots de 1(1 cuisine volent dehors par la cheminée, pour que vous et vos convives n’ayez rien à manger. — Tu t’en garderas bien, répondit le docteur Philippe, je me moque' de ton art. » Et il s’en garda en effet. » *

Le chapitre IG raconte , après Manlius, la fuite de Wittemberg ; ce qui est plus important , c’est que le livre de Lercheimer attribue à des magiciens autres que Faust des exploits que la légende attribuera bientôt à Faust même.

Il convient de mentionner encore deux auteurs, qui ont écrit après 1587 ; le premier c’est Delrio, dont le livre, paruenl599% contient ceci: «La renommée rapporte que les magiciens Faust et Agrippa avaient coutume, en voyage, de payer l’aubergiste avec de l’argent qui, à l’œil, parais.sait de bon aloi, mais qui, au bout de quelques jours , se changeait en rognure de corne ou en autre matière sans valeur. *)>

Delrio, plus encore que-Manlius, rapproche Faust et Agrippa. Qu’est-ce à dire? que la science passait alors pour magie et que le mérite était suspect de connivences

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