Philostr w<poW., III
4. Nous nous servons de la Iraduclion de Cayet revue ; celle traduclion esl très-Iiltérale lorsqu’elle saisit le sens , de plus elle porte un cachel de naïveté qui répond à la pensée de l’auteur original.
Léda, sœur de Castor et de Pollux, qui a été la plus belle femme de la Grèce, je veux vous la représenter, que vous voyiez personnellement son esprit en sa forme et stature comme elle a été en vie, de même que j’ai représenté devant l’empereur Charles-Quint, Alexandre le Grand et son épouse.» Sur cela le docteur défendit à ses compagnons que personne ne dît mot et qu’ils ne se levassent point de table pour la recevoir, puis sortit hors du poêle. Quand il rentra, la reine Hélène le suivait de près, si admirablement belle, que les étudiants ne savaient pas s’ils étaient eux-mêmes ou non, tant ils étaient troublés et enflammés. Ladite Hélène apparut dans une riche robe de pourpre noire, les cheveux dénoués, brillants comme l'or et si longs qu’ils venaient jusqu’aux genoux, avec de beaux yeux noirs comme du charbon, un regard amoureux, une tête ronde, des lèvres rouges comme des cerises, une petite bouche, un cou de cygne, les joues vermeilles comme une rose, un visage très-beau et luisant, un corsage long, droit et svelte. En somme il n’eût pas été possible de trouver en elle une imperfection. Elle regarda autour d’elle dans la chambre, d’un regard hardi et mutin, et les étudiants furent enflammés d’amour pour elle; mais comme ils la prenaient pour un esprit, cette ardeur passa vite et Hélène sortit avec le docteur Faust. Ensuite les étudiants prièrent le docteur de la leur représenter le lendemain, disant qu’ils amèneraient un peintre qui prendrait son croquis. Mais le docteur leur
répondit qu’il ne pouvait pas évoquer son esprit à tout moment, que cependant il leur donnerait le portrait d’Hélène et qu’ils pourraient en faire prendre des copies, ce qui eut lieu', et les peintres envoyèrent les exemplaires dans toutes les directions, car c’était un magnifique portrait de femme. On ignore l’auteur de la copie. Quant aux étudiants, le soir du jour où ils contemplèrent Hélène, ils ne purent dormir dans leurs lits. D'où l’on voit que le diable enflamme souvent les hommes d’amour et les pousse dans une vie de débauche d’où il est difficile de se tirer. »
Les pieuses observations de l’auteur, amenées par la simple agitation nocturne des étudiants, auraient mieux trouvé place au chapitre 67, qui traite des amours de Faust dans la dix-neuvième et la vingtième année du pacte. Faust, à cette époque de sa vie, «mène une existence de pourceau et d’épicurien, couche avec des succubes, parcourt les royaumes à la recherche des belles femmes et en séduit sept, deux Néerlandaises, une Hongroise, une Anglaise, deux Souabes et une Française. » Dans la vingt-troisième année du pacte, il se souvient d’Hélène et il prie son génie de la lui représenter, pour qu’il en fasse sa concubine, ce qui a lieu. «Et cette Hélène était toute pareille
Un camée antique représente Pâris et Hélène assis devant une colonne surmontée d’un vase; près d’eux Penthésilée, reine des Amazones , tenant son cheval par la bride. Pâris tient d’une main une tête de loup , de l’autre un pedum; près de lui un chien. Millin, Galerie mythol. . n“ 591.
à celle qu’il avait évoquée, avec uii visage aimable et charmant. Et elle captiva tellement son cœur qu’il eut amitié pour elle et la garda "pour sa femme de couche , il ne pouvait presque pas rester éloigné d’elle, si bien que dans la dernière année elle devint grosse et enfanta un fils dont le docteur se réjouit fort et l’appela Just Faust. Cet enfant prédit à Faust des choses qui devaient arriver dans divers pays. Quand Faust mourut, la mère et l’enfant disparurent.» «Admirable symbole, dit M. F. V. Hugo, Hélène, cette merveilleuse créature qui rendit l’Asie jalouse de la Grèce, et dont le sourire a fait l’Iliade, Hélène apparaissant tout è coup dans celte salle gothique, devant des étudiants éblouis, c’est la beauté antique se révélant aux générations de l’avenir.... Mais il ne suffit pas que Faust évoque Hélène, il faut qu’il s’unisse à elle et qu'il la rende mère. L’enfant qui naît de cette union, la légende l’appelle Just Faust, mais plus tard Gœthelni restituera son vrai nom, il l’appellera Euphorion et il incarnera en lui la civilisation moderne*.» «Hélène,
1. Euphorion naquit de l’ombre d’Hélène et d’Achille. (Paus., III, 9. Tzez. Lijcoph., 171. 172.) Sommer a présumé gratuitemeni que l’épisode d’Hélène était tiré de l’histoire de Simon le magicien : Simon, avec l’argent dont saint Pierre n’avait pas voulu , acheta une esclave, nommée Hélène, avec laquelle il voyagea dogmatisant et se faisant voir à ceux qui voulaient l’adorer. Suivant Simon , la première manifestation de. Dieu avait été une splendeur parfaite qui produisit immédiatement son reflet. Ce soleil des âmes, c’était lui, et son reflet, c’était Hélène, qu’ii appelait Sélène, la lune. Or la lune de Simon était descendue, au eummeneemcnl des siècles, sur la terre que Simon
(lit d’autre part M. Marinier, Hélène la fille poétique de la Grèce, arrive en Allemagne, dans la petite ville de Wittemberg. Hélène est d’une grande complaisance. Le changement de lieu ne l’étonne pas; la demeure tout allemande des philosophes ne lui fait point regretter le palais splendide de Priam. Hélène est une bonne fille qui tombe sans difficulté de l’épopée d'Homère à la condition assez bourgeoise de maîtresse de maison à Wittemberg.» M. Marmier s’étonne trop, il s’étonne plus qu’Hélène elle- môme. La femme grecque des temps héroïques se rapprochait des femmes héroïques de l’ancienne Germanie. Chez les Grecs comme chez les Germains, la femme, en ces temps, prenait part au mouvement social; elle n’était pas seulement la gardienne de la maison et la protectrice du ménage, elle exhortait, elle encourageait, elle vivait d’une vie réelle et forte. Hélène, dans l’Iliade, prend part à la conversation des chefs et des guerriers; couverte du voile, escortée de ses suivantes, elle se promène sur les rem-
avaii ébauchée dans ses rêves éternels, elle y devint mère, caria pensée de son soleil l’avait fécondée et elle mit au monde les anges. Les anges se révoltèrent contre elle et l’cncbainèrent dans un corps mortel. Alors la splendeur de Dieu fut forcée de venir racheter Hélène et Simon vint sur terre. Il devait y vaincre la mort et emmener vivante ,à travers les airs Hélène , suivie du chœur des élus. Voy. Eliphas Lévi, Histoire de la magie. — Hélène, la Troyenne, était connue des Allemands par des compositions récentes. Le poème de Guido de Columna sur la guerre de Troie avait été traduit plusieurs fois dans la seconde moitié du (|uinzième siècle. Henri de Weldeck (1180) avait laissé une Enéide. Herbert de Frit/.lar , Conrad de WurzboilFg (1270) avaient chanté la guerre de Troie.
parts et s’assied auprès des anciens du peuple, qui murmurent sur son passage le mot de divinité. Dans l’Odyssée nous la retrouvons comme ménagère, adorée de son époux Mélénas. Elle sort de sa chambre haute et odoriférante, s’avance majestueuse comme Diane aux flèches d’or. Ses suivantes l’accompagnent: Adraste lui prépare une couche splendide, Alcippe étend à ses pieds un tapis d’une laine moelleuse, Philo lui porte sa corbeille arrondie, dont le fond est garni d’argent et dont le contour extérieur est d'or pur. On lui présente un tabouret et l’on place près d’elle sa quenouille entourée d'une laine violette. Quand Hélène s’est assise sur sa couche, elle questionne son mari sur les hôtes qui viennent d’arriver. Telle est la femme grecque de ces temps: compagne de son mari, ménagère, appréciatrice de la grâce et des arts.
Transportons -nous en Germanie: nous y voyons la femme libre, honorée; son instinct, son caprice même, regardés comme une inspiration divine. Faut- il remonter jusqu’à Vala, la prêtresse antique, la sibylle mystérieuse, qui déroule en tableaux éclatants la création, la ruine et la renaissance de l’univers? Une rencontre plus assortie à notre sujet est un autre épisode de l’Edda, \ Évocation de Groa\ Groa est morte; elle a laissé un fds qui, dans la crainte que lui inspire l’avenir, vient la nuit au tombeau de sa mère pour lui