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demander ses conseils : « Tout fardeau qui le sera trop lourd, répond Groa, rejette -le et sache t’aider loimême, quand la nuit te surprendra sur une route ténébreuse, que la chrétienne funeste ne te. jette point de sort, etc.» Faust n’avait- il point à demander à Hélène des conseils analogues? Le fardeau qu’il trouve trop lourd, c’est le fardeau de l’autorité et de la tradition; la femme dont il repousse les maléfices, c’est la croyante dévote et superstitieuse dont Goethe traduit la pensée, lorsqu’il lui fait dire : «: Si le mari cède sur le point de la piété, j’aurai tout crédit. »
Les cycles d’épopées postérieurs nous fournissent des analogies non moins précieuses. Dans le poème de Gudrune, l’Odyssée allemande, Hagen, roi d’Irlande, a une fille, Hilda, qui, à peine sortie de l’enfance, attire par sa beauté les vœux d’une foule de princes repoussés par Hagen. Cependant, Ilettel, roi de Frise, décidé à conquérir la main de la princesse, imagine une ruse ingénieuse. Il arrive sur un traîneau chargé d’objets précieux dont il offre les prémices au roi son hôte. Secrètement informée de l’amour de Hettel, la belle Hilda consent à se laisser enlever. Hagen, outré de colère, s’embarque pour la Frise à la tête d’une armée nombreuse, il déclare et fait la guerre à Hettel, jusqu’à ce qu’enfin, plus faciles que les Troyens et les Grecs, les deux rois oublient leur haine, et que Hagen laisse sa fille sur le trône de Frise. Il y a dans Gndrune des réminiscences nombreuses de l'hisloire poétique de la
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Grèce. Hélène, en Ibulanl la terre d'Allemagne, vient renouer la chaîne de ces antiques traditions, rendre à la femme asservie' et enlaidie sous l’influence d’un spiritualisme étroit, sa puissance sociale et sa grâce
domestique; la réconciliation de la Grèce et de la Ger-
manie s’accomplit en son sein, et sur l’autel de sa beauté brille l’aurore d’un monde nouveau.
Le terme fatal approche; la vingt-quatrième année du pacte de Faust est bientôt écoulée. Le docteur fait alors son testament, par lequel il institue son serviteur Wagner son héritier; il lui lègue, entre autres, ses livres, qu'il doit tenir secrets, et lui donne un démon, Auerhahn, qui le servira sons la forme d'un singe.
t. A l’époque de Luther, la poésie allemande, refoulée dans les classes inférieures, offre pour tout génie Hans Sachs, le cordonnier. Ses drames sont un travestissement des mystères , une contrefaçon de la naïveté du moyen âge. Les Enfants d’Éve, par exemple, offrent un tableau de la vie bourgeoise , mais un tableau sans grâce, sans délicatesse. Ève recommande à ses dix enfants , quand le Seigneur arrive, d’étre polis envers lui , de le saluer en ôtant le chapeau et de lui tendre la main ; le grossier Caïn lui présente la main gauche , etc. Si nous passons à la vie réelle , nous n’y voyons pas les femmes de la réforme entourées de l’auréole poétique ; Catherine Bora était, selon Bredow, une femme acariâtre, hautaine et jalouse. Nus la représente dédaignant la voisine bouffie d’orgueil , de méchante humeur. Catherine Krapp, femme de Mélanchlhon, n’avait nul souci de sa personne, nul soin de son extérieur; Anna, sa 011e, ne fut pas heureuse en ménage; son mari Sabinusiui reprochait un caractère morose. En France même , dans le pays des élégances, cette trace sévère et puritaine est à suivre : Marguerite de Navarre se met simplement : sa cotte monte haut , â plat, sans rien de galant , sa cornette basse encadre le front et laisse à peine passer les cheveux. Marot la loue de son parler sans fard, Erasme admire en elle « une prudence digne d’un philosophe, un merveilleux mépris de toutes choses périssables. »
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Enfin, Mephoslophiles apparaît, remet à Faust son obligation, et lui annonce que la nuit du lendemain, le diable viendra chercher son corps : <tLe docteur, qui savait qu’il devait payer sa promesse ou signature de sa peau, va, le jour où le diable doit venir le chercher, chez ses fidèles compagnons, maîtres, bacheliers, et autres étudiants, qui l’avaient souvent visité, et les prie de venir avec lui se promener au village de Rimlich , à un demi-mille de Wiltemberg, puis déjeuner, ce à quoi ils consentirent. Ils se rendirent là et firent un déjeuner splendide. Le docteur Faust se montra gai avec eux, mais pas de bon cœur. Il les pria encore de lui faire le plaisir de souper avec lui et de passer la nuit auprès de lui : il avait quelque chose d’important à leur dire; ils consentirent et soupèrent. Lorsqu'ils eurent vidé le dernier verre, le docteur Faust paya l’aubergiste, et pria les étudiants de passer avec lui dans une autre chambre, disant qu’il avait à leur parler.» Et il prononce une oratio ad studiosos, où il annonce à ses amis que pendant la nuit le diable viendra le chercher; il les prie de se mettre au lit, de dormir tranquillement, et, s’ils trouvent son corps, de l’enterrer. «Entre minuit et une heure, un vent impétueux donna contre la maison et l'ébranla de tous côtés, comme s’il allait tout détruire et jeter la maison à bas. Les étudiants pensèrent être perdus, sautèrent de leurs lits, et se réconfortèrent les uns les autres, mais ne sortirent pas de la chambre. L’aubergiste courut dans une maison
voisine. Les étudiants, qui couchaient à côté de Faust, entendirent un sifflement terrible et un frémissement, comme si la maison était pleine de serpents, de vipères et d’autres bêtes nuisibles; pendant ce temps, la porte du docteur Faust s’ouvre, et il commence à crier au secours et au meurtre, mais à peine à demi -voix, et bientôt on n’entend plus rien. »
Au point du jour, les étudiants entrent dans la chambre du docteur, mais ils ne voient plus Faust, rien que la chambre tachée de sang. La cervelle, les yeux, les dents du docteur sont collés à la muraille, et son corps se retrouve sur un tas de fumier, horrible à voir. Les maîtres et étudiants font ensevelir ces restes dans le village, puis s’en retournent à Wittemberg. Quant à Hélène et à son fils, ils disparaissent le même jour. La nuit suivante , le docteur apparaît à Wagner et lui révèle beaucoup de secrets. «Ainsi finit l’histoire véritable et magique du docteur Faust, qui est pour instruire tout bon chrétien, principalement ceux qui sont d'une tête et d’un sens orgueilleux, téméraires, curieux et superbes, à craindre Dieu et à fuir tous les enchantements, conjurations et autres œuvres du diable, défendues sérieusement par Dieu, à ne pas inviter le diable et à ne lui rien accorder, mais, au contraire, à aimer Dieu seul et à le servir de tout cœur, de toute âme et de toutes ses forces. Amen. I. Petr., v. Soyez sobres et veillez, car votre adversaire, le diable, tourne autour de vous comme un lion rugissant, etc.»
L’histoire finit comme elle a commencé, par la moralité superstitieuse et la citation évangélique , la citation d’un de ces épistolaires que Mephostophiles défend à Faust de lire, dans la crainte toute luthérienne que cette lecture ne l’amène à résipiscence et que la parole de Dieu n’opère en lui. «Renouveler ce Faust du moyen âge, dit M. Phil. Chasles’, après avoir cité l’analyse prétendue exacte de l'histoire du docteur par M. Marmier, et l’approprier aux nouvelles doctrines, aux nouveaux doutes, aux destinées nouvelles de l’humanité, voilà l’oeuvre de Goethe. Le vieux peuple allemand du quinzième siècle n’avait conçu Faust que sensuel et curieux, avec les penchants et les entraînements grossiers qui rabaissent et qui dépriment. Goethe prête à son savant les aspirations élevées qui le rachètent.» Il y a trois erreurs dans ces quelques lignes : d’abord il n’y a pas de Faust du moyen âge, il y a un Faust de la renaissance, qui est Faust l’imprimeur, et un Faust de la réforme, qui est Faust le magicien. Ce Faust, celui dont nous nous occupons, a vécu au seizième siècle; par conséquent, le peuple allemand du quinzième siècle n’a eu à le concevoir d’aucune façon ; en troisième lieu, ce Faust n’a pas été conçu si sensuel, si grossier, si bas qu’on veut nous le faire croire; Faust, nous sommes forcé de le répéter, est un chercheur, un spéculateur, qui étouffe dans la prison de la théologie, de la divinité,
\ . Etudes sur l'Allemagne.
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comme on Pappelail, et se donne au diable, c’est-à-dire à la nature, pour y trouver le secret de la science. Goethe n’avait pas à renouveler ce Faust, il n’avait qu’à . le développer, à l’agrandir et à l’entourer de ses inventions poétiques.