‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 51 sur 77 · Études sur l’Espagne · texte numérisé non relu

Études sur l’Espagne

teindre la révélation intime du dogme de l’unité de Dieu. L’étranger demande sa roule au contemplateur, puis il s’assied près de Cypriano et cause. Des livres grecs sont là, épars sur le gazon. L’étranger engage la conversation sur les matières les plus élevées. Cypriano, qui s’étonne de le voir si habile dans la controverse, lui soumet ses doutes ; combattu vivement par le diable (car c’est le diable), il finit par rester vainqueur; la seule force de la logique, qui ne peut supposer l’existence d’une multitude d’effets , se servant de cause à eux-mêmes, et n’ayant point de cause première, triomphe du démon. Mécontent et vaincu, le diable se retire. Prévoyant que la volupté seule peut éloigner de la vérité cette âme païenne prête à s’éclairer, il suscite une intrigue bien tissue. On entend un bruit d’épées sous le feuillage ; deux gentilshommes, prétendant l’un et l’autre à la main de dona Justina, vont se battre pour mieux s’accorder. Cypriano leur prouve que c’est un très-mauvais moyen de s’entendre, et qu’ils feront mieux de s’en remettre à la décision de celle qui leur est chère; il se porte pour médiateur des deux amants et s’offre pour ambassadeur auprès de Justina; c’est là que le diable l’attend. Justina, qui ne ressent de préférence pour aucun des deux , paraît si belle à Cypriano, qu’il s’écrie : « Adieu , méditations célestes ! j’ai vu Justina ! » Une passion violente s’empare de lui: «Oh! pour avoir cette femme, je donnerais mon âme! — Je l’accepte!» répond une voix lugubre qui sort des profondeurs de

la forêt. Aussitôt le ciel se couvre, la mer mugit, la foudre gronde, un vaisseau se brise sur les rochers de la côte, et un naufragé se trouve jeté par les vagues aux pieds de Cypriano. Ce naufragé est un grand sorcier. Le sorcier reçoit les secours du jeune homme et promet de lui enseigner la magie. Cependant, Cypriano, de plus en plus passionné, se résout à signer ce pacte infernal Le diable se met alors à tenter la séduction de Justina; il ne réussit pas; mais il vient tout de même réclamer le prix du pacte conclu, l’âme de Cypriano:

Le Démon. — Tu m’appartiens, voici ta signature.

Cypriano. — Tu n’as pas rempli tes engagements, et nous sommes quittes. Serais-tu mécontent? {Il tire l’épée.)

Le Démon. — Pauvre fou! tu frapperais d’estoc et de taille, que tu ne m’atteindrais pas. Apprends quel est ton maître, je suis le démon.

Cypriano. — Toi?

Le Démon. — Et tu es à moi.

Cypriano. — Jamais! Celui qui a délivré Justina viendra sans doute à mon secours !

Le Démon. — N’y compte pas, homme de délices, d’orgueil et de volupté; il ne te secourra point.

Cypriano. — Si son pouvoir est suprême, il me pardonnera ; ce sera ma récompense.

Le Démon. — Il est juste, pour récompense, tu auras le châtiment.

Cypriano. — On ménage le prisonnier qui se rend.

Le Démon. — Tu ne peux être à lui, puisque tu es à moi.

Cypriano. — C’est ce dont je doute.

Le Démon. — Bientôt tu ne douteras plus....

Cypriano. — Dieu des chrétiens, je t’appelle! {Le démon fuit.)

Le Démon. — Tu lui dois la vie.

Cypriano. — J’espère davantage, car je suis à lui!

C’est le dernier mot de cette œuvre théologique : croire, aimer, se confier, attendre tout de la foi.

A Cyprien le martyr va succéder le vice -évêque ou vidame de l’église d’Adana en Cilicie, Théophile. Théophile vécut , d’après Bolland ', vers 538. Il acquit une telle considération dans sa charge, qu’après la mort de son évêque, on voulut l’élire à sa place; mais soit humilité, soit défiance de lui-même, il refusa, et un autre fut nommé. A peine ce nouveau supérieur eut- il pris la direction des affaires épiscopales que Théophile tomba en disgrâce et se vit retirer ses fonctions. Réduit à la misère, irrité, d’ailleurs, de l’injustice qu’il essuyait, Théophile s’aboucha avec un juif qui entretenait des relations avec Satan, et fit un pacte avec le démon, à condition que celui-ci l’enrichirait et lui ferait rendre ses honneurs; mais bientôt il eut horreur de son action, et pria la sainte. Vierge de lui rapporter le pacte fatal. Marie se souvint que Théophile avait eu une grande

Page 1