L’IMPRIMEUR ET LE MAGICIEN
Faust le magicien, le docteur, a été si souvent confondu avec Faust l’imprimeur, le banquier, que nous avons jugé à propos de faire de cette confusion la matière d’un chapitre spécial.
Quelque temps après l’apparition des premières légendes, certains auteurs nièrent l’existence de Faust et d’autres le confondirent avec Faust l’imprimeur. Ainsi Guillaume Schickard, théologien de Tubingue, à la page 126 de son livre: Bechinat Happeruschim , hoc est interpretationum hebraïcarum in genesin, quas vel antiquissimi paraphrastœ Chaldœi super sacrum textum afferunt (1621), regarde l’histoire de Faust comme inventée à plaisir pour détourner de la magie. Nous avons déjà dit que Naudé, dans son Mascurat, avait appelé Faust homme imaginaire, chimère des Allemands.
Schickard, Naudé furent suivis dans leur sentiment par Paulini*, Henri Bodin’, Chrétien Wagner’, Frédéric Arpe‘, François de Cordoue’, Prosper Marchand’. Le premier qui ait confondu expressément le magicien avec l’imprimeur, est le théologien d’Altdorf, Jean- Conrad Dürr, que M. F. V. Hugo appelle Durieux. Dûrr écrivit, le 18 juillet 1676 à Sigismond Fûhrer unq lettre sur Jean Faust, que ScheUiorn inséra, en 1726, dans le tome V de ses Âmœnitates litt/rariœ (p. 50, 80). Schelhorn devait cette lettre à l’obligeance du théologien d’Altdorf, George Zeltner (1672-1738), qui lui-même dans les Vitæ theologorum altorfînorum , p. 508, s’exprime ainsi: Fausti magi vita, tôt fabulis consuta, ficta est ex tgpographo Fausto, et dont le frère Jean- Conrad (1687-1720) doit avoir laissé en mourant, un Schediasma de Fausto præstigiatore ex Joanne Fausto tgpographo a quibusdam ficto, prêt pour l’impression’.
Selon Dürr en sa pédante épître , la légende de Faust est une invention des moines, à qui la profession de Faust enlevait pour toujours les fonctions lucratives de copistes. Ils prévoyaient que la nouvelle découverte « ré-
<. Zeitkürzende Lvst, t. III, Francf., 1697, n° CXII, p. 094.