‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 48 sur 55 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les mêmes, VAGNER.

SULPHURINE.

Chut... c’est lui... faisons en sorte qu’il ne soupçonne pas ce que j’éprouve.

FRIDOLIN

Oui, trompons-le... pour son repos.

VAGNER.

Ah ! je suis harassé, brisé de fatigue... îe voudrais bien un siège...

SULPHURINE, très-empressée.

Un siège?., en voilà un, maître.

vagner.

Merci !.. Comment... comment... c’est toi qui me sers, Sulphurine !..

sulphurine.

Ne suis-je pas votre esclave ?

FAUST

VAGNER.

Je sais bien; mais, ordinairement, n’est-ce pas Fridolin?.. ordinairement...

FRIDOLIN

Oui, oui, ordinairement... mais il paraît que ça change.

s VAGNER.

Je suis venu en toute hâte!.. Ah! que j’ai donc chaud !.. je voudrais bien.... tu sais... de ces objets bienfaisants ornés de plumes.

FRIDOLIN

Nous n’en avons pas !

SULPHURINE.

Un chasse-mouches!., lin voici un, maître.

VAGN.ER.

Donne.

SULPHURINE. '

Du tout; je veux moi-même...

VAGNER.

Encore?., mais je n’en reviens pas!

SULPHURINE, l'éventant.

Voyez, comme il est fatigué!

Oh! bien fatigué!

SULPHURINE.

Comme il a chaud ! (Elle lui essuie le front.)

VAGNER.

Elle me comble de petite soins!.. Est-ce que tu es malade, Sulphurine?

SULPHURINE, regardant amoureusement Fridolin.

Non, ce n’est pas cela!

FRIDOLIN, à part.

Je sais ce que c’est, moi I

VAGNER.

Ah! quelle délicieuse température cela produit!.. Ah ! que c’est bon!., ah! que c’est bon !.. Approche ici, petite.

SULPHURINE.

Oui, maître.

VAGNER, à part.

Ça me paraît bon de commander... pour de bon... (Haut.) Approche aussi, Fridolin.

FRIDOLIN, avec hypocrisie.

ù Oui, mon doux maître. (Us se placent chacun d'un côté de son fauteuil.)

VAGNER.

(K Ah ! je me trouve heureux au milieu de mes fidèles domestiques.

TABLEAU XI, SCÈNE III

FRIDOLIN, avec colère et à part.

Domestique!., elle!.. (Regardant le crâne de Vaguer.) cheveu blanc !

SULPHURINE, bas.

C’est celui-là.

Ah!

FRIDOLIN, bas.

Tiens, un

VAGNER.

Sulphurine, je veux te récompenser de ta soumission, de ton empressement à me servir; je veux que tu connaisses mes tendres sentiments pour toi.

SULPHURINE.

Vos sentiments, maître?

VAGNER.

Oui; JFridolin, dis-lui à quel point je l’aime...

FRIDOLIN, avec jalousie.

Moi?...

Dis-lui combien je l’idolâtre... dis-lui...

FRIDOLIN, avec colère.

■ Comment... moi... que je... (se calmant.) 11 est vilain ce cheveu blanc...

VAGNER.

Un cheveu?., quel cheveu?..

FRIDOLIN, l’indiquant.

Un cheveu que vous avez là... il me déplaît!

VAGNER.

Eh bien, arrache-le.

FRIDOLIN

L’arracher!., vous voulez que... je vous l’arrache?

VAGNER.

Certainement, puisqu’il me dépare... tu sais bien que je veux plaire à Sulphurine.

SULPHURINE , modestement.

Me plaire !

FRIDOLIN, avec une colère concentrée.

Lui plaire, à elle!., (il saisit le cheveu.) Allons!

VAGNER.

Tire, mais tire donc... je ne veux rien qui puisse refroidir sa tendresse...

Sa tendresse!., je tire... (il tire le cheveu qui s’allonge et se grossit en même temps.)

VAGNER.

Qu’est-ce que tu fais donc?..

FRIDOLIN, terrifié.

Je tire... je tire...

VAGNER.

Ah! ah! ali ! ça me chatouille...

FAUST.'

FRIDOLIN

Je tire encore... mais il ne se rompt pas... mais il grandit... il grandit toujours... K

VAGNER.

Ah bah!

FRIDOLIN

Et il grossit.

VAGNKR, regardant le cheveu qui s'allonge toujours en grossissant.

Qu’est-ce que je vois là?... Comment!... c’est mon cheveu, ça ?...

FRIDOLIN, hors de lui et tirant toujours.

11 a une forte racine, Monsieur... et ça vient toujours... Ah ! Ça vient trop... ça m’épouvante I horreur!.. Je sens mon esprit qui s’égare... Ah! j’en deviendrait fou... fuyons!.. (11 sort eu couraut et teuant toujours le cheveu.)

VAGNER.

Fridolin !... Fridolin !... ne tire plus, ne tire donc plus, malheureux!... (il sort eu courant après Fridoliu.)

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