MARGUERITE, FAUST
MARGUERITE
Pourquoi m’a-t-on conduite ici par violence?.. Je vais partout où se trouve le malheur, partout où l’on souffre, partout où plane le danger, et je serais venue librement.
Marguerite, tu peux encore me sauver.
MARGUERITE
Vous vous trompez, Faust, c’est de vous seul que dépend votre salut.
TABLEAU XI, SCÈNE V
FAUST
Ne m’abandonne plus, prends pitié de moi.
MARGUEHITE.
C’est la pitié de Dieu que vous devez implorer.
FAUST
Écoute.... rends-moi ce cœur que j’ai dédaigné, et je te consacrerai toute ma vie, toute mon àiue.
M ARGUERITE.
Me rendrez-vous ma mère qui est morte?
FAUST
Marguerite !
MARGUERITE
Me rendrez-vous mon frère que vous avez tué ?
Marguerite, ton àme est pieuse, ton cœur est charitable... et, tu l’as dit, je suis malheureux, je pleure !.. Oh ! ne me repousse pas... Si tu le veux, je te ferai partager mes richesses... tu puiseras dans mes trésors pour secourir ceux qui souffrent...
MARGUERITE
La source de vos trésors est impure.
FAUST
Oh ! je t’en conjure, aie pitié de ma souffrance, ne m’irrite pas par de nouveaux mépris... et si tu dédaignes mon amour, n’ajoute pas à l’amertume de mon àme, ne me pousse pas au désespoir, ne dédaigne pas ma colère.
MARGUERITE
Je n’ai pas fléchi devant vos larmes... que peuvent me faire vos menaces?
FAUST, avec force.
Toujours, toujours implacable!.. Mais tu ne songes donc pas que tout ici se courbe sous ma main et m’obéit à un geste?., je puis...
MARGUERITE
Pauvre insensé !.. Il n’y a pas de puissance sur la terre capable de faire chanceler la foi qui m’anime.
FAUST
Pas de puissance sur la terre... et au delà?
MARGUERITE
Le ciel !
Non, non I le ciel ne m’écouterait pas !
MARGUERITE
Faust !
Mais l’enfer !
FAUST
Tais-toi !
MARGUERITE
FAUST
, FAUST
Je puis, si tu me repousses et me braves, je puis appeler à moi un pouvoir...
MARGUERITE
Henri!..
FAUST
Marguerite, je t’aime !.. veux-tu me rendre ton amour?
MARGUERITE
Jamais !
Jamais ! Eh bien ! je vais en finir avec ces obstacles sans cesse amoncelés devant moi! Je veux un pouvoir... qui courbe, qui brise, qui écrase !.. Je veux être puissant enfin à l’égal de Satan lui-même !.! A moi, l’esprit du mal! (ou entend un bruit inernal. Le théâtre se trouve dans l'obscurité.)