‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 122 sur 225 · TOUTES TROIS · texte numérisé non relu

TOUTES TROIS

Les nuages filent , les étoiles sont voilées. Là, derrière , derrière, de loin, de loin, le voilà qui vient, notre père le Trépas.

FAUST, dans le palais.

Quatre j’en vis venir, et trois seulement s’en vont. Je ne puis saisir le sens de leurs paroles. Cela résonnait comme détresse; puis venait une rime plus sombre : la mort. Cela sonnait creux et de la voix sourde des fantômes. Je n’ai pu m'affranchir encore de cette impression. Si je pouvais éloigner la magie de mon chemin et désapprendre tout à fait les formules cabalistiques ! Si je pouvais , nature , être seulement un homme devant toi; alors, cela vaudrait bien la peine d’ètre homme !

Je l’étais jadis, avant que je cherchasse à pénétrer tes voiles, Nant que j’eusse maudit avec des paroles criminelles le Monde et moi-mème. Maintenant, l’air est plein de tels fantômes, P on ne saurait comment leur échapper. Si le jour pur et clair dent sourire un seul instant, la nuit nous replonge aussitôt les voiles épais du rêve. \ous revenons gaiement des campagnês reverdies, tout à coup un oiseau crie; que crie-t-il? Malheur.' Le malheur! il nous surprend, enveloppés jeunes et deux des liens de la superstition. Il arrive, il s’annonce, il

SECOND F AI’ S T

avertit, et nous nous trouvons seuls, épouvantés én sapr(k I ^ence..-. La porte grince, mais personne n’entre. (Avec terrSii, j Y a-t-il quelqu’un ici?

le souci.

La réponse est dans !a demande.

FAUST

Et qui es -tu donc?

le souci.

Je suis là, voilà tout.

Éloigne-toi.

le souci.

Je suis où je dois être.

FAUST, d’abord en colère, puis s’apaisant peu à peu.

Alors, ne prononce aucune parole magique... Prends garde à toi!

le souci.

L’oreille ne m’entendant pas,

Je murmurerai dans le cœur; Sous diverses métamorphoses J’exerce mon pouvoir effrayant ; Sur le sentier ou sur la vague.

Éternel compagnon d’angoisse, Toujours trouvé, jamais cherché.

Tantôt flatté, tantôt maudit !

N’as- tu jamais connu le Souci ?

FAUST

Je n'ai fait que courir par le monde, saisissant aux cheveux tout plaisir, négligeant ce qui ne pouvait me suffire, et laissa111 aller ce qui m’échappait. Je n’ai fait qu’accomplir et desirei encore, et j’ai ainsi précipité ma vie dans une éternelle action. D’abord grand et puissant, à présent, je marche avec sages.et circonspection. Le cercle de la terre m’est suffisainniêconnu. La vue sur l’autre monde nous est fermée, Qu il 65 insensé, celui qui dirige ses regards soucieux de ce côté, et 9® s’imagine être au-dessus des nuages, au-dessus de ses se

jjjest Qu’il se tienne ferme à cette terre ; le monde n’est pas niuet pour l’homme qui vaut quelque chose. A quoi bon flotter jgjjs l’éternité? Tout ce que l’homme connaît, il peut le saisir. Qu'il poursuive donc son chemin, sans s’épouvanter des fan tôa»es; qu’il marche, il trouvera du malheur et du bonheur; iji qui est toujours mécontent de tout , du mal comme du

bien.

Lorsqu’une fois je possède quelqu'un,

Le monde entier ne lui vaut rien ;

D’éternelles ténèbres le couvrent.

Le soleil ne se lève ni se couche pour lui ;

Ses sens, si parfaits qu’ils soient,

Sont couverts de voiles et de ténèbres.

De tous les trésors, il ne sait rien posséder;

Bonheur, malheur deviennent des caprices.

■ Il meurt de faim au sein de l’abondance.

Que ce soient délices ou tourments.

Il remet au lendemain.

N’attend rien de l’avenir Et n’a plus jamais de présent.

FAUST

Tdîs-toi! je ne veux pas entendre un non-sens. Va-t’en! rette mauvaise litanie rendrait fou l’homme le plus sage.

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