‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 145 sur 225 · L’ÉLÈVE SORCIER · texte numérisé non relu

L’ÉLÈVE SORCIER

Le vieux maître est enfin sorti, et je prétends que ses génies fassent aussi ma volonté. J'ai bien remarqué les signes et les proies qu’il emploie, et j’aurai bien la hardiesse de faire

comme lui des miracles.

, Allons ! allons ï vite à l’ouvrage : que 1 eau coule dans ce bassin, et qu’on me l’emplisse jusqu’aux hords !

, Approche donc, vieux balai : prends-moi ces haillons ; depuis longtemps, tu es fait au service, et tu te soumettras aisément à devenir mon valet. Tiens-toi debout sur deux jambes, lève la tète, et va vite, va donc ! me chercher de 1 eau dans ce

vase. , ,

» Allons ! allons! vite à l’ouvrage : que l’eau coule dans ce bassin, et qu’on me l’emplisse jusqu’aux hords ! »

Tiens ! le voilà qui court au rivage !... Vraiment, il est au bord de l’eau!... Et puis il revient accomplir mon ordre avec la vitesse de l’éclair!... Une seconde fois ! Comme le bassin se remplit ! comme les vases vont et viennent bien sans

répandre ! .

» Attends donc ! attends donc! ta tâche est accomplie . » Hélas ! mon Dieu ! mon Dieu !... j’ai oublié les paroles magiques ! , , , , T

Ah! ce mot, il était à la fin, je crois ; mais quel était il. Le voilà qui revient de nouveau! « Cesseras-tu, vieux balai.. . » Toujours de nouvelle eau qu’il apporte plus vite encore....

Hélas ! quelle inondation me menace ! ^

Non, je ne puis plus y tenir. . . Il faut que je l’arrête Ah . l’effroi me gagne!... Mais quel geste, quel regard me fact •! employer ? •'

« Envoyé de l’enfer , veux-tu donc noyer toute la maison’ Ne vois-tu pas que l’eau se répand partout à grands flots ? » p imbécile de balai qui ne comprend rien ! * Mais, bâton que es, demeure donc en repos ! 1

’ Tu ne 7eux Pas ^arrêter, à la lin !... Je vais, pour t’apprendre, saisir une hache, et te fendre en deux ! »

Voyez-vous qu’il y revient encore ! * Comme je vais me jeter sur toi, et te faire tenir tranquille!... » Oh! oh ! ce vieux bâton se fend en craquant!... C’est vraiment bien fait ■ le voici en deux, et, maintenant, je puis espérer qu’il me laissera tranquille.

Mon Dieu ! mon Dieu ! les deux morceaux se transforment en valets droits et agiles!... Au secours, puissance divine !

Comme ils courent ! Salle, escaliers, tout est submergé ! Quelle inondation !... O mon seigneur et maître, venez donc à mon aide ! ... Ah ! le voilà qui vient ! « Maître , sauvez-moi du danger : j’ai osé évoquer vos esprits , et je ne puis plus les retenir.

! balai ! à ton coin ! et vous , esprits , n’obéissez désormais qu’au maître habile, qui vous fait servir à ses vastes desseins. »

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