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EXAMEN ANALYTIUUE I9l
— Je reconnais bien là, dit Méphistophélès, votre savante circonspection. Ce que vous ne touclicz pas, vous le croyez à mille lieues ! Ce que vous ne chiffrez pas vous semble faux ! Ce que vous ne sauriez peser n'a pour vous aucun poids 1 Ce que vous ne pouvez monnayer vous parait sans valeur.
— Mais, dit l'empereur, à quoi bon tant do paroles ? Nous manquons d'argent, trouvez-en.
Méphistophélès promet encore une fois tous les trésors enfouis sous la terre, et est soutenu dans ses assertions par l'astrologue de la cour, qui offre l'aide de la divination et des charmes pour trouver les mines inconnues et les trésors enfouis.
Ces deux personnages s'accordent à faire un si brillant tableau de ces finances impériales à recouvrer sous la terre, que le souverain veut se mettre tout de suite en besogne et prendre en main la pioche et la pelle. L'astrologue fait observer que le carnaval va s'ouvrir, et qu'il convient de le passer dans la joie. Il suffit d'avoir foi dans l'avenir, et de faire un dernier étalage de luxe et d'abondance publique.
— A partir du mercredi des Cendres, dit l'empereur, nous commencerons donc nos nouveaux travaux. Jusque-là, vivons en gaieté.
Les fanfares résonnent, le conseil se séjjare, el Méphistophélès rit à part soi de la façon dont il vient de jouer son rôle de fou.
Ici commence un intermède bouffon et satirique dont il est difficile de fixer les vagues allusions. Il ressemble en cela à celui de la pi^emière partie, intitulé : les Xoces d'or d'Ohéron et de Tilania.
La scène représente une vaste salle entourée de galeries et parée pour le carnaval. Là se presse une foule de personnages de tout temps, dont on ne peut trop dire si ce sont des masques ou des fantômes. Un héraut est chargé du récitatif àQ cette longue scène, où mille acteurs divers chantent ou dissertent, selon leur rôle. Des jardiniers et des jardinières, des bûcherons, des oiseleurs, des pêcheurs.
forment une sorte d'entrée de ballet. Une mère et sa fille cherchent l'épouseur, rare à fixer ; Polichinelle raille la foule affairée; des parasites se promettent les joies du festin, et des chœurs dominent par leurs chants le tumulte de l'assemblée. Le héraut donne aussi passage à un groupe de poètes didactiques, salyriques et romanesques; quelquesuns d'entre eux chantent la nuit et les tombeaux, et se pressent autour d'un vampire nouvellement ressuscité, pour en tirer des inspirations. Le héraut fait entrer derrière eux une mascarade selon la mythologie grecque, composée des Grâces et des Parques, qui chantent leurs diverses fonctions humaines et divines. Les personnages symboliques, la Crainte, l'Espérance, la Sagesse, prennent part à leur tour à ce concert, où Zoïle-Thersite élève sa voix discordante.
Bientôt Plutus arrive, entouré d'un brillant cortège, et la foule émerveillée fait cercle autour de lui. Le jeune homme qui conduit le char de ce dieu sème sur son passage des bijoux, des perles et des pierreries qui, recueillis par les assistants, se transforment en insectes, en papillons, en feux follets. On sent déjà que Méphistophélès n'est pas étranger à ces prodiges, et joue encore, dans un monde plus relevé, son rôle de physicien de la taverne d'Auerbach ', Plutus, à son tour, descend du char, et ouvre un coffre-fort où brille l'or fondu, mesuré dans des vases d'airain. La foule se presse avidement vers ces sources nouvelles de prospérité. Mais Plutus, ])longeant son sceptre dans le métal bouillonnant, en asperge l'assemblée, qui pousse des cris de douleur et de colère.
Une entrée de faunes, de satyres et de nymphes amène, en chantant un chœur, le dieu Pan, qu'une dépufation de gnomes vient complimenter, et auquel ils promettent les trésors renfermés dans la terre. On commence à voir ici que le dieu Pan n'est que l'empereur lui-même, déguisé. Les gnomes le conduisent vers le merveilleux trésor de Plutus; mais, au moment où il se penche pour regarder dans le
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coffre, sa barbe et son costume prennent feu, et les courtisans, qui se précipitent pour éteinch'e les flammes, sont incendiés à leur tour. Le héraut, qui raconte toute cette scène au moment où elle ?e passe, appelle au secours de l'empereur, et maudit la mascarade imprudente. Mépiiistophélùs, ou jieut-ètre Faust, car l'auteur ne le nomme pas, caché sous les hfd^ils de Plutus, apaise les flammes, raille l'assemblée de sa frayeur et déclare (jue tout cel?. n'était qu'un tour de magie blanche.
Après cet intermède, l'action précédente recommence, et la cour, réunie dans des jardins, s'entretient des événements merveilleux de la fête qui vient de se passer. Ici, pour la première fois, nous voyons reparaître Faust, qui demande à l'empereur s'il est content de la mascarade. Ce dernier est enthousiasmé de ses nouveaux hôtes, et approuve fort l'idée du divertissement, qui lavait un peu effrayé d'abord, mais qui s'est dénoué si heureusement.
— J'avais l'air de Pluton dans toutes ces flammes ! ditil avec orgueil, et, au milieu de la foule embrasée, il me semblait régner sur le peuple des salamandres.
Méphistophélès le flatte en lui jurant qu'il s'en faut de bien peu qu'il ne règne en effet sur tous les éléments.
Soudain, le maréchal entre tout en joie, annonçant que tout va le mieux du monde; le général vient dire aussi que les troupes ont été payées; le trésorier s'écrie que ses coffres regorgent de richesses. Tout l'or qui roulait et ruisselait dans l'intermède semble être allé se condenser et se refroidir dans les caisses publiques.
— C'est donc un prodige ? dit l'empereur.
— Nullement, dit le trésorier. Pendant que, cette nuit, vous présidiez à la lete sous le costume du grand Pan, votre chancelier nous a dit : a Je gage que, pour faire le bonheur général, il me suffirait de quelques traits de plume. » Alors, pendant le reste de la nuit, mille artistes ont rapidement reproduit quelques mots écrits de sa main, indiquant seulement : ce papier vaut dix ; cet autre vaut cent; cet autre, iniUe, ainsi de suite. Votre signature est apposée, en outre, sur tous ces papiers. Depuis ce mo-
ment, tout le peuple se livre à la joie, l'or circule et afflue partout; l'empire est sauvé.
— Quoi ! dit l'empereur, mes sujets prennent cela pour argent comptant? L'armée et la cour se contentent d'être payées ainsi ? C'est un miracle que je ne puis trop admirer.
Ici, Méphistophélès, qui vient de jouer ce rôle de Law dans une cour du moyen âge, en inspirant ces idées au chancelier, développe la théorie des banques et du papiermonnaie ; et l'empereur, pour reconnaître le service que le docteur et lui viennent de lui l'endre, les crée à tout jamais surintendants des finances et directeurs des mines dans toute l'étendue de ses possessions. Le fou qu'on avait cru mort, et que Méphistophélès avait remplacé, reparaît à la fin de celte scène. On lui apprend tout ce qui s'est passé, et l'empereur, joyeux de le retrouver vivant, le comble de richesses en papier. Le fou, seul de toute la cour, ne fait pas grand cas de ces billets de banque, et les veut faire servir à quelque usage inférieur. Un se moque de lui, et on le laisse seul avec Méphistophélès, qui lui jure que ce papier vaut de l'or.
— Mais, dit le fou, me le changera-t-oa bien contre de l'or ?
— Sans doute, tout de suite, dit Méphistophélès.
— Je vais le changer, dit le fou. Mais, avec de l'or puis-je acquérir comme autrefois une terre, une maison^ un bois autour de la maison?
— Sans nul doute.
— Je vais vite changer le papier contre l'or, et l'or contre la maison et la terre. Dès ce soir, je vivrai tranquillement dans ma propriété !
— Pas si fou ! dit Méphistophélès seul, en quittant la scène ; pas si fou !
Dans toutes ces scènes épisodiques, Faust a été presque oublié. Il reparaît dans la suivante avec ses désirs, son activité et ses poétiques aspirations de la première partie; c'est pourquoi nous donnerons cette s;:ène dans son entier.
Une galerie sombre.
FAUST, MÉPHISTOPIIÉLÈS.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Pourquoi m'amènes-tu dans ce passage écarté? Il n'y a ici nul plaisir; il nous faut retourner dans cette foule bigarrée de la cour, où notre magie a tant de succès.
FAUST
Ne me parle pas ainsi; tu as dans tes vieux jours usé tout cela à tes semelles ; cependant, ta manière d'agir à présent ne tend qu'à me manquer de parole. Moi, au contraire, je suis tourmenté; le maréchal et le chambellan me poussent, l'empereur veut que cela se fasse sur-lechami»... 11 veut voir Hélène et Paris, le modèle des hommes et .celui des femmes; il veut les voir en figures humaines. Vite donc à l'œuvre, je ne saurais manquer à ma parole.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Ta légèreté à promettre était imprudence.
FAUST
Tu n'as pas, compagnon, réfléchi non plus jusqu'où ces artifices nous conduiront. Nous avons commencé par le rendre riche; maintenant, il veut que nous l'amusions.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Tu crois que tout se fait si vite !... Nous touchons ici à des obstacles plus rudes : tu vas mettre la main sur un domaine étranger, et te faire inconsidérément de nouvelles obligations. Tu comptes évoquer aisément Hélène, comme le fantôme du papier-monnaie, avec des sorcelleries empruntées, avec des fantasmagories postiches... J'appelle aisément à mon service les sorcières, les nains et les monstres; mais de telles héroïnes ne servent point au\ amourettes du diable.
FAUST
Voilà toujours ta vieille chanson. Ouest, avec toi, dans une incertitude continuelle; lu es le père des obstacles, et, pour chaque remède, tu demandes un salaire à part. Cependant, cela finit par se faire, avec un peu de murmure, je le sais, et à peine on a pensé à la chose, que lu l'apportes déjà.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Le peuple des ombres païennes est en dehors de ma sphère d'activité; il habite un enfer à lui. Pourtant il existe un moyen.
FAUST
Parle, et sans retard.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je te découvre à regret un des plus granils mystères. Il est des déesses puissantes, qui trônent dans la solitude. .\utour d'elles n'existent ni le lieu, ni moins encore le temps. L'on se seul ému rien que de parler d'elles. Ce
sont LES MÈRES. '
FAUST, effrayé.
Les Mères !
MÉPHISTOPHÉLÈS
Ce mot t'épouvante"?
FAUST
Les Mères! les Mères! cela résonne d'une façon si étrange !
Cela l'est aussi. Des déesses inconnues à vous mortels, et dont le nom nous est pénible à prononcer, à nous-mêmes. Il faut chercher leur demeure dans les profondeurs du vide. C'est par ta faute que nous avons besoin d'elles.
FAUST
Où est le chemin?
MÉPHISTOPHÉLÈS
Il n'y en a pas. A travers des sentiers non foulés encore
et qu'on ne peut fouler,. . uu chemin vers l'inaccessible, vers l'impénétrable... Es-tu prêt? — Il n'y a ni serroies ni verrous à forcer; tu seras poussé parmi les solitudes. — As-tu une idée du vide et de la solitude?
FAUST
De tels.discours sont inutiles ; cela rappelle la caverne de la sorcière, cela reporte ma pensée vers un temps qui n'est plus! N'ai-je pas dû me frotter au monde, apprendre la détinition du vide et la donner? — Si je parlais raisonnablement, selon ma pensée, la contradiction redoublait de violence. A'ai-je pas dû, contre ces absurdes résistances, chercher la solitude et le désert, et, pour pouvoir à mon gré vivre seul, sans être entièrement oublié, m'abandonner enfin à la compagnie du diable?
MKPHISTOPHÉLÈS.
Si tu traversais l'Océan, perdu dans son horizon sans rivages, tu verrais du moins la vague venir sur la vague, et même, quand tu serais saisi par l'épouvante de l'abîme, tu apercevrais encore quelque chose. Tu verrais les dauphins qui fendent les flots vert,g et silencieux, lu verrais les nuages qui filent, et le soleil, la lune et les étoiles qui tournent lentement. Mais, dans le vide éternel de ces profondeurs, tu ne verras plus rien, tu n'entendras point le mouvement de tes pieds, et tu ne trouveras rien de solide où te reposer par instants.
FAUST
Tu parles comme le premier de tous les mystagogues qui ait jamais trompé de fervents néophytes. Mais c'est au rebours. Tu m'envoies dans le vide, afin que j'y accroisse mon art, ainsi que mes forces ; tu me traites comme ce chat auquel on faisait retirer du feu les châtaignes. N'importe ! je veux approfondir tout cela, et, dans ton néant, j'espère, moi, trouver le granil tout.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je te rends justice avant que tu t'éloignes de moi, et je vois bien que tu connais le diable. Prends celte clef.
FAUST
Ce petit objet !
MÉPHISTOPHÉLÈS
Touche-la, el tu apprécieras ce qu'elle vaut.
FAUST
Elle croît dans ma main ! elle s'enflamme! elle éclaire!
MÉPHISTOPHÉLÈS
T'aperçois-tu de ce qu'on possède en elle? Cette clef sentira pour toi la place que tu cherches. Laisse-toi guider par elle, et tu parviendras près des Mères.
FAUST, frémissant.
Des Mères! cela me frappe toujours comme une commotion électrique. Quel est donc ce mot que je ne puis entendre?
Ton esprit est- il si borné qu'un mot nouveau te troul)le? Veux-tu n'entendre rien toujours que ce que lu as entendu? Tu es maintenant assez accoutumé aux prodiges pour ne point t'étonner de ce que je puis dire au dclu de ta portée.
FAUST
Je ne cherche point à m'aider de l'indifférence ; la meilleure partie de l'homme est ce qui tressaille et vibre en kii. Si cher que le monde lui vende le droit de sentir, il a besoin de s'émouvoir et de sentir profondément ïiinmensité.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Descends donc ! je pourrais dire aussi bien : monte; c'est la même chose. Echappe à ce qui est, en te lançant dans les vagues régions des images. Réjouis-toi au speclacle du monde qui depuis longtemps n'est plus. Le mouvement de la terre entraîne les nuages; agite la clef et tiens-la loin de ton corps.
KXAMEN ANALYTIQUE 199
FAUST, transporté.
Dieu! je trouve en la serrant de nouvelles forces, et pour cette grande entreprise déjà ma poitrine s'élargit.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Un trépied ardent te fera reconnaître que tu es arrivé à la plus profonde des profondeurs. Aux lueurs qu'il projette, tu verras les Mères, les unes assises, les autres allant et venant, comme cela est. Forme, transformalion, éternel entretien de l'esprit éternel, entouré des images de toMtes choses créées. Elle ne te verront pas, car elles ne voient que les ctrcs qui ne sont pas nés. Là, point de faiblesse; car le danger sera grand. Va droit où tu verras
le trépied et touche-le avec la clef. (Faust élève la clef avec l'attitude de la résolution.) C'cst bien. Alors, le trépied s'y attache et te suit en esclave. Tu remontes tranquillement ; le bonheur t'élève, et, avant qu'elles t'aient vu, te voilà de retour avec lui; et, dès que tu l'auras posé sur le sol, tu pourras évoquer de la nuitétei'nelle héros et héroïnes, toi, le premier qui ait osé cette action. Elle sera accomplie, et par toi seul, et tu verras durant l'opération magique se transformer on dieu les vapeurs de l'encens.
FAUST
Et que faut-il faire maintenant ?
MÉPHISTOPHÉLÈS
Maintenant, que tout ton être tende en bas ; ti'épigne pour descendre ; tu trépigneras pour remonter.
Faust trépigne sur le sol et disparait. MÉPHISTOPHÉLÈS.
Puisse sa clef le mener à bonne fin ! Je suis curieux do savoir s'il reviendra.
Une salle du palais.
Faust a disparu dans l'abîme du vide. Mépliistophélès, (jui vient de lui donner les moyens d'accomplir courageusement son épreuve, retourne près de l'empereur, qui, dans une salle ricliement éclairée, attend le résultat de cite fantasmagorie. Le chamljellan exprime à Mépliistophélès l'impatience du souverain. Réduit à un rôle secondaire, le diable scml)lc ici chargé d'amuser te tapis en attendant le retour de l'illustre magicien. On l'accable de questions, de prières; on lui demande des secrets de physique, de médecine, et même de toilette. Une jeune blonde se plaint des rougeurs qui tachent sa Ijlanche peau dans la saison d'été. Mépliistophélès lui donne la formule d'un onguent de frai de grenouilles et de langues de crapauds. Une brune expose piteusement son pied frappé d'un rhumatisme, qui ne peut ni danser ni courir. Le diable applique seulement son pied fourchu sur le pied de cette belle, qui s'enfuit en criant, mais guérie. Bientôt, ne sachant plus auquel entendre, le diable se dérobe à cette cohue. Dans la salle des chevaliers, l'empereur, assis.-continue d'attendre ; le héraut exprime les vœux de l'assemblée, préparée aux plus étranges apparitions. L'asti'ologue, qui, jusque-là, a toujours sondé l'espace, de son œil et de sa pensée, annonce enfin ce qu'aperçoit sa clairvoyance surnaturelle.
Dans le vide.
FAUbT, d'un ton solennel.
J'invoque votre nom, ô Mères qui régnez dans l'espace sans bornes, éternellement solitaires, sociables pourtant, la tête environnée des images de la vie active, mais sans vie! Ce qui a une fois été se meut là-bas dans son apparence et dans son éclat, car toute chose créée se dérobe tant qu'elle peut au néant; et vous, forces toutes-puis-
santés, vous savez répartir toutes choses pour la tente des jours ou la voûte des nuits. Les unes sont emportées dans le cours heureux de la vie ; l'enchanteur hardi s'empare des autres, et, se confiant dans son art, il prodigue noblement les miracles à la foule émerveillée.
l'astrologue, sur le théâtre.
La clef ardente touche ù peine le vase du trépied, qu'une vapeur épaisse s'en exhale et remplit l'espace. Elle roule, partage, dissipe et ramasse tour à tour les flocons nébuleux. Et maintenant, écoutez le sublime chœur des esprits; leur marche répand l'harmonie autour d'eux, cl quelque chose d'inexprimable s'exhale de ces sons aériens. Les sons qui s'éloignent se déi'oulent en mélodies; la colonnade et le triglyphe résonnent, et il semble que le temple chante tout entier. La vapeur s'affaisse; du sein de ses plus légers nuages, s'avance un beau jeune homme dont les mouvements sont réglés par l'harmonie. Ici s'arrête ma tâche, et je n'ai nul besoin de le nommer. Qui ne reconnaîtrait le gracieux Paris ?
UNE DAME
Oh! quel éclat de forte et biullante jeunesse!
UNE AUTRE
Frais et plein de sève comme une pèche nouvelle.
UNE AUTRE
J'admire le doux contour de ses lèvres finement coupées.
UNE AUTRE
C'est une coupe où tu t'abreuverais volontiers.
UNE AUTRE
Il est charmant; mais il a peu d'élégance.
UNE AUTRE
Ses membres n'ont pas toute la souplesse qu'il faut.
UN CHEVAUEn.
C'est le paire qui se trahit dans toute sa personne. Rien de la dignité du prince ni des manières de la cour.
UN AUTRE
Eh! c'est un beau jeune homme dans sa demi-nudité; mais je voudrais bien voir la ligure qu'il ferait sous le harnais.
UNE DAME
Il s'assied à terre mollement, gracieusement.
UN CHEVALIER
!-^ur son sein... vous vous trouveriez bien, n'est-ce pas?