‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 135 sur 185 · L.\ FEMME · texte numérisé non relu

L.\ FEMME

Tu t'étonnes, étranger, do voir ces pierres; autour de ma chaumière, il y en a bien d'autres !

LE VOYAGEUR

Là-haut?

LA FEMME

Sur la gauchC; en traversant les buissons.... Ici.

LE VOYAGEUR

O muses ! ô grâces !

LA FEMME

C'est ma chaumière.

LE VOYAGEUR

Les débins d'un temple !

LA FEMME

Et, plus bas, sur le côté, coule la source où je medésaière.

LE VOYAGEUR

Tu vis encore sur ta tombe, divin génie ! ton chef-d'œuvre s'est écroulé sur toi, ô immortel !

LA F12MME

Attends, je vais te chercher un vase pour boire.

LE VOYAGEUR

Le lierre revêt maintenant tes créations légères et divines. Comme tu t'élances du sein de ces décombres, couple gracieux de colonnes, et toi, leur sœur, là-bas solitaire!... La tète couverte de mousse, vous jetez sur vos compagnes, à vos pieds renversées, un regard triste mais majestueux'. La terre, les débris, nous les cachent; des ronces el de hautes herbes les couvrent encore de leur ombre. Estimestu donc si peu, ô nature! les chefs-d'œuvre de ton chefd'œuvre? Tu ruines sans pitié ton propre sanctuaire, et tu y sèmes le chardon!

LA FEMME

Gomme mon petit enfant dort bien! Étranger, veux-tu te reposer dans la chaumière, ou si tu préfères rester ici à l'air? Il fait frais. Prends le petit, que j'aille te chercher de l'eau. — Doi^s, mon enfant, dors!

LE VOYAGEUR

Que sou sommeil est doux! comme il respire paisiblement et dans sa brillante sanlé !... Toi qui naquis sur ces restes saints du passé, puisse son génie venir reposer sur toi! Celui que son souffle caresse saura, comme un dieu, jouir de tous les jours ! Tendre germe, fleuris, sois l'honneur du superbe printemps, brille devant tous tes frères, et, quand tes fleurs tomberont fanées, qu'un beau fruit s'élève de ton sein, pour mûrir aux feux du soleil !

LA FEMME

Que Dieu te bénisse! — Et il dort encore? Mais je n'ai avec cette eau fraîche qu'un morceau de pain à t' offrir!

LE VOYAGEUR

Je te remercie. — Comme tout fleurit autour de nous, et reverdit!

LA. FEMME

ISIon mari va bientôt revenir des champs : ô reste, étranger, reste pour manger avec nous le pain du soir!

LE VOYAGEUR

C'est ici que vous habitez?

LA FEMME

Oui, là, parmi ces murs : mon père a bâti la chaumière avec des tuiles et des décombres, et nous y demeurons depuis. Il me donna à un laboureur, et mourut dans nos bras. — As-tu bien dormi, mon amour? Comme il est gai, comme il veut jouer, le petit fripon !

LE VOYAGEUR

0 nature inépuisable ! tu as créé tous les êtres pour jouir de la vie ! tu as partagé ton héritage à tous tes enfants comme une bonne mère... À chacun une habitation. L'hirondelle bâtit son nid dans les donjons, et s'inquiète peu des ornements que cache son ouvrage. I.a chenille file autour de la branche dorée ua asile d'hiver pour ses œufs : et toi, homme! tu te bâtis une chaumière avec les débris sublimes du passé... Tu jouis sur des lombes ! — Adieu, heureuse femme!

LA FEMME

Tu ne veux donc pas rester?

LE VOYAGEUR

Dieu vous garde! Dieu bénisse votre en faut I

LA FEMME

Je te souhaite un heureux voyage.

LE VOYAGEUR

OÙ me conduira ce sentier r^ue j'aperçois sur la montagne?

33i POESIES ALLEMANDES

LA FEMME

A Cames.

LE VOYA.GEUR.

y a-t-il encore loin?

Page 1