‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 46 sur 185 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

BRANDER

Il courait devant et derrière;

Il grattait, reniflait, mordait,

Parcoin-ait la maison entière,

Où de douleur il se tordait...

Au point qu'à le voir en délire

Perdre ses cris et ses efforts, •

Les mauvais plaisants pouvaient dire :

« Hélas ! il a l'amour au corps ! »

CHŒUR

« Hélas! il a l'amour au corps! »

BRANDER

Dans le fourneau, le pauvre sire Crut enfin se cacher très bien ; ■ Mais il se trompait, et le pire,

C'est qu'il y creva comme un chien.

La servante, méchante fille, De son malheur rit bien alors :

« Ah ! disait-elle, comme il grille !

Il a vraiment l'amour au corps! »

CHŒUR

« Il a vraiment l'amour au corps! "

SIEUKL.

Comme ces plats coquins se réjouissent! C'est un beau chef-d'œuvre à citer que l'empoisonnement d'un pauvre rat!

BRANDER

Tu prends le parti de tes semblables !

AI.TMAYER.

Le voilà bien avec son gros ventre et sa lête pelée ! comme son malheur le rend tendre ! Dans ce rat qui crève, il voit son portrait tout craché !

fS FAUST

FAUST, MÉPHISTOPHÉLÈS

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je dois, avant tout, t'introduire dans une société joyeuse, afin que tu voies comme on peut aisément mener la vie! Chaque jour est ici pour le peuple une fête nouvelle ;avec peu d'esprit et beaucoup de laisser-aller, cliacun d'eux tourne dans son cercle étroit de plaisirs, comme un jeune chat jouant avec sa queue ; tant qu'ils ne se plaignent pas d'un mal de tète, et que l'hôte veut bien leur faire crédit, ils sont contents et sans souci.

BRANDER

Ceux-là viennent d'un voyage : on voit, à leur air étranger, qu'ils ne sont pas ici depuis une heure.

KROSGH.

Tu as vraiment raison! Hanneur à notre Leipzig! c'est un petit Paris, et cela vous forme joliment son monde.

SIEBEL

Pour qui prends-tu ces étrangers ?

FROSGH.

Laisse-moi faire un peu : avec une rasade, je tirerai les vers du nez à ces marauds comme une dent de lait. Ils me semblent être de noble maison, car ils ont le regard fier et mécontent.

BRANDER

Ce sont des charlatans, je gage !

ALTMAYER.

Peut-être.

FROSCH.

Attention ! que je les mystifie !

MÉPHISTOPHÉLÈS, à Faust.

Les pauvres gens ne soupçonnent jamais le diable, quand même il les tiendrait à la gorge.

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