‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 57 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sort de bonne maison, comme on peut le lire sur son front.,, 11 n'eût pas sans cela été si hardi.

Elle sort.

MÉPHISTOPHKLKS.

Entrez tout doucement, entrez donc !

FAUST, après quelques instants de silence.

Je t'en prie, laisse-moi seul.

MÉPHISTOPHl'CLÈS, parcourant la chambre.

Toutes les jeunes filles n'ont pas autant d'ordre et de propreté.

Il sort.

FAUST, regardant à l'entour.

Sois bienvenu, doux crépuscule, qui éclaires ce sanctuaire. Saisis mon cœur, douce peine d'amour, qui vis dans ta faiblesse de la rosée de l'espérance ! Gomme tout ici respire le sentiment du silence, de l'ordre, du contentement! Dans cette misère, que de plénitude! Dans ce cachot, que de félicité ! (il se jette sur le fauteuil de cuir, près du lit.)

Oh ! reçois-moi, toi qui as déjà reçu dans tes bras ouverts des générations en joie et en douleur ! Ah ! que de fois une troupe d'enfants s'est suspendue autour de ce trône paternel ! Peut-être, en souvenir du Christ, ma bien-aimée, entourée d'une jeune famille, a baisé ici la main flétrie de sonaïeul. Je sens, ô jeune fille! ton esprit d'ordre murmurer autour de moi, cet esprit qui règle tes jours comme une tendre mère, qui t'instruit à étendre proprement le tapis sur la table, et te fait remarquer même les grains de poussière qui crient sous tes pieds. 0 main si chère! si divine ! La cabane devient par toi riche comme le ciel.

l']t là... (il relève un rideau de lit.) QuclleS délicCS cruellcS s'em-

parent de moi ! Je pourrais ici couler des heures entièies. Nature! ici, lu faisais rêver doucement cet ange incarné. Ici reposait cette enfant, dont le sang palpitait d'une vie nouvelle; et ici, avec un saint et pur frémissement, se formait cette image de Dieu.

112 FAUST

Et toi, qviit'y a conduit? De quels sentiments te trouvestu agité? Que vcux-lu ici? Pourquoi ton cœur se serret-il?... Malheureux Faust, je ne te reconnais plus!

Est-ce une faveur enchantée qui m'entoure en ces lieux? Je me sens avide de plaisir, et je me laisse aller aux songes de l'amour; serions-nous le jouet de chaque souffle de l'air?

Si elle rentrait en ce moment!... comme le cœur te battrait de ta faute! comme le grand homme serait petit! comme il tomberait confondu à ses pieds !

MÉPHISTOPHÉLÈS

Vite, je la vois revenir.

FAUST

Allons, allons, je n'y reviens plus.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Voici une petite cassette assez lourde que j'ai prise quelque part, placez-la toujours dans l'armoire, et je vous jure que l'esprit va lui eu tourner. Je vous donne là une petite chose, afin de vous en acquérir une autre : il est vrai qu'un enfaut est un enfant, et qu'un jeu est un jeu.

FAUST

Je ne sais si je dois...

MÉPHISTOPHÉLÈS

Pouvez-vous le demander? Vous pensez peut-être à garder le trésor : en ce cas. je conseille à votre avarice de m'épargner le temps, qui est si cher, et une peine plus longue. Je n'espère point de vous voir jamais plus sensé; j'ai beau, pour cela, me gratter la tète, me frotter

les mains... (llmet la cassette dans l'armoire et on refetme la serrure.)

Allons, venez vite ! vous voulez amener à vos vœux et à vos désirs l'aimable jeune fille, et vous voibà planté comme si vous alliez entrer dans un auditoire, et comme si la physique et la métaphysique étaient là devant vous en personnes vivantes. Venez donc.

Ils sortent.

Page 1