DEUXIÈME PARTIE
prières, et flaire chaque meuljle l'un après l'autre, pour voir s'il est sain ou profane; ayant, à la vue des bijoux, clairement jugé que ce n'était pas là une grande bcncdiction : « Mon enfant, s'écria-t-ello, bien injustement acquis asservit l'àme et brûle le sang : consacrons-le tout à la mère de Dieu, et elle nous réjouira par la manne du ciel I » I^a petite Marguerite fit une moue assez gauche. « Cheval donné, pensa-t-elle, est toujours bon : et vraiment celui qui a si adroitement apporté ceci ne peut être un impie. » La mère fit venir un prèlre : celui-ci eut à peine entendu un mot de cette bagatelle, que son attention se porta là tout entière, et il lui dit : • Que cela est bien pensé ! celui qui se surmonte ne jieiit que gagner. L'Kglise a un boa estomac, elle a dévoré des pays entiers sans jamais cependant avoir d'indigestion. L'Église seule, mes chères dames, peut digérer un bien mal acquis. »
FAUST
C'est son usage le plus commun; juifs et rois le peuvent aussi.
MÉrHISTOPUÉLÈS.
Il saisit là-dessus colliers, chaînes et boucles, comme si ce ne fût qu'une bagatelle, ne l'emercia ni plus ni moins que pour un panier de noix, leur promit les dons du ciel... et elles furent très-édifices.
Et Marguerite ?
l'.VLST.
MEPHISÏGPHKLES.
Elle est assise, inquiète, ne sait ce qu'elle veut, ni ce qu'elle doit ; pense à l'écrln jour et nuit, mais plus encore à celui qui l'a apporté.
fAlST.
Le chagrin de ma bien-aimée me fait souffrir; va vite me chercher lui autre écrin : le premier n'avait pas déjà tant de valeur.
MKPHISTOPIIÉLKS.
Oh! oui, pour monsieur tout est enfantillage !
116 , FAUST
FAUST.-
Fais et établis cela d'après mon idée : attache-toi à la voisine, sois un diable et non un enfant, et apporte-moi un nouveau présent.
MIÎPHISTOPHÉLÈS,
Gui, gracieux maître, de tout mon cœur, (seui.) Un pareil fou, amoureux, serait capable de vous tirer en l'air le soleil, la lune et les étoiles, comme un feu d'artifice, pour le divertissement de sa belle.
Il sort.
La maison de la voisine.
■ M.\RTHE, seule.
Que Dieu pai'Jonne à mon cher mari ! il n'a rien fait de bon pour moi ; il s'en est allé au loin par le monde et m'a laissée seule sur le fumier. Je ne l'ai cependant guère tourmenté, et je n'ai fait, Dieu le sait, que l'aimer de tout mon cœur. (EUe pleure.) Peut-être est-il déjà mort ! — 0 douleur ! — Si j'avais seulement sôn extrait mortuaire !
MARGUERITE entre.
• Madame Marthe !
MARTHE
Que veux-tu, petite Marguei'ite ?
MARGUERITE
Mes genoux sont prêts à se dérober sous moi: j'ai retrouvé dans mon armoire un nouveau coffre, du même bois, et contenant des choses bien plus riches sous tous les rapports que le premier.
MARTHE
Il ne faut pas le dire à ta mèi^e ! elle irait encore le portera son confesseur.