DEUXIÈME PARTIE
MARGUERITE
Mais voyez donc ! admirez donc !
MARTHE, la parant.
Heureuse créature !
Pauvre comme je suis, je n'oserais pas me montrer ainsi dans les rues, ni à d'église.
MARTHE
Viens souvent me trouver, et tu essayeras ici en secret ces parures, tu pourras te promener une heure devant le miroir : nous y trouverons toujours du plaisir; et, s'il vient ensuite une occasion, une fête, on fera voir aux gens tout cela l'un après l'autre. D'abord une petite chaîne, ensuite une pede à l'oreille. Ta mère ne se doutera de rien, et on lui fera quelque histoire.
MARGUERITE
Qui a donc pu apporter ici ces deux petites cassettes ? Cela n'est pas naturel.
On frappe.
MARTHE, regardant par le rideau.
C'est un monsieur étranger. — Entrez !
MÉPHISTOPHÉLÈS entre.
Je suis bien hardi d'entrer si brusquement, et j'en demande pardon à ces dames, (u s'incline devant Marguerite.) Je désirerais parler à madame Marthe Swerdlein.
MARTHE
C'est moi ; que me veut monsieur ?
MÉPHISTOPHÉLÈS, bas.
Je VOUS connais maintenant; c'est assez pour moi. Vous avez là une visite d'importance; pardonnez-moi la liberté que j'ai prise, je reviendrai celte après-midi.
MARTHE, gaiement.
Vois, mon enfant, ce que c'est que le monde : monsieur te prend pour une demoiselle.
MARGUERITE
Je ne suis qu'une pauvre jeune fille... Ah! Dieu ! monsieur est bien bon ; la parure et les bijoux ne sont point à moi.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Ah! ce n'est pas seulement la parure; vous avez un air, un regard si fin... Je me réjouis de pouvoir rester.
MARTHE
Qu'annonce-t-il donc? Je désirerais bien...
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je voudrais apporter une nouvelle plus gaie, mais j'espère que vous ne m'en ferez pas porter la peine; votre mari est mort, et vous fait saluer.
MARTHE
11 est mort ! le pauvre cœur ! 0 ciel ! mon mari est mort ! Ah ! je m'évanouis !
MARGUERITE
Ah! chère dame, ne vous désespérez pas.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Ecoutez-en la tragique aventure.
MARTHE
Oui, racontez-moi la fin de sa carrière.
Il gît à Padoue, enterré près de saint Antoine, en texTC sainte, pour y reposer éternellement.
MARTHE
"Vous n'avez donc rien à m'en apporter?
DF.LXlhME PARTIE 119
MÉPHlSTOrHÉLÈS.
Si fait, une prière grave cl nécessaire : c'est de faire dire pour lui trois cents messes; du reste, mes poches sont vides.
MAUTHE.
Quoi ! pas une médaille? pas un bijou? de ({ue tout ouvrier misérable garde précieusement au fond de son sac, et réserve comme un souvenir, dùt-il mourir defmni, dût- il mendier?
MKPHISTOPHliLÈS.
Madame, cela m'est on ne peut plus pénible; mais il n'a vraiment pas gaspillé son argent ; aussi il s'est bien repenti de ses fautes, oui, et a déploré bien plus encore son infortune.
MAUGUEHITE.
Ah ! faut-il que les hommes soient si malheureux ! Certes, je veux lui faire dire quelques Requiem,
MÉPHISTOPHÉLÈS
Vous seriez digne d'entrer vite dans le mariage, vous êtes une aimable enfant.
MARGUERITE
Oh 1 non ; cela ne me convient pas encore.
Sinon un mari, un galant en attendant; ce serait le plus grand bienfait du ciel que d'avoir dans ses bras un objet si aimable.
MARGUERrrE.
Ce n'est point l'usage du pays.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Usage ou non, cela se fait de même.
MARTHE
Poursuivez donc votre récit.