‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 60 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

MARGUERITE

Mais voyez donc ! admirez donc !

MARTHE, la parant.

Heureuse créature !

Pauvre comme je suis, je n'oserais pas me montrer ainsi dans les rues, ni à d'église.

MARTHE

Viens souvent me trouver, et tu essayeras ici en secret ces parures, tu pourras te promener une heure devant le miroir : nous y trouverons toujours du plaisir; et, s'il vient ensuite une occasion, une fête, on fera voir aux gens tout cela l'un après l'autre. D'abord une petite chaîne, ensuite une pede à l'oreille. Ta mère ne se doutera de rien, et on lui fera quelque histoire.

MARGUERITE

Qui a donc pu apporter ici ces deux petites cassettes ? Cela n'est pas naturel.

On frappe.

MARTHE, regardant par le rideau.

C'est un monsieur étranger. — Entrez !

MÉPHISTOPHÉLÈS entre.

Je suis bien hardi d'entrer si brusquement, et j'en demande pardon à ces dames, (u s'incline devant Marguerite.) Je désirerais parler à madame Marthe Swerdlein.

MARTHE

C'est moi ; que me veut monsieur ?

MÉPHISTOPHÉLÈS, bas.

Je VOUS connais maintenant; c'est assez pour moi. Vous avez là une visite d'importance; pardonnez-moi la liberté que j'ai prise, je reviendrai celte après-midi.

MARTHE, gaiement.

Vois, mon enfant, ce que c'est que le monde : monsieur te prend pour une demoiselle.

MARGUERITE

Je ne suis qu'une pauvre jeune fille... Ah! Dieu ! monsieur est bien bon ; la parure et les bijoux ne sont point à moi.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Ah! ce n'est pas seulement la parure; vous avez un air, un regard si fin... Je me réjouis de pouvoir rester.

MARTHE

Qu'annonce-t-il donc? Je désirerais bien...

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je voudrais apporter une nouvelle plus gaie, mais j'espère que vous ne m'en ferez pas porter la peine; votre mari est mort, et vous fait saluer.

MARTHE

11 est mort ! le pauvre cœur ! 0 ciel ! mon mari est mort ! Ah ! je m'évanouis !

MARGUERITE

Ah! chère dame, ne vous désespérez pas.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Ecoutez-en la tragique aventure.

MARTHE

Oui, racontez-moi la fin de sa carrière.

Il gît à Padoue, enterré près de saint Antoine, en texTC sainte, pour y reposer éternellement.

MARTHE

"Vous n'avez donc rien à m'en apporter?

DF.LXlhME PARTIE 119

MÉPHlSTOrHÉLÈS.

Si fait, une prière grave cl nécessaire : c'est de faire dire pour lui trois cents messes; du reste, mes poches sont vides.

MAUTHE.

Quoi ! pas une médaille? pas un bijou? de ({ue tout ouvrier misérable garde précieusement au fond de son sac, et réserve comme un souvenir, dùt-il mourir defmni, dût- il mendier?

MKPHISTOPHliLÈS.

Madame, cela m'est on ne peut plus pénible; mais il n'a vraiment pas gaspillé son argent ; aussi il s'est bien repenti de ses fautes, oui, et a déploré bien plus encore son infortune.

MAUGUEHITE.

Ah ! faut-il que les hommes soient si malheureux ! Certes, je veux lui faire dire quelques Requiem,

MÉPHISTOPHÉLÈS

Vous seriez digne d'entrer vite dans le mariage, vous êtes une aimable enfant.

MARGUERITE

Oh 1 non ; cela ne me convient pas encore.

Sinon un mari, un galant en attendant; ce serait le plus grand bienfait du ciel que d'avoir dans ses bras un objet si aimable.

MARGUERrrE.

Ce n'est point l'usage du pays.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Usage ou non, cela se fait de même.

MARTHE

Poursuivez donc votre récit.

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