‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 61 sur 185 · FAUST · texte numérisé non relu

FAUST

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je m'assis près de sou lit de mort : c'était un peu mieux que du fumier, de la paille à demi-pourrie ; mais il mourut comme un chrétien, et trouva qu'il en avait encore par-dessus son mérite. « Gomme je dois, s'écria-t-il, me détester cordialement d'avoir pu délaisser ainsi mon état, ma femme! ah! ce souvenir me tue. Pourra-t-elle jamais me pardonner en cette vie?...

MARTHE, en pleurant.

L'excellent mari ! je lui ai depuis longtemps pardonné !

MÉPHISTOPHÉLÈS

« Mais,Dieu le sait, elle en fut plus coupable que moi!»

MARTHE

Il ment en cela! Quoi! mentir au bord de la tombe!

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il en contait sûrement à son agonie, si je puis m'y connaître. « Je (l'avais, dit-il, pas le temps de bâiller; il fallait lui faire d'abord des enfants, et ensuite lui gagner du pain... Quand je dis du pain, c'est dans le sens le [)lus exact, et je n'eu pouvais manger ma part en paix. »

MARTHE

A-t-il donc oublié tant de foi, tant d'amour?... toute ma peine le jour et la nuit?...

MÉPHISTOPHÉLÈS

Non pas, il y a sincèrement pensé. Et il a dit : « Quand je partis de Malte, je priai avec ardeur pour ma femme et mes enfants; aussi le ciel me fut-il propice, car notre vaisseau prit un bâtiment de transport turc, qui portait un trésor du grand sultan ; il devint la récompense de notre courage, et j'en reçus, comme de juste, ma part bien mesurée. »

MARTHE

Et comment? où donc? Il l'a peut-être enferrée.

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