‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 63 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Une rue .

FAUST, MÉPHISTOPHÉLES.

FAUST

Qu'est-ce qu'il y a? cela s'avance l-il? cela tinira-t-il bientôt?

Ah! très-bien! je vous trouve tout animé. Dans peu de temps, Marguerite est à vous. Ce soir, vous la verrez chez Marthe, sa voisine : c'est une femme qu'on croirait choisie exprès pour le rôle d'entremetteuse et de bohémienne.

FAUST

Fort bien.

MÉPHISTOPHÉLES .

Cependant on exigera quelque chose de nous.

FAUST

Un service en mérite un autre.

MÉPHISTOPHÉLES.

11 faut que nous donnions un témoignage valable, à savoir que les membres de son mari reposent juridiquement à Padoue, en terre sainte.

FAUST

C'est prudent ! il nous faudra donc maintenant faire le voyage"?

MÉPHISTOPHÉLES.

Sancta shnpiicitas ! Ce n'est pas cela qu'il faut faire : témoignez sans en savoir davantage.

FAUST

S'il n'y a rien de mieux, le plan manque.

MÉPHISTOPHÉLES.

0 saint homme!... le serez-vous encore longtemps?

Est-ce la première lois de votre vie que vous auriez porté faux témoignage? N'avez-vous pas de Dieu, du monde, et de ce qui s'y passe, des hommes et de ce qui règle leur tète et leur cœur, donné des définitions avec grande assurance, effrontément et d'un cœur ferme? et, si vous voulez bien descendre en vous-même, vous devrez bien avouer que vous en saviez autant que sur la mort de M. Swerdlein.

FAUST

Tu es et tu resteras un menteur et un sophiste.

MÉPHISrOPHÉLÈS.

Oui, si l'on n'eu savait pas un peu plus. Car, demain, n'irez-yous pas, en tout bien tout honneur, séduire cette pauvre Marguerite et lui jurer l'amour le plus sincère?

FAUST

Et du fond de mon cœur.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Très-bien ! Ensuite ce seront des serments d'amour et de fidélité éternelle, d'un penchant unique et tout-puissant. Tout cela partira-t-il aussi du cœur?

FAUST

Laissons cela; oui, c'est ainsi. Lorsque, pour mes sentiments, pour mon ardeur, je cherche des noms, et n'en trouve point, qu'alors je me jette dans le monde de toute mon àme, que je saisis les plus énergiques expressions, et que ce ftu dont je brûle, je l'appelle sans cesse infini, éternel, est-ce là un mensonge diabolique?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Cependant, j'ai raison.

Écoute, et fais bien attention à ceci. — Je te prie d'épargner mes poumons. — Qui veut avoir raison et possède seulement une langue, l'a certainement. Et viens; je suis

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