‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 64 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

rassasié de bavardage, car, si tu as raison, c'est que je préfère me taire.

Un jardin.

MARGUERITE, nu bras de FAUST; MARTHE, MÉPRIS-

TUPHELES, se promenant de long en large. MARGUERITE.

Je sens bien que monsieur me ménage; il s'abaisse pour ne pas me faire honte. Les voyageurs ont ainsi la coutume de prendre tout en bonne part, et de bon cœur; je sais fort bien qu'un homme aussi expérimenté ne peut s'entretenir avec mon pauvre langage.

FAUST

Un regard de toi, une seule parole m'en dit plus que

Il lai baise la main.

toute la sagesse de ce monde

MARGUERITE

Quefaites-vous? Comment pouvez-vous baiser ma main? Elle est si sale, si rude! Que n'ai-, je point à faire chez nous! Ma mère est si ménagère...

Ils passent. MARTHE.

Et vous, monsieur, vous voyagez donc toujours ainsi?,

MÉPHISTOPHÈLÉS.

Ah! l'état et le devoir nous y forcent! Avec quel chagrin on quitte certains lieux! et on n'oserait pourtant pas prendre sur soi d'y rester.

MARTHE

Dans la force de l'âge, cela fait du bien, de courir çà et là librement par le monde. Cependant, la mauvaise saison vient ensuite, et se traîner seul au tombeau en

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célibataire, c'est ce que personne n'a fait encore avec succès.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je vois avec effroi venir (;ela de loin.

MARTHE

C'est pourquoi, digne monsieur, il faut vous consulter à temps.

Us passent.

MAUGUErtlTE.

Oui, tout cela sort bientôt des yeux et de l'esprit : la politesse vous est facile, mais vous avez beaucoup d'amis plus spirituels que moi.

FAUST

0 ma chère ! ce que l'on décore tant du nom d'esprit n'est souvent plutôt que sottise et vanité.

Comment'?

FAUST

Ah ! faut-il que la simplicité, que l'innocence, ne sachent jamais se connaître elles-mêmes et apprécier leur sainte dignité ! Que l'humilité, l'obscurité, les dons les plus pvécieux de la bienfaisante nature...

MARGUERITE

Pensez un seul moment à moi, et j'aurai ensuite assez le temps de penser à vous.

FAUST

Vous êtes donc toujours seule?

MARGUERITE

Oui, notre ménage est très-petit, et cependant il faut qu'on y veille. Nous n'avons point de servante, il faut faire à manger, balayer, tricoter et coudre, courir, soir et matin ; ma mère est si exacte dans les plus petites choses!... Non qu'elle soit contrainte à se gêner beau-

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