‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 65 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

coup, nous pourrions nous icmuer encore comme bien d'autres. Mon père nous a laissé un joli avoir, une petite maison et un jardin à l'entrcc do la ville. Cependant, je mène en ce moment des jours assez paisibles; mon frère est soldat, ma petite sœur est morte : cette enfant me donnait bien du mal ; cependant, j'en prenais volontiers la peine ; elle m'était si chère !

FAUST

Un ange, si elle te ressemblait.

MARGUERITE

Je rélevais, et elle m'aimait sincèrement. Elle naquit après la mort de mon père; nous pensâmes alors perdre ma mère, tant elle était languissante ! Elle fut longtemps à se remettre, et seulement peu à peu, de sorte qu'elle ne put songer à nourrir elle-même la petite créature, et que je fus seule à l'élever en lui faisant boire du lait et de l'eau ; elle était comme ma fille. Dans mes bras, sur mon sein, elle prit bientôt de l'amitié pour moi, se remua et grandit.

FAUST

Tu dus sentir alors un bonheur bien pur !

MARGUERITE

Mais certes aussi bien des heures de trouble. Le berceau de la petite était la nuit près de mon lit; elle se remuait à peine, que je m'éveillais; tantôt il fallait la faire boire, tantôt la placer près de moi ; tantôt, quand elle ne se taisait pas, la mettre au lit, et aller çà et là dans la chambre en la faisant danser. Et puis, de grand matin, il fallait aller au lavoir, ensuite aller au marché et revenir au foyer ; et toujours ainsi, un jour comme l'autre. Avec une telle existence, monsieur, on n'est pas toujours réjouie ; mais on en savoure mieux la nourriture et le repos.

Ils passent.

MARTHE

Les pauvres femmes s'en trouvent mal pourtant ; il est difficile de corriger un célibataire.

128 FAUST

MÉPHISTOPHÉLÈS

Qu'il se présente une femme comme vous, et c'est de quoi me rendre meilleur que je ne suis.

MARTHE

Parlez vrai, monsieur : n'auriez-vous encore rien trouvé? Le cœur ne s'est-il pas attaché quelque part?

Le proverbe dit : Une maison qui est à vous, et une brave ïenime, sont précieuses comme l'or et les perles.

MARTHE

Je demande si vous n'avez jamais obtenu des faveurs de personne ?

MÉPHISTOPHÉLÈS

On m'a partout reçu très-honnêlcment.

MARTHE

Je voulais dire : votre cœur u'a-t-il jamais eu d'engagement sérieux?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Avec les femmes, il ne faut jamais s'exposer à badiner.

MARTHE

Ah! vous ne me comprenez pas.

MÉPHISTOPHÉLÈS

J'en suis vraiment fâché; pourtant, je comprends que... vous avez bien des bontés.

Ils passent.

FAUST

Tume reconnus donc, mon petit ange, dès que j'arrivai dans le jardin ?

MARGUERITE

Ne vous en êles-vous pas aperçu ? Je baissai soudain les yeux.

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