‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 66 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Et tu me pardonnes la liberté que je pris ? ce que j'eus la témérilé d'entreprendre lorsque tu sortis tantôt de l'église ?

MARGUERITE

Je fus consternée 1 jamais cela ne m'était arrivé, personne n'a pu jamais dire du mal de moi. « Ah ! pensaisje, aurait-il trouvé dans ma marche quelque chose de hardi, d'inconvenant ? Il a paru s'attaquer à moi comme s'il eût eu affaire à une fille de mauvaises mœurs. » Je l'avouerai pourtant : je ne sais quoi commençait déjà à m'émouvoir à votre avantage; mais certainement je me voulus bien du mal de n'avoir pu vous traiter plus défavorablement encore.

FAUST

Chère amie 1

MARGUERITE

Laissez-moi...

Elle cueille une margaerile et en arrache les pétales \cs uns après les autres.

FAUST

Qu'en veux-tu faire? un bouquet?

MARGUERITE

Non, ce n'est qu'un jeu.

FAUST

Comment ?

Allons, vous vous moquerez de moi.

Elle effeuille et murmure lout bas.

FAUST

Que murmures-tu ?

MARGUERITE, à demi-voix.

11 m'aime. — Il ne m'aime pas.

130 FAUST

FAUST

Douce tiguve du ciell

MARGUERITE continue.

11 m'aime. — Non. — Il m'aime. — Non... (Arrachant le

dernier pétale, avec une joie douce.) Il m aime !

FAUST

Oui, mon enfant; que la prédiction de cette fleur soit pour toi l'oracle des dieux! Il t'aime! comprends-tu ce que cela signifie? Il t'aime!

II lui prend les deux mains.

MARGUERITE

Je frissonne !

FAUST

Oh! ne frémis pas! Que ce regard, que ce serrement de main te disent ce qui ne peut s'exprimer : s'abandonner l'un à l'autre, pour goûter un ravissement qui peut être éternel! Eternel!... sa fin serait le désespoir!... Non! point de fin! point de lin !

Marguerite lui serre la mnin, se dégage et s'enfuit. Il demeure un instant dans ses pensées, puis la suit.

MARTHE, approchant.

La nuit vient.

MÉPHISTOFHÉLÈS.

Oui, et il nous faut partir.

MARTHE

Je vous prierais bien de rester plus longtemps ; mais on est si méchant dans notre endroit! C'est comme si personne n'avait rien à faire que de surveiller les allées et venues de ses voisins ; el, de telle sorte qu'on se conduise, on devient l'objet de tous les bavardages. Et notre jeune couple ?

MÉPHISTOPHÉLKS.

S'est envolé là par l'allée. Inconstants papillons !

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