‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 68 sur 185 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

sur la vieille muraille de la ville. Si J'étais petit oiseau! voilà ce qu'elle chante tout le joui' et la moitié de la nuit. Une fois, elle est gaie, plus souvent triste; une autre fois elle pleure beaucoup, puis semble devenir plus tranquille, et toujours aime.

FAUST

Serpent! serpent !

MÉPHISTOPHÉLÈS, à part.

N'est-ce pas?... Que je t'enlace!

FAUST

Infâme! lève-toi de là, et ne nomme plus cette charmante femme ! N'offre plus le désir de sa douce possession à mon esprit à demi vaincu.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Qu'importe ! elle te croit envolé, et tu l'es déjà à moitié.

FAUST

Je suis près d'elle ; mais, en fussé-je bien loin encore, jamais je ne l'oublierais, jamais je ne la perdrais... Oui, j'envie le corps du Seigneur, pendant que ses lèvres le touchent.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Fort bien, mon ami; je vous ai souvent envié, moi, ces deux jumeaux qui paissent entre des roses.

Fuis, entremetteur!

MÉPHISTOPHÉLÈS

Bon! vous m'invectivez, et j'en dois rire. Le Dieu qui créa le garçon et la fille reconnut tout de suite cette profession comme la plus noble, et en fit lui-même l'office. Allons! beau sujet de chagrin! vous allez dans la chambre de votre bien-aimée, et non pas à la mort, peut-être !

FAUST

Qu'est-ce que les joies du ciel entre ses bras? Qu'elle

13b FAUST

me laisse nie réchauffer contre sou sein!... En sentirai-je moins sa misère? Ne suis-je pas le fugitif... l'exilé? le monstre sans but et sans repos... qui, comme un torrent mugissant de rochers en rochers, aspire avec fureur à l'aljîme?... Mais elle, innocente, simple, une petite cabane, un petit champ des Alpes, et elle aurait passé toute sa vie dans ce monde borné, au milieu d'occupations domestiques. Tandis que, moi, haï de Dieu, je n'ai point fait assez de saisir ses appuis pour les mettre en ruine, il faut que j'anéantisse toute la paix de son <àme! Enfer ! il te fallait cette victime! Hàte-toi, démon, abrége-moi le temps de l'angoisse! que ce qui doit ariiver arrive à l'instant! Fais écrouler sur moi sa destinée, et qu'elle tombe avec moi dans l'abîme.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Comme cela bouillonne! comme cela brûle!... Viens et console-la, pauvre fou ! Où une faible tête ne voit pas d'issue, elle se figure voir la fin. Vive celui qui garde toujours son courage! Tu es déjà assez raisonnablement endiablé! et je ne trouve rien de plus ridicule au monde qu'un diable qui se désespère.

Chambre de Marguerite. MARGUERITE, seule, à son rouet.

Le repos m'a fuie! hélas ! la paix de mon cœur malade, je ne la trouve plus, et plus jamais!

Partout où je ne le vois pas, c'est la tombe! Le monde entier se voile de deuil !

Ma pauvre tête se brise, mon pauvre esprit s'anéantit!

Le repos m'a fuie! hélas! la paix de mon cœur malade, je ne la trouve plus, et plus jamais !

Je suis tout le jour à la fenêtre, ou devant la maison, pour l'apercevoir de plus loin, ou pour voler à sa rencontre 1

Sa démarche fière, son port majestueux, le sourire de sa bouche, le pouvoir de ses yeux.

Page 1