‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 70 sur 185 · MARGUERITE, FAUST · texte numérisé non relu

MARGUERITE, FAUST

MARGUERITE

Promets-moi, Henri!...

Tout ce que je puis.

M.\RGUER1TE.

Dis-moi donc, quelle religion as-tu? Tu es un homme d'un cœur excellent ; mais je crois que tu n'as guère de piété.

FAUST

Laissons cela, mon enfant; tu sais si je t'aime; pour mon amour, je vendrais mon corps et mon sang ; mais je ne veux enlever personne à sa foi et à son Eglise.

MARGUERITE

Ce n'est pas assez; il faut encore y ci'oira.

FAUST

Le faut-il •?

MARGUERrrE.

Oh! si je pouvais quelque chose sur toi!... Tu n'honores pas non plus les saints sacrements.

FAUST

Je les honore.

MARGUERITE

Sans les désirer cependant. H y a longtemps que t.i n'es allé à la messe, à confesse; crois-tu en Dieu?

138 FAUST

FAUST

Ma bien-aimée, qui oserait dire : Je crois en Dieu ? Demande-le aux prêtres ou aux sages, et leur réponse semblera une raillerie de la demande.

MARGUERITE

Tu n'y crois donc pas ?

FAUST

Sache mieux me comprendre, aimable créature ; qui oserait le nommer et faire cet acte de foi : Je crois en lui ? Qui oserait sentir et s'exposer à dire : Je ne crois pas en lui? Celui qui contient tout, qui soutient tout, ne contient-il pas, ne soutient-il pas toi, moi et lui-môme? Le ciel ne se voûte-t-il pas là-haut? La terre ne s'étend-elle pas ici-bas, et les astres éternels ne s'élèventils pas en nous regardant amicalement? Mon œil ne voit-il pas tes yeux? Tout n'entraîne-t-il pas vers toi et ma tète et mon cœur? Et ce qui m'y attire, n'est-ce pas un mystère éternel, visible ou invisible?... Si grand qu'il soit, remplis-en ton âme ; et, si par ce sentiment tu es heureuse, nomme-le comme tu voudras, bonheur! cœur! amour! Dieu! — Moi, je n'ai pour cela aucun nom. Le sentiment est tout, le nom n'est que bruit et fumée qui nous voile l'éclat des cieux.

MARGUERITE

Tout cela est bel et bon ; ce que dit le prêtre y ressemble assez, à quelques autres mots près.

FAUST

Tous les cœurs, sous le soleil, le répètent en tous lieux, chacun en son langaf^e ; pourquoi ne le dirais-je pas dans le mien ?

MARGUERITE

Si on l'entend ainsi, cela peut paraître raisonnable ; mais il reste encore pourtant quelque chose de louche, car tu n'as pas de foi dans le chi'istianisme.

Page 1