‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 71 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

FAUST

Chère enfant !

MARGUERITE

Et puis j'ai horreur depuis longtemps de te voir dans une compagnie...

FAUST

Gomment ?

MARGUERITE

Celui que tu as avec toi... je le hais du plus profond de mon cœur. Rien dans ma vie ne m'a plus blessé le cœur que le visage rebutant de cet homme.

FAUST

Chère petite, ne crains rien.

MARGUERITE

Sa présence me remue le sang. Je suis, d'ailleurs, bienveillante pour tous les hommes ; mais do même que j'aime à te regarder, de même je sens de l'horreur en le voyant; à tel point que je le tiens pour un coquin... Dieu me pardonne, si je lui fais injure!

FAUST

Il faut bien qu'il y ait aussi de ces drôles-là.

MARGUERITE

Je ne voudrais pas vivre avec son pareil! Quand il va pour entrer, il regarde d'un air railleur, et moitié colère! On voit qu'il ne prend intérêt à rien ; il porte écrit sur le front qu'il ne peut aimer nulle âme au monde. Il me semble que je suis si bien à ton bras, si libre, si à l'aise... F^h bien, sa présence me met toute à la gêne.

Pressentiments de cet ange!

MARGUERITE

Cela me domine si fort, que partout où il nous accompagne, il me semble aussitôt que je ne t'aime plus. Quand

140 FAUST

il est là aussi, jamais je ne puis prier, et cela me ronge le cœur; cela doit te faire le même effet, Henri!

FAUST

Tu as donc des antipathies ?

MARGUERITE

Je dois me retirer.

FAUST

Ah ! ne pourrai-je jamais reposer une seule heure contre ton sein... presser mon cœur contre ton cœur, et mêler mon àme à ton àme?

M.ARGUERITE.

Si seulement je couchais seule, je laisserais volontiers ce soir les verrous ouverts; mais ma mère ne dort point profondément, et, si elle nous surprenait, je tomberais morte à l'instant.

FAUST

Mon ange, cela ne t'arrivera point. Voici un petit flacon ; deux gouttes seulement versées dans sa boisson l'endormiront aisément d'un profond sommeil.

Que ne fais-je pas pour toi! Il n'y a rien là qui puisse lui faire mal ?

FAUST

Sans cela, te le conseiUerais-je, ma bien-aimée?

M.ARGUERITE.

Quand je te vois, mon cher ami, je ne sais quoi m'oblige à ne te rien refuser; et j'ai déjà tant fait pour toi, qu'il ne me reste presque plus rien à faire.

Elle sort.

MÉPHISTOPHÉLÈS entre.

La brebis est-elle partie ?

FAUST

- Tu as encore espionné ?

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