‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 73 sur 185 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

LISETTE

Il serait bien fou ; un garçon dispos a bien assez d'air autre part. Il a pris sa volée. .

Ce n'est pas bien.

LISETTE

Le rattrapât-elle encore, cela ne ferait rien! Les garçons lui arracheront sa couronne, et nous répandrons devant sa porto de la paille hachée.

MARGUERITE, retournant à la maiaon.

Comment pouvais-je donc médire si hardiment quand une pauvre fille avait le malheur de faillir ? Comment se faisait-il que, pour les péchés des autres, ma langue ne trouvât pas do termes assez forts ? 8i noir que cela me parût, je le noircissais encore. Cela ne l'était jamais assez pour moi, et je faisais tout aussi grand que possible ; et je suis maintenant le péché même! Cependant,... tout m'y entraîna. Mon Dieu ! il était si l)on! Hélas ! il était si aimable !

Les remparts. — Duns un creux du mur l'inuige de lu Maler iluloi'osa, des

pots de fleurs devant.

MARGUERITE apporte un pot de fleurs.

Abaisse, ù mère do doulours ! un regard do pillé sur ma peine!

Le glaive dans le cœur, tu conlemples avec mille angoisses la morl cruelle de ton fils!

Tes yeux se tournent vers son père; et les soupirs lui demandent de vous secourir tous les doux !

Qui sentira, qui souffrira le mal qui déchire mon sein ? l'inquiétude de mon pauvre cœur, ce qu'il craint, et ce qu'il espère? Toi seule, hélas ! peux le savoir !

En quelque endroit que j'aille, c'est une anièrc, hélas ! bien amère douleur que je traîne avec moi !

Je suis à peine seule, que je pleure, je pleure, je pleure ! ot mon cœur se brise en mon sein!

144 FAUST

Ces fleurs sont venues devant ma croisée ! tous les jours, je les arrosais de mes pleurs ; ce matin, je les ai cueillies pour te les apporter.

Le premier rayon du soleil dans ma chambre me trouve sur mon lit assise, livrée à toute ma douleur !

Secours-moi ! sauve-moi de la honte et de la mori ! abaisse, à mère de douleurs! un regard de pitié sur ma peine !

La nait, — Vne nie devant la porte de Marguerite. VALENTIX, soldat, frtro de Marguerite.

Lorsque j'étais assis à un de ces repas où chacun aimo à se vanter, et que mes compagnons levaient hautement devant moi le voile de leurs amours, en arrosant l'éloge de leurs belles d'un verre plein, et les coudes sur la table,... moi, j'étais assis tranquillement, écoutant toutes leurs fanfaronnades; mais je froltais ma barlie en soui'iant, et je prenais en main mon verre plein. « Chacun son goût, disais-je; mais en est-il une dans le pays qui égale ma clière petite Marguerite, qui soit digne de servir à boire à ma sœur? » Tope! tope! cling ! clang ! l'ésonnaient à l'entour. Les uns criaient : // a l'aison, elle est l'ornemeiil de toute la contrée! Alors, les vanteurs restaient muets. Et maintenant!... c'est à s'arracher les cheveux ! à se jeter contre les murs! Le dernier coquin peut m'accabler de plaisanteries, de nasardes ; il faudra que je sois devant lui comme un coupable; chaque parole dite au hasard me fera suer à grosses gouttes! et, dussé-je les hacher tous ensemble, je ne pourrais point les appeler menteurs. Qui vient-là? qui se glisse le long de In muraille? Je ne me trompe pas, ce sont eux. Si c'est lui, je le punirai comme il mérite, il ne vivra pas longtemps sous les cieux.

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