‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 82 sur 185 · DEUXIÈME PARTIE VJ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE VJ

Surgir d'élranges racines; Maigres bras, longues échines, Ventres roulants et rampants; Parmi les rocs, les ruines, Fourmillent vers et serpents.

A des nœuds qui s'entrelacent Chaque pa? vient s'accrocherl Là, des souris vont et passent Dans la mousse du rocher.

Là, des mouches fugitives Nous précédent par milliers, Et d'étincelles plus vives Illuminent les sentiers.

Mais faut-il à celle place Avancer ou demeurer?

Autour de nous tout menace, Tout s'émeut, luit et grimace, Pour frapper, pour égarer ; .A.rbres et rocs sont perfides ; Ces feux, tremblants et rapides, Brillent sans nous éclairer!...

MÉPHISTOPHÉLÈS

Tiens-toi ferme à ma queue ! voici un sommet intermédiaire, d'où l'on voit avec admiration Mammon resplendir dans la montagne.

î'AUST.

Que cet éclat d'un triste crépuscule brille singulièrement dans la vallée ! Il pénètre jusqu'au plus profond de l'abîme. Là monte une vapeur, là un nuage déchiré ; là brille une ilamme dans l'ombre du brouillard, tantôt serpentant comme un sentier étroit, tantôt bouillonnant comme une source. Ici, elle ruisselle bien loin par cent jets différents au travers de la plaine, puis se réunit en un seul entre des rocs serrés. Près de nous jaillissent des étincelles qui répandent partout une poussière d'or. Mais regarde : dans toute sa hauteur, le mur de rochers s'enllamme.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Le seigneur Mammon n'illumine-t-il pas son palais

iU FAUST

comme il convient pour cette fête! C'est un bonheur pour toi de voir cela ! Je devine déjà l'arrivée des bruyants convives.

FAUST

Comme le vent s'émeut dans l'air ! De quels coups il frappe mes épaules !

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il faut t' accrocher aux vieux pics des rochers, ou bien il te précipiterait au fond de l'alnme. Vn nuage obscurcit la nuit. P>oute comme les bois crient. Les hiboux fuient épouvantés. Entends-lu éclater les colonnes de ces palais de verdure? Entends-tu les branches trembler et se briser? Quel puissant mouvement dans les tiges! Parmi les racines, ([uel murmure et quel ébranlement ! Dans leur chute épouvantable et confuse, ils craquent les uns sur les autres, et sur les cavernes éboulées sifflent et hurlent les tourbillons. Entends-tu ces voix dans les hauteurs, dans le lointain ou près de nous?... Eh! oui, la montagne retentit d.ans toute sa longueur d'un furieux chant magique.

SORCIÈRES en chœur.

Gravissons le Brocken ensemble.

Le chaume est jaune, et le grain vert. Et c'est là -haut, dans le désert, Que toute la troupe s'assemble :

Là, monseigneur Urian s'assoit, Et, comme prince, il nous reçoit.

UNE VOIX

La vieille Baubo vient derrière; Place au cochon! place à la mère!

CHŒUR

L'honneur et le pas aux anciens !

Passe, la vieille, et tous les tiens... Le cochon porte la sorcière.

Et la maison vient par derrière.

UNE VOIX

Par quelle route prends-tu, toi ?

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