PREFACE. XV
impressions une forme artistique, qu'à les disposer en tableaux, sans me soucier d'enchaîner ces tableaux entre eux. » Et trente ans avant cet aveu, en 1797, époque où le poète se remit à son Faust, abandonné depuis la publication du fragment de 1790, voici ce que Gœthe écrivait à Schiller :
Je me suis décidé à reprendre Faust, et, sinon à l'achever, du moins à l'avancer d'un bon bout.... Je vais me mettre à mon aise avec cette composition barbare, où je compte effleurer plutôt que remplir les conditions de l'art.... Je prendrai soin que chaque partie soit ayieablo, intéressante et donne à réfléchir; pour lensemble, qui restera toujours un fragment, je bénéficierai des théories nouvelles sur la poésie épique.
Ce passage de la correspondance de Gœthe, significatif entre tous, exprime à merveille sou état d'esprit dans l'année où il écrivit la Dcdicace de son poème. Il était alors enthousiaste de la Grèce et de l'art classique; il venait d'achever Hermann et Dorothée^ chef-d'œuvre accompli et vraiment divin, imitation de l'antique si exquise et si pure qu'on peut la trouver supérieure même à son modèle : on comprend qu'il lui en coûtât de revenir à ce Faust « barbare », à cette légende du Nord fantastique et grotesque, à cette interminable rapsodie qui, étant de sa nature sans fin et sans fond, ne devait jamais procurer à son âme d'artiste la sensation délicieuse des œuvres parfaites et achevées. Il fallut toute la douce et féconde influence de Sciiiiler pour décider Gœthe à faire ce grand effort