PREFACE. XVII
à n'importe quel spectacle sérieux nussi bien qu'à la tragédie qu'il précède. Il y a toute apparence que si l'épisode d'Hélène, qui est le joyau du second Faiist^ avait été prêt pour l'impression en 1808, Gœthe l'aurait inséré dans la première partie de son drame sous forme d'entr'acte, de vision ou de n'importe quoi, et franchement il y eût fait meilleure iigure que le Songe d'une nuit de JFalpurgis, « intermède » destiné d'abord à VAhnanach des Muses, puis fourré sans façon dans le Faust par un caprice subit de ce farceur olympien qui se moquera bientôt de son art et de ses lecteurs au point de vider tous ses vieux tiroirs dans les dernières pages du WilheJm Meisterl
Gœthe raconte dans ses Mémoires que son professeur de dessin, Œser, directeur de l'Académie des beaux-arts de Leipzig, prenait plaisir à mystifier le public par des peintures décoratives d'un sens énigmatique et obscur. Il plaça un jour dans le vestibule de la salle des concerts une figure de femme approchant des mouchettes d'un flambeau : pourquoi ces mouchettes? pourquoi ce flambeau? Les bonnes gens se creusaient la tête, se perdaient en mille conjectures, et Œser s'amusait de la diversité de leurs explications. Le commencement de la sagesse, pour tout commentateur de Faust, c'est de bien se persuader que Gœthe s'y est permis plus d'une fois un divertissement du même genre. Il ne lui déplaisait nullement de n'être pas compris, il
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souriait même avec une évidente complaisLince à la pensée de tous les vains efforts qui seraient faits pour pénétrer jusqu'au fond du sens de son poème. « Comme un problème insoluble, disait-il, Faiisl excitera toujours la curiosité et la réflexion, m
Sans doute, il faut, contre le préjugé commun, maintenir en thèse générale qu'un poète n'est point obligé de connaître clairement les beautés de ses propres ouvrages, et qu'il est même préférable qu'il ne s'en rende pas un compte trop distinct, puisque cette inconscience obscure et féconde est le génie lui-même, le génie inspiré ; mais de cette considération fort juste en elle-même ni Gœthe ni son Faust ne sont bien fondés à se prévaloir. La réflexion chez Gœthe a pris de bonne heure le pas sur l'instinct; dès lors elle n'a cessé de se développer jusqu'à l'exagération finale. Il n'est pas possible à la meilleure volonté du monde de se représenter un tel artiste comme ayant jamais eu la moindre ignorance naïve des beautés qu'il médite avec tant de science, qu'il exécute avec tant de patience et de soin ; et Faust est un poème philosophique où l'idée a trop visiblement précédé et choisi la forme pour que son auteur puisse être admis à prétendre qu'il n'a point su ce qu'il voulait dire. Personne ne devra donc s'étonner de voir Gœthe abandonner quelquefois la position commode qu'il avait prise vis-à-vis des curieux qui le questionnaient sur Faust, et, après avoir fait bon