PREFACE. XIX
marché de la suite des idées dans son poème, affirmer au contraire à Eckermann que toutes les parties en étaient « rivées », ou bien écrire à Guillaume de Humboldt dans la dernière de toutes ses lettres :
Voilà plus de soixante ans que j'ai conçu Fjiist ; j'étais jeune alors, et j'avais déjà dans l'esprit, sinon toutes les scènes avec leur détail, au moins toutes les idées de l'ouvrage. Ce plan ne m'a jamais quitté.
En i8o5, à l'un de ses correspondants qui demandait des nouvelles de Faust, Goethe, après avoir dit où son poème en était, indiqua dans sa lettre comme la clef même du drame « le pacte entre Faust et Méphistophélès, et les conditions de ce pacte, d'où procède toute la suite ».
C'est un passage capital, en effet, et d'une grande portée.
Si jamais il m'arrive (dit Faust à Méphistophélès) de me reposer avec satisfaction sur un lit de paresse, qu'à l'instant je sois anéanti! Si jamais il m'arrive de prendre tes séductions mensongères pour la réalité du bonheur et de m'oublier moi-même au sein des jouissances, que ce jour soit le dernier de ma vie ! Je te propose le défi.
MÈpniSTOiMiÉLiis. — Tope !
Falst. — Voici ma main. Si jamais je dis au moment qui passe : « Suspends ton vol, tu es si beau! » alors tu peux me charger de chaînes, alors je consens à m'engloutir dans i'abime, alors la cloche des morts peut sonner, alors tu es affranchi de ton service.
Le sens de ce pacte est clair, et c'est le pari même du Seigneur contre Méphistophélès qui s'y