‹ FaustChapitre 17 sur 66 · XXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXII PREFACE

qui se demanderait, en assistant à la tragédie si poignante et si délicieuse de Marguerite, comment s'accordent toutes les parties de cette dramatique histoire avec le prologue dans le ciel ou avec la scène du pacte. Non seulement il n'y a pas lieu de blâmer Gœthe avec sévérité pour avoir oublié plus ou moins les ressorts métaphysiques de son drame, mais on doit le féliciter hautement d'avoir surtout voulu, selon ses propres expressions, « représenter dans Faust une vie pleine de variété et de mouvement, et non tout ramener à une vérité philosophique ». Au poète, trop disposé à se perdre dans l'empyrée des idées pures, le bouffon du Prolooue sur le théâtre donne un bon conseil, que Gœthe a suivi : (( Lancez-vous au milieu de la vie humaine. Chacun vit de cette vie-là, un petit nombre- la connaît, et c'est le peu que vous en montrez qui fiut tout le charme de vos ouvrages. »

Le principe favori de la critique contemporaine, c'est que tout commentaire d'une œuvre poétique est scabreux et court le risque d'être un jeu frivole ou un travail stérile, excepté celui qui s'appuie exclusivement sur le terrain solide de l'histoire et de la biographie. Aucune méthode ne nous semble aujourd'hui plus intéressante et plus sûre que celle qui cherche dans les faits l'explication des œuvres. Gœthe nous invite d'une façon particulièrement formelle et pressante à la lui appliquer. « Toutes

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mes œuvres, a-t-il dit, ne sont que les fragments d'une grande confession. » 11 déclare que la première partie de Faust est consacrée presque tout entière à la peinture d'émotions intimes et personnelles, et il écrit dans ses Mémoires, à propos du docteur héros de la légende : « Moi aussi j'avais parcouru le cercle entier des connaissances humaines, et j'en avais bientôt reconnu la vanité. J'avais pris la vie par tous les côtés, et j'étais revenu de mes expériences plus mécontent et plus tourmenté. »

Les années de jeunesse, où Gœthe écrivit les scènes les plus vivantes de son drame, sont naturellement celles où il a le plus vécu, où l'activité du corps, de l'esprit, du cœur et des sens, a été chez lui le plus intense et le plus vive. Une des premières curiosités de son intelligence, ce furent les sciences occultes, la magie et Talchimie, pour lesquelles la mystique demoiselle de I^ettenberg lui avait communiqué son enthousiasme. Comme Faust, il s'absorba dans un gros in-folio intitulé : Opus Mago-Cabbaîisticuin et Theosophicum ; il étudia Paracelse, Basilius Valentinus, Helmont, Starkey, Wclling, etc., chercha la pierre philosophale, ne la découvrit pas, mais, semblable aux enfants du laboureur, fit la conquête d'un trésor au lieu de la chimère qu'il poursuivait : car le goût passionné des sciences naturelles s'empara de lui à cette occasion et ne le quitta dIus de sa vie. Désormais, il

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saura à la fois rêver sur la nature comme il convient à un poète, et arrêter sur elle le ferme regard du savant ; il portera dans ses courses de montagne Tesprit observateur du géologue, du botaniste ; mêlé aux étudiants d'Iéna, on le verra suivre les leçons d'un professeur célèbre sur l'anatomie et Tostéologie, et les notions acquises dans ce cours, fécondées par son génie, le conduiront lui-même à d'illustres découvertes.

Le premier monologue de Faust et son premier entretien avec Wagner ont un accent de jeunesse, de sincérité, de passion, où l'on sent une fraîche et récente expérience. C'est encore le présent souvenir de son séjour à l'université de Leipzig qui inspira au poète la fameuse scène où Méphistopbélès, dans la robe de Faust, critique successivement devant un écolier ébahi tous les enseignements dont se compose le cercle des études universitaires. Une phrase des Mémoires est la répétition presque textuelle de l'opinion du diable sur le cours de logique :

« Je vis bientôt que le cours de philosophie ne m'apprenait rien de nouveau. Je trouvais, par exemple, fort étrange que la logique me fît décomposer, recomposer et décomposer encore des opérations de l'esprit que j'étais habitué dès l'enfance à exécuter avec la plus grande facilité. »

Dans un des plus magnifiques passages du poème,

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Faust, assis au soleil couchant sur une hauteur d'où il découvre la plaine éclairée des derniers feux du jour, dit à Wagner qui l'accompagne :

Regarde comme au loin sur le gazoa les cabanes étincellent aux lueurs ardentes du couchant. Le soleil penche et s'éteint, le jour expire; mais il se hâte d'aller éclairer d'autres contrées et d'y porter une nouvelle vie. Oh : que n'ai-je des ailes pour ra'enlever dans les airs et suivre cet astre le long de sa carrière que rien n'interrompt jamais ! Je verrais dans un éternel crépuscule se balancer le monde à mes pieds; je verrais s'enflammer toutes les hauteurs, toutes les vallées s'obscurcir, et tous les torrents changer en vagues d'or leurs vagues argentées.... En vain la montagne oppose à ma course ses défilés sauvages ; déjà mes yeux étonnés plongent sur la mer, elle ouvre devant moi ses golfes brûlants. Le dieu semble-t-il vouloir disparaître, un second élan, et je poursuis ma route; je continue de boire à longs traits sa lumière éternelle ; devant moi le jour, et la nuit derrière moi; le ciel audessus de ma tête, et sous mes pieds les flots de l'Océan.... Charmant rêve tant qu'il dure ! .Mais l'esprit a beau déployer ses ailes, le corps, hélas ! n'en a point à y ajouter. Et pourtant, il n'est personne qui n'ait senti battre son cœur, quand au-dessus de nous, perdue dans les espaces azurés, l'alouette nous envoie les éclats de son chant matinal ; quand, par delà la cime des rochers couverts de sapins, l'aigle plane les ailes étendues, et quand la grue traverse les plaines et les mers pour regagner les lieux qui l'ont vue naître.

Faust, ici, ne fait que traduire en vers éclatants et sonores ce que Gœthe avait dit en son propre nom dans une lettre datée de Suisse, lorsqu'il fit un premier voyage dans les Alpes avec les frères Stolberg, et ce que \W»-ther redit de son côté dans

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