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l'immortel roman qui date de la même époque de la vie du poète. Ces ardeurs consumantes de Faust, ces aspirations infinies, Gœthe les a donc éprouvées lui-même et simultanément manifestées dans sa correspondance et dans ses oeuvres.
On peut même signaler dans Faust jusqu'à des impressions d'enfance, puisque les tableaux populaires qui s'y trouvent sont retracés, dit-on, d'après les souvenirs qu'avait laissés à Gœthe Francfort, sa ville natale.
Quant aux amourettes, qui naturellement constituent par rapport à son développement poétique la plus importante série de ses aventures et de ses expériences, elles sont nombreuses dans la vie de Gœthe. Celle qui est si connue sous le nom d'idylle de Sesenheim passe pour avoir eu la part principale dans la création de Marguerite. Les traits essentiels de cette captivante figure, candeur, douceur, dévouement entier et absolu, sont en effet ceux mêmes de Frédérique Brion, la fille du pasteur. Mais d'autres jeunes filles ont eu leur influence sur l'œuvre d'un poète sensible conmie lui au « charme éternel de la femme », et dans sa poésie pas plus que dans sa vie Gœthe n'est resté fidèle à un seul souvenir. Marguerite est le nom d'une jeune ouvrière qu'il avait aimée à Francfort. Annette avait reçu à Leipzig, avant Frédérique à Sesenheim, ses serments d'éternel amour. En 1774, c'était le tour d'KHsabcth Scliœnemann, après
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Charlotte, après Maximilienne de La Roche, après toutes celles que j'ai nommées et celles que je n'ai pas nommées, Elisabeth Schœnemann dite Lili, dont Gœthe a écrit ceci dans ses Mémoires : « Lili a été en réalité la première femme que j'aie profondément et véritablement aimée », et ceci dans une lettre à M""' de Stein : « Hier soir j'étais couché, déjà à moitié endormi, lorsque mon domestique m'apporte une lettre ; la tête lourde, je lis que Lili est mariée; je me retourne et je me rendors. »
Durant sa grande passion pour Lili, Gœthe avait pris pour confidente de ses peines amoureuses la jeune comtesse Auguste de Stolberg, qu'il adorait et qu'il tutoyait sans la connaître. Voici ce qu'il lui écrivait un soir :
Journée pénible et triste : en me levant, j'étais bien. J'ai écrit une scène de mon F.iusl, ensitite j'ai perdu deux heures, après quoi je suis allé faire ma cour à une jolie fille dont tes frères t'auront parlé, et qui est bien la plus singulière créature que je connaisse. J'ai mangé, dans une compagnie où je dînais, une douzaine de petits oiseaux, aussi vrai que Dieu les a créés; puis je me suis promené sur le fleuve en dirigeant moi-même le canot(j'ai la fureur d'apprendre à naviguer); puis j'ai joué deux heures au pharaon, et me suis attardé deux heures à converser avec de braves gens, et maintenant me voici à ma table pour te dire bonsoir. Et cependant, que d'angoisses et de troubles! Comment te dire ce que j'éprouvais au milieu de ces distractions? Je n'ai pas cessé de soulïrir; j'étais comme un rat qui a mangé de l'arsenic : il court dans tous les coins, absorbe toute humidité, dévore tout
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ce qu'il rencoiUre sur son passage, tandis qu'une flamme intérieure, qu'une ardeur mortelle, inextinguible, lui consume le sang'.
■ La scène de Faust que mentionne cette lettre est apparemment celle de la taverne d'Auerbach, où Ton trouve une certaine chanson de rat empoisonne qui se tordait et sautait d'angoisse, comme « s'il eût 'amour au corps » ; et c'est ainsi que Gœtlie se délivrait de ses peines de coeur : il en faisait le drame de Marguerite ou la chanson du Rat.
On ne court vraiment pas le risque de plaisanter dans un sujet sérieux en parlant légèrement des amourettes de Gœthe. Sans doute l'amour a joué un très grand rôle dans sa vie et dans sa poésie, comme la lumière et la joie de son âme, le foyer tout-puissant où s'échauffait sa verve, le stimulant divin de son activité créatrice; mais les amours furent tous des caprices passagers et fort peu douloureux, qui n'ont causé ni sa propre souffrance, ni celle des rieuses jeunes filles qu"il a courtisées, et dont personne n'aurait songé à lui faire un crime si, par une exception déplorable, la plus sympathique de toutes justement, celle qui fut l'original de Marguerite, n'avait eu la naïveté de croire en lui et de lui garder sa foi jusqu'à la mort. Longtemps on
1. Henri Hlaze de Bury, les Maîtresses de Gœthe, p. 228; lettre déjà citée pariM. Alexandre Dumas lils dans sa brillante élude sur Faust.