‹ FaustChapitre 20 sur 66 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

aucune faute à se reprocher ». Il a fait des vers fort galants à la louange de l'inconstance :

Qu'il est doux le baiser de Fanny, quand la lèvre Du baiser d'Amanda garde encor le parfum !

et il a dit en prose, non moins poétiquement : « C'est une sensation délicieuse que celle d'un nouvel amour qui naît en nous lorsque l'ancien n'est pas encore tout à fait expiré. Ainsi, à l'heure où le soleil se couche, on aime à voir la lune se lever de l'autre côté de l'horizon, et l'on jouit de la double clarté des deux astres. »

La Marguerite de Faust est une des plus heureuses créations de la poésie. Ce personnage, fondu d'un seul jet à l'époque où le génie de Gœthe était en pleine sève, ne présente pas le défaut d'harmonie qui résulte, pour les autres figures principales, de la longue durée de la composition du poème. Il y a, dans la littérature dramatique, des femmes admirables par la puissance de voir clair en ellesmêmes et de s'analyser qui ne les abandonne pas, même au milieu de la passion; l'originalité de Marguerite consiste, au contraire, dans sa candeur profonde, dans une ignorance du mal si entière, si naïve, que sa chute dans l'amour coupable et jusque dans le crime ne peut faire à nos yeux tomber la moindre fleur de sa couronne d'innocence. Oui, maîtresse de Faust, meurtrière de son propre enfimt, Marguerite demeure dans nos souvenirs comme le

r>RÉFACE. XXXI

tvpe même de riniiocence. 11 n'appartient qu'aux artistes souverains d'accomplir de pareils miracles, de même qu'il n'appartient qu'à eux de transformer une histoire aussi triviale que celle de la séduction d'une pauvre fille en merveille poétique. C'est par une observation très délicate de la vérité que ces triomphes sont rendus possibles ; Gcethe, pour faire agir et parler sa naïve enfant, n'a pas eu à dépenser moins d'esprit que Racine pour prêter à ses intelligentes figures de femme les fins et ingénieux discours où leur âme s'explique elle-même avec une si savante éloquence.

Vo3^ez-la devant la cassette qu'elle découvre avec surprise dans son armoire : si elle n'hésitait pas à l'ouvrir, cette précipitation trahirait une certaine grossièreté de nature; si elle hésitait trop, celte perplexité serait l'indice d'une conscience avertie, que la tentation doit toujours trouver sur ses gardes et qui ne saurah succomber sans lutte. Elle n'a qu'un instant d'hésitation, juste ce qu'il faut pour conserver sa grâce en laissant voir son ignorance; elle ouvre la cassette, et aussitôt la voilà toute à la joie de se parer et d'être belle, La parure développe chez elle le sentiment de la coquetterie, dont le germe existait, discrètement indiqué ; mais Marguerite, qui se sait jolie, est trop candide pour croire que sa beauté puisse être conquérante sans la parure.

Q.uand Méphistophélès lui donne le cvniquc con-

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