‹ FaustChapitre 21 sur 66 · XXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE

scil de prendre un galant, elle ne se recrie pas à cette proposition déshonnète, comme ne manquerait pas de le faire une vertu éprouvée ou bien une hypocrite ; elle répond avec simplicité : « Ce n'est pas l'usage du pays. » Elle cultive, sans songer à mal, des amitiés aussi compromettantes que celle de sa voisine, dame Marthe. La première flatterie d'un cavalier entreprenant l'impressionne jusqu'au fond de l'âme, et jamais œuvre ne fut plus f.xile que celle de sa séduction. Mais cette facilité même est son excuse, car vraiment elle n'a pas su ce qu'elle faisait. « Hélas! tout ce qui m'a entraînée était si bon et si charmant ! »

y* Marguerite aime comme doit aimer une femme aussi purement et complètement femme, un être tout instinct et tout cœur, rêvant beaucoup, mais réfléchissant à peine. « Pensez quelquefois h moi un petit moment; moi, j'aurai tout le temps dépenser à vous. » Elle se donne sans réser\'e et avec bonjieur. Le savoir, l'esprit, l'éloquonce du grand liomnie qu'elle aime l'éblouissent, tandis que Faust, au contraire, se sent attiré vers elle par la sainte i<.Miorance qui rapproche cette ingénue de la nature, et c'est un trait du génie de Gœthe d'avoir cherché dans cette opposition de deux extrêmes une raison secrète d'affinité. La pensée ne saurait venir à Marguerite d'accuser jamais Faust des souffrances qu'elle endure pour lui et par lui. Elle n'accuse personne ? ni elle même, elle est trop innocente, ni la Provi-

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dence, elle est trop pieuse; ni les hommes, elle est trop bonne et trop douce. Pourquoi Ta-t-on condamnée? Q.ue veulent dire ces chaînes, ce cachot? Quelle action a-t-elle donc commise, et « qui leur a dit de lui donner'* un pareil sens » ? Sa raison s'y perd, la voilà folle.

La scène de la prison et de la folie est la plus pathétique qu'il y ait en ce genre dans aucune littérature. Déjà Shakespeare avait touché une corde bien sensible en mettant des chansons immodestes dans la bouche d'Ophelia devenue folle ; rien ne semblait pouvoir être plus navrant que le spectacle de cette vierge chantant avec des éclats de rire ce qui lui aurait fait horreur si son inteUigence l'avait compris : la folie de Marguerite est plus dramatique que celle d'Ophelia, parce que Marguerite, extérieurement et pour les yeux des spectateurs, n'est pas une simple victime du sort, sans responsabilité comme saji: tache. Elle a commis un infanticide, mais avec une telle inconscience de ce qu'elle faisait qu'une action aussi fatale équivaut presque, moralement et pour l'esprit qui réfléchit, à la pure passivité d'Ophelia. Ses hallucinations entrecoupées de lueurs qui semblent un retour à la raison; son demi-réveil à la voix du bien-aimé; l'étreinte passionnée dont elle l'embrasse, et tout à coup la nouvelle obsession des images du crime, de la mort, du supplice, de la sépulture ; les appels désespérés de Faust et la force d'inertie qu'elle oppose à tous ses efforts : tout ctila

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