‹ FaustChapitre 22 sur 66 · XXXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PREFACE

constitue la scène la plus pénétrée d'horreur et de pitié qu'aucun poète tragique ait jamais écrite. Nos cœurs se serrent douloureusement quand" la folle crie au secours de son enfant noyé par elle-même ; nous sentons les larmes venir quand elle dit à son amant : « Je vais te décrire les tombeaux que tu dois élever demain. Donne la meilleure place à mn mère, mets mon frère tout près d'elle, moi un peu à l'écart..., mais pas trop loin, n'est-ce pas? et mon enfant à ma droite, nul autre que lui ne doit être couché près de moi. » Mais le sublime du pathétique se trouve atteint, lorsque, au miHeu d'une dernière vision qui lui représente son jour de noces, hélas! et sa couronne..., l'infortunée murmure à l'oreille de Faust ce vers d'une tendresse ineffable et d'une pudeur exquise : « Ne dis à personne au moins que tu as été déjà chez Marguerite. » Si le salut de Faust a besoin d'explication, celui de Marguerite, absoute d'une seule voix par la conscience unanime du genre humain, n'a plus qu'à recevoir sa consécration poétique de la sentence du divin juge et de l'applaudissement des anges.

Le personnage de Méphistophélès n'a point la belle unité du précédent, et ne pouvait l'avoir. Création d'ailleurs étincelante d'esprit, c'est le hardi paradoxe d'un grand artiste assez avisé pour comprendre qu'avec un thème d'une difficulté insurmontable mieux vaut se jouer librement que tenter d'inutiles eflforts : car il fallait à la fois conserver les don-

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