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peine commencée, il s'enfuit, épouvanté de ce qu'il a entrepris, dans la solitude de la nature. Méphistophélès a fort à faire pour le ramener, et Faust ne cède enfin que par une sorte de résignation courageuse à suivre la destinée qu'il s'est choisie lui-même. Il pèche, mais jamais pécheur ne trouva moins de satisfaction dans son péché et ne détesta davantage celui par qui le mal existe. Conception hautement originale et nouvelle, qui est par excellence la part du génie dans la création de Gœthe : car toute la poésie avant lui, depuis le drame puissant, mais grossier, de Marlowe, jusqu'au roman contemporain de Klinger, n'avait eu garde de changer ici la légende et d'imaginer qu'il pût y avoir autre chose à faire, le pacte une fois conclu avec le diable, que de bien soûler le docteur Jean Faust, et puis, de le damner.
Naturellement, Faust a ses heures de mélancolie et de rêverie. Il ne serait pas un homme complet, si cet élément poétique pouvait manquer à son être moral. C'est lui qui, par son apostrophe à la lune, « mélancolique amie », par sa méditation grandiose en face du soleil couchant, donne pour ainsi dire la note à Chateaubriand, à Byron, à Lamartine, à toute la poésie du xix* siècle. En vrai fils de Rousseau, il adore la nature. Il y retrempe son corps et son âme; elle est pour lui une source d'apaisement divin et d'émotions quasi religieuses : car, plongé et ravi en clic, il se sent plus que partout ailleurs
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en communion intime et directe avec le principe éternellement actif de la vie dans l'univers. Mais l'homme digne de ce nom ne doit point s'absorber tout entier dans la solitude, la contemplation, l'extase, et Faust n'est rien moins qu'un rêveur. On risque de se tromper quand, voulant établir à cet égard une division tranchée entre la première et la seconde partie du poème de Gœthe, on dit que le second Faust représente et glorifie l'activité humaine, tandis que le premier se renferme dans la peinture de la spéculation philosophique et de la passion. Le ûiit est que dès l'origine Faust nous apparaît, sinon comme un homme d'action, au moins comme un philosophe aux yeux duquel l'action est la première loi de l'homme en cette vie. « L'homme, dit-il, ne peut montrer ce qu'il vaut que par une activité sans relâche. » Et encore : « Heureux celui dont la mort ceint les tempes d'une couronne de lauriers sanglants dans l'éclat de la victoire ! » Lorsqu'il traduit le premier verset de l'Évangile selon saint Jean, il rejette l'une après l'autre les versions : Au commencement était la Parole; — Au commencement était l'Intelligence; — Au commencement était la Force, pour s'arrêter définitiveà celle-ci : — Au commencement était l'Activité. Ni par principe, ni par nature, ni par goût, Faust n'est un pur spéculatif. Jeune, il a vaillamment lutté avec son père contre lèi idémie qui rava^^eait la contrée, payant de sa personne et mettant sa
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science au service des malheureux paysans ; mais c'est dans cette science, hélas ! qu'il n'a plus foi, et son désespoir, manifesté dès les premiers mots qu'il prononce, est « de ne savoir rien qui vaille, rien de vraiment utile à enseigner aux hommes pour améliorer leur condition misérable ».
Gœthe a écrit quelque part : « Comment peuton apprendre à se connaître soi-même ? Jamais par la contemplation de soi-même, mais par l'action. Efforce-toi de faire ton devoir, et tu sauras tout de suite ce qui est en toi. » Son devoir, Faust n'apprendra guère à le faire qu'au terme de sa longue expérience; ce qu'il essaye d'abord, c'est la jouissance, ou plutôt c'est la vie avec toutes ses sensations de douleur comme de plaisir, d'amertume comme de volupté. Il veut goûter tout ce qui est humain, joies et peines, biens et maux; et voilà pourquoi, en un jour d'audace, il se précipite dans le tourbillon du monde, du « petit monde » d'abord, puis du « grand ». La science, étudiée dans les livres et les laboratoires, a fini par devenir à ses yeux l'occupation la plus vaine et la plus stérile; un savant qui n'est que savant lui a dès lors fait l'effet d'une créature si ridiculement incomplète, d'une existence si chétive et si manquée, que, dans l'intérêt même de sa propre culture et de son développement intellectuel et moral, il veut s'échapper à tout prix de son étroit cabinet d'étude. Il essavera donc de la vie, il sera homme, et c'est
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par l'action, d'abord sous la forme du plaisii' et de ses conséquences, puis sous la forme plus noble et plus belle du dévouement utile, que Faust, toujours avide de science, entreprend de pénétrer à l'avenir dans la connaissance des choses et de luimême.
Si l'on veut mesurer à quel point Faust est un homme complet, c'est à Wagner qu'il fout le comparer. Wagner n'est pas un homme, c'est un cuistre. Quand Faust, se sentant revivre au milieu de la foule bruyante et joyeuse qui fête le dimanche de Pâques, s'écrie : « Ici, je redeviens homme ! ici, j'ose l'être ! » Wagner exprime le dégoût affecté du pédant pour ces plaisirs grossiers. Le contact des paysans lui répugne; ce violon de village, ces cris, ces chants, ces hurlements plutôt, blessent la sensibilité de ses longues oreilles. Cet « âne chargé de livres », comme l'eût appelé Montaigne, ne connaît pas de passe-temps plus profitable et plus délicieux que l'étude de ce que les hommes ont écrit. Il a un respect naïf pour les vieux parchemins, et il se flatte de remonter aux sources, parce qu'avec la sage méthode critique d'un érudit de la bonne école il sait distinguer et rechercher les documents de première main.
« Un parchemin, répond Faust avec une admirable éloquence, est-il donc la fontaine sacrée où la soif di; notre âme s'étanchera pour jamais?... iMon ami, les siècles passés sont pour nous un livre