PREFACE. V
jeux de grand prince dans lesquels un maître qu'on n'ose pas contredire se ù\h la partie belle et met de son côté toutes les chances. En vérité le diable serait bafoué avec trop peu de peine, l'esprit malin démentirait son nom, s'il ne souriait pas d'avance à sa propre défaite, s'il était assez simple pour se promettre autre chose qu'un amusement de sceptique dans la tentation du docteur Faust rendue exlraordinairement difficile par ce défi peu sérieux du Tout-Puissant :
Va, détourne, si tu le peux, Détourne cet esprit de sa source première; Fais-le suivre avec toi le chemin tortueux
Des ennemis de la lumière ; Mais sois confus, s'il faut reconnaître à la fin Qu'égaré dans la nuit et dans l'erreur grossière Le juste garde encor l'amour du droit chemin.
Voilà donc le minimum dont le Seigneur se contente! le sens du bien persévérant dans l'âme du pécheur au milieu de ses égarements : telle est la raison suffisante de son salut. Il faut prendre garde de confondre ce sentiment avec le repentir chrétien. Faust ne perd pas son temps à regretter le mal commis; c'est, comme l'a si bien dit M. Mézières, dans une activité toujours nouvelle qu'il cherche la rançon de ses erreurs et de ses fautes. Le repentir a sa source dans la conscience de la gravité du mal, et la gravité du mal est une notion étrangère à la philosophie de Gœthe, un