VI PREFACE
sentiment que son âme panthéiste et surtout pnïenne n"ci jamais éprouvé ni connu.
Le diable jouant avec Dieu une partie aussi inégale devait nécessairement la perdre, et il est permis de trouver que Faust est sauvé à bon marché. Cependant, si l'on veut un peu réfléchir à la petite quantité de bien, de mérite positif et réel, qui suffisait, au point de vue métaphysique, pour balancer victorieusement tous les efforts de l'Esprit du néant, on pourra trouver au contraire que Faust ne marchande pas la vertu et qu'il déploie, pour la plus grande gloire de Dieu, une énergie morale bien supérieure au peu qui était nécessaire. Tout compte fait, Faust est un héros, un héros à la mode de Gœthe naturellement, c'est-à-dire occupé uniquement de lui-même, absorbé dans son propre perfectionnement, faisant le bien non par amour d'autrui, ni pour le bonheur de se donner, mais par amour de soi et pour la satisfaction de se sentir meilleur : il n'en est pas moins vrai que Faust a une noble ardeur et un noble idéal. Qu'on le compare à don Juan, non pas au don Juan romantique et moderne, refait précisément selon le type de Faust, mais au don Juan primitif et classique : celui-là est bien au diable; Dieu n'aurait pas commis l'imprudence de risquer un pari à son sujet. Et don Juan n'est pas une exception. Bien d'autres personnages purement diaboliques existent dans la littérature : lago, Tartuffe, la femme de Macbeth, etc.