PREFACE. VII
II y a dans l'art comme dans la vie des créatures humaines qui font le mal pour le mal, qui, égarées dans la nuit et dans Terreur, ont perdu tout amour de la lumière et de la voie droite et appartiennent ainsi, sans contestation possible, à Satan.
Faust n'est point de cette famille de damnés. Dans ses égarements, c'est toujours Dieu qu'il cherche, Dieu, c'est-à-dire le souverain bien, la science absolue où sa raison voudrait se reposer, le bonheur infini où son cœur aspire. Le mal, sous les formes diverses qui le tentent, n'est pour lui qu'une série d'expériences et d'essais pleins d'audace par lesquels sa grande âme exigeante et hautaine poursuit le contentement qu'elle n'a pas rencontré dans le train médiocre d'une sagesse ordinaire. Il se sert de Méphistophélès qui s'est mis à ses ordres, comme d'un moyen original, séduisant par sa nouveauté, de faire peut-être un pas de plus vers la solution des doutes, vers Tapaisement des inquiétudes, qui le tourmentent ; mais jamais maître ne différa plus superbement de son valet, et tout en subissant par une sorte d'abandon désespéré de lui-même sa maudite influence, il conserve pour ce vil ministre du mal le mépris d'un cœur viril et fier, l'horreur instinctive d'un enfant de Dieu. Avec quelle hauteur de dégoût, de pitié, Faust répond à Méphistophélès affectant de ne pas comprendre ses fins et de ne voir dans sa soif ardente de vie sensuelle subitement éveillée qu'un désir vulî^aire de libertinage :
viii PREFACE.
« Ne me comprends-tu pas? Il ne s'agit point ici de plaisir. Je me voue au vertige, à l'amère volupté d'aimer et de haïr tout ensemble, de me baigner dins mes larmes comme dans une source fortifiante. Mon cœur, guéri de la fièvre du savoir, ne doit plus se fermer désormais à aucune sorte de sensation. Tout ce qui est départi à l'humanité, je veux l'éprouver dans le plus intime de mon être; bien et mal, joies et douleurs, je veux descendre dans tous lec bas-fonds, monter à toutes les cimes, accumuler dans mon sein tout ce qui est humain; je veux, élargissant ainsi ma nature, confondre ma propre existence dans celle de l'humanité, pour vivre de sa vie et m.e perdre avec elle ! »
Oui, Dieu pouvait aimer, oui. Dieu pouvait sauver ce pécheur dont le doute est une recherche ardente, dont le désespoir est une prière, dont les chutes dans les profondeurs du mal sont une exploration pleine d'angoisse des gouffres obscurs de l'infini, dont l'alliance avec l'esprit de ténèbres ne fut que le mouvement de dépit d'un amant passionné du jour, et qui par son besoin d'activité en tous sens^ activité du corps, de l'esprit et du cœur, développée au dedans de lui jusqu'à la perfection de l'être et répandue au dehors sur l'humanité, se montre participant de la nature divine.
C'est pourquoi, à la fin, le chœ^ur des anges chantera : « Il est sauvé, affranchi du mal, le noble membre du monde des esprits; celui qui s'évertue