‹ FaustChapitre 9 sur 66 · PREFACE. M · texte numérisé non relu

PREFACE. M

entreprise aussi longue, où la jeunesse et la vieillesse ont mis chacune leur caractère, qui n'a pu naturellement se poursuivre qu'avec de notables intermittences, et s'il y a quelque chose de surprenant, ce n'est pas que l'œuvre capitale de Gœtlic pèche sensiblement par l'harmonie des parties qui la composent, c'est qu'on puisse y retrouver à la rigueur l'ombre d'un dessein suivi, d'une pensée dominante, d'une correspondance entre le commencement et la fin.

Toute vie d'homme a ses époques climatériques, et toute œuvre de poète porte intérieurement sa date; mais il y a dans la vie et dans l'œuvre de Gœthc une série de métamorphoses et de recommencements qui sont quelque chose d'autre, quelque chose de plus que la simple évolution régulière de la plupart des hommes et des poètes. Le Guillaume Tell de Schiller est en germe dans ses Brigands ; du Cid à Suréna le génie de Corneille faiblit, mais son idéal demeure le même : il n'en est pas ainsi de l'auteur de Faust. Gœthe ne se développe pas seulement, il se transforme ; il change trois fois son idée fondamentale de l'art. Shakespearien d'abord dans son Gœt:^^ et dans son IVcrther, épris de vie bruyante, de mouvement tumultueux et de passion, il se tourne au milieu de sa carrière vers les divinités classiques; c'est alors qu'il sculpte son Iphigènie dans un marbre aussi pur que celui de Sophocle, et qu'il raconte dans le

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