ACTE THOISIEME
FAUSTIXE, assise.
Soyez le bienvenu, Cassius, surtout si vous nous apportez l'occasion de vous èire agréable en quelque chose!.., (Elle
sourit avec grâce.)
CASSIUS, s'inclinant.
Encouragé l'autre jour par l'accueil de Votre Majesté, je n'ai pas cru devoir quitter Rome sans lui présenter de nouveau mes hommages, (a part, relevant la tête et aporcovaal Fanstine.) Olil ce sourire!... ce sourire !...
Xous vous remercions. (Lui indiquant un siège.) Prenez pince. — Nous en voulons beaucoup à cette Syrie de vous enlever de la sorte!... (Le regardant fixement.) C'cst à peine si nous aurons eu le temps de nous connaître!...
CASSIUS, h part, de plus en plus ému.
Grands dieux!... le regard de l'autre!...
FAUSTINE, vivement.
Ohl pour vous, c'est plaisir!... vous retournez dans vos terres, — un vainqueur n'est réellement chez lui que sur le terrain de ses victoires !...
CASSIUS, halbiUiant.
Quelques faibles succès...
FAUSTINE, gaiement.
Et vous allez revoir Aniioche !... une ville charmante, une ville folle, dont on m'a dit des merveilles!... (\vec un sourire.) Esl-il vrai, général, qu'ils ont coiiluuie dans ce pays-lii, d'employer pour leurs fêtes dos histrions nommés psyles qui dansent enveloppés dans des serpents véritables et que je serais si heureuse de posséder à ma cour ? (Elle prend exactement la pose souriante qu'elle avait dans l'apparition chez la sorcière.) CASSIUS, les yeux fixés sur Fanstine, la voix tremblante, et répondant uiacliinalcmenl.
Oui... du moins... autrefois... je m'en souviens... parfaiie-
inent... (Tout a coup, perdant la tète, et d'une voix étranglée par 1 émotion et la terreur.) Mais C'est elle!... c'est elle!... (il s'est levé convulsivement.)
FAUSTINE, se levant aussi, et jouant la surprise.
Qu'avez-vous donc ?...
CASSIUS, égaré.
Rion... je ne sais pas... (Prenant sa lûte dans ses mains.) Oh ! ma
tête!... Je souffre!... je suis un misérable!... sauvez-moi!.. .
FAUSTINE, avec une certaine inquiétude.
Voulez- vous que j'appelle ?...
CASSIUS, vivement.
Dans un moment... pas encore ! .. il faut que vous m'entendiez jusqu'au bout!... (D'une voix iiaietante.) Vous u'aviez pas seize ans, ei vous ignorez cette histoire. — Un homme vous aima !... pour le malheur de sa vie 1
FAUSTINE, feignant l'élonnement.
Moi?
CASSIUS, continuant.
Un homme sans naissance... le premier venu dans la fouler., (avec force) mais donl le cœur ballail à soulever les empires... et qui sentait en lui-même s'agiter sourdement des destinées inconnues!...
FAUSTINE, regardant Cassius.
Mais...
CASSIUS, continuant sur le même ton.
Pour monter jusqu'à vous, il aspira jusqu'au trône; — puis, vaincu dans sf. lutte, précipité de ses rêves, cet homme n'eut pas même In consolation d'en mom'ir!...Il dut tr.iîner, par le monde, celte existence perdue qu'on dédaignait de lui prendre.— A partir de ce jour, il fut de tous les complots, de toutes les guerres, étourdissant sa pensée dans le tumulte dos villes ou le tourbillon des batailles!... On chanta sa valeur, — on admira ses intrigues; — il se crut sauvé... cœur aveugle!... C'était vous, son courage, son habileté, son génie!... et cet homme dont je parle... (tombant à genoux) il est à vos pieds; — c'est moi-même!...
FAUSTINE, avec un grand geste.
Qu'osez-vous dire?
CASSIUS, se relevant, froidement.
Vous savez tout, — vous pouvez appeler, maintenant!... Punissez ma folie, — empéchez-moi d'être infâme. — Je seug la fatalité qui me pousse! — J'oubliais cet amour, — je m'échappais, — j'étais libre!... Les dieux eux-mêmes m'ont apporté votre image, — avec de telles promesses, qu'il