‹ Faute d'un pardon, drame en cinq actes et en proseChapitre 26 sur 69 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

que je vous aime, non plus en frère, en ami... mais en amant, en époux... Et vous, vous ne répondiez pas. blanche, à part.

Je ne répondais pas... Oh ! alors... je comprends... Pauvre jeune homme! il se sera peut-être inquiété... Ah! quand il souffre... il n'y a plus à hésiter... (Haut.) Ecoutez-moi, Léonce... j'ai une nature sérieuse et résolue... Orpheline de bonne heure, j'ai dû de bonne heure consulter mes propres sensations, mon bon sens naturel... je n'avais pas une mère, moi, pour penser et agir à ma place...

LÉONCE

Et c'est-à-dire Blanche...

BLANCHE

Je ne sais pas ce que c'est que de déguiser ma pensée quand je n'ai point à en rougir... Vous m'avez ouvert votre âme, je vous ouvre la mienne... Je vous aime comme vous m'aimez, Léonce. léonce, avec feu.

Vous m'aimez, vous, Blanche!

BLANCHE

Non plus comme une sœur, comme une amie, mais comme une fiancée, comme une femme dévouée.

LÉONCE

Oh! bonheur! bonheur!... (Changeant de ton.) Mais qu'ai-je dit? malheureux, insensé que je suis ! Oh ! par pitié! Blanche, rétractez vos paroles... Dites-moi que vous ne m'aimez pas... Laissez-moi... maudisscz-rnoî plutôt... Vous ne pouvez pas, vous ne devez pas m'aimer.

BLANCHE

Léonce... que se passe-t-il en vous ? Le bonheur... pourquoi en douter? nous nous aimons... Vous êtes libre... Le seul parent dont je dépende, mon tuteur, approuve ce mariage... Il me le répétait... là, tout-à-l'heure... à l'instant... à cette même place où vous êtes.

LÉONCE

Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! comment lui dire...

28 FAUTE D'UN PAKbON.

BLANCHE

Parlez, parlez.

Léonce, faisant un effort.

Blanche... ce mariage est impossible.

blanche, reculant.

Quoi! après ce que vous m'avez dit... après votre demande à M. de Lussac... après ce que j'ai avoué moimême...

LÉONCE

Ne m'interrogez pas... je ne puis parler.

blanche, douloureusement.

Il suffit... je comprends... j'ai l'expérience de la vie, M. Léonce... Les circonstances me l'ont apprise plus que les années... Je sais que les jeunes gens ont souvent l'habitude de traiter avec légèreté dessentimens... qu'ils croient aussi passagersque ceuxqu'ils éprouvent eux-mêmes. Je ne vous en veux pas, M. Léonce... De votre part, je pense, ce n'était point une insulte préméditée, mais une méprise... Seulement, vous auriez pu l'épargner à une amie d'enfance... (D'une voix pleine de lai'mes.) Adieu, M. Léonce, adieu...

Elle fait quelques pas pour sortir.

léonce, avec désespoir.

Oh! mon Dieu ! mon Dieu ! cela manquait à mon châtiment !

blanche, revenant.

Léonce...

léonce, avec explosion.

Mais vous ne voyez donc pas que je me débats sous une implacable fatalité dont je souffre cent fois plus cruellement que vous ? Mais vous ne voyez donc pas que je pleure?

blanche, s*élançant vers lui.

Oh! mon Dieu ! mais c'est vrai... il pleure... {Lui prenant les mains.) Léonce. Oh ! pardon, pardon, mon ami; c'est moi qui vous ai outragé... Eh bien ! oubliez tout .. sinon que je ne suis plus ici que votre sœur... que votre confidente.

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