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Darru' est un tenue d'architecture hydraulique dout ki sens se rapproche assez de cehii de ditjue, chaussée, h: tn-a(/€ (iii'tjirlel. Cependant hx différence est assez gran(h' pour (jue ntjus nous servions uniquement de ces derniers ternies quand il s'agit de cc>urs d'eau. On ne saurait dire, comme certain journal, que '" M. X, <le Renfrew, a l'intention de construire une nouvelle danunc sur la Bonnechère."
Ammiinition est un mot anglais. Nos chasseurs disent : Je n'avais pas emporté assez dammunition ; ïnes ammunitions étaient humides. Nous avons le mot raïf nitions, servons-nous en.
Il est bon de faire sa\oir à certain journal qu'il ne saurait écrire Y(;i nouvel échaïqx/.toire,
ce mot étant féminin. Lui qui a l'habitude des phrases Jong-ucs comme le bras, pour((uoi reculerait-il devant l'addition correcte d'une syllabe ?
Faute des plus commune : rénvumérfr ai rénaraération (qui ne sont pas français,) au lieu de réinvnérer et réiriuneWitioyi, Ce ne sont pas toujours les tj^pographes qui s'en rendent coupables.
Faites bien la distinction entre veniranix et vénéa<ni.T. Le premier de ces termes s'applique aux animaux qui ont du venin ou aux choses infectées de leur venin : un serpent venimeux, une langue venimeuse. Le second s'applique aux choses qui empoisonnent par ingestion : une racine vénéneuse, un suc vénéneux,
"M. X . . . , avocat, de (:Juébec, est en cette ville, en rapport avec des affaires profession-
— ISO —
nelles.' Le journal parle ninsi, mais ne parlez pas connue lui : dites [lonr fiffaires professionnelles.
En rapport avec signifie en pr()[)oi-tion a\c'e : sa dépense n'est pas en rapport avec sa fortune. Cette locution ne doit jamais remplacer relativement à, pour, conceinant, par suite de, à la suite de, au sujet de. M. Buies a deux bonnes pages sur cet impropre emploi : j'en consedle la lecture
Les noms de peuples, employés comme substantifs, prennent une première lettre majuscule : les Français, les Tartares. S'ils sont employés comme adjectifs, la première lettre est toujours minuscule : les intérêts français dans le Tonkin, la question grecque.
L'oA-oadiqac est cette partie de la physique qui traite des lois suivant lesrpielles le son se produit et se transmet, Les dictionnaires ne
donnent au mot (^ue ce sens. Nous aurions donc tort de dire l'acoustique d'une salle, l'acoustique est bonne. Il est probable cependant qu'on emploiera un jour ces expressions en France c<)mnie ici. Déjà, M. Mermeix a dit, dans la Frtf/nee du 18 novembre 1884, que l'acoustique du Grand Opéra est mauvaise.
8e garder d'éci"ire hofeUicr (avec deux l), connue le font la plupart des avocats dans leurs pièces de procédure relatives à ces citoyens hospitaliers. Il faut hôtelier.
Les marchands doivent éviter cet anglicisme : je suis dans la ligne des nouveautés ; telle ligne de connu erce, d'affaires. Qu'ils remplacent ligne par branche, ou par partie, que l'on dit quelquefois en France. Les journaux se font leurs complices en publiant des annonces qui fourmillent de fautes.
Dire de quelqu'un qu'il est un liomme ronséqaeid, lorsqu'on veut dire qu'il est important est une faute, — comme c'est une faute de parkr d'une somme fo aséqivente pour une somme consi<iérable. En ofarde contre ce barbarisme !
irn
Ou doit dire divovcpr avec le bon sens, l'esprit, sa femme, son mari, etc, et non pas divorcer davf'r. On dira aussi fcii rr divorce avec 1« monde.
Dd raDhiifc doit s'écrire sans apostrophe après le d. mais (Vdvn ik-p en prend une. L'on confond quelquefois.
Tran.nf/('r signifie "uniquement aceomnioder un différend par des concessions réciproques. On a donc tort d'employer ce mot dans le sens de faire des opérations de loi, de commerce, ou il n'y a ni différend, ni concessions. Quand un de nos avocats annonce qu'il est prêt à transiger des affaires, il entend simplement dire qu'il s'occupera d'affaires de son ressort ; quand un de nos marchands mentionne le chiffre des affaires qu'il transige, il veut bonnement parler chi chiffre des affaires qu'il fait. Aucun d'eux n'a dans l'esprit les affaires où l'on arrange un différend par des concessions mutuelles : ils font donc usage d'un mot inq)ropi"e.
iro
Différence entre servieMe et essuie-iiviins : la première se dit également du linge qui sert à la talile et de celui (pli sert à la toilette ; le second se dit seulement du linge qui sert à la toilette.
Tous les étés les journaux parlent de Wispprf de la moisson. Cela est certainement français, mais dans un sens qui n'est pas celui où ils l'emploient. Ils veulent parler de l'abondance plus ou moins grande de la moisson, de ce qu'elle laisse espérer : alors ils devraient dire les n jh^kirencfls, les y>/'(>//7^.s-.srr^.S' de la moisson.
" Le parlement est convoqué pour la déppA-hf des affaires. " Pas français. " Pour ICrpéi^thm des affaires : "' français, mais dans le sens ironique seulement, (piand on re]n'oche aux chambres d'aller trop vite en besogne. Il faudrait employer discussion, étude,, examen, prise en con- .sidération, direction, décision, etc.
Dans le sens où observer signifie faire une remarque', il n'est pas permis de dire : je vous observe <pie ; il faut dire : je vous fais observer que.
C'est un l)arl)arisme de dire : je vous romaTquerai que .... Il faut : je vous ferai remar(:(uer (pie ....
Dans une réclame en faveur du concert Sarasate-d' Albert, les journaux mettaient ces paroles dans la bouche de Von Bulow : " Il n'y a que trois grands pianistes au monde : Rubinstein, moi et d'Albert ; mais celui-ci est encore jeune et promet de nous outrep(ts.ser tous."
Dépasser, non ; outrepasser, jamais ! passer ou surpasser, oui !
Au reste, il faudrait écrire oati'e-pas;i<>er avec un trait d'union.
sr. —
^lunsieiir veut se chausser ; il deinande au cloinestiiiue la railler jurur le!< sovlier.'^. Monsieur devrait demander la corne ou le chausse -pied.
I)e même qu'une conférence ou un article de journal sur le parlement ne saurait être une conférence, un article parlementaire, de même la corre8p(mdance envoyée du siège du parlement aux gazettes pendant la session ne saurait être une corrf'spctïir/anrf^ piirlementaire.
Dites courrier du 'parlement ou lettre du. parlement.
Bébé veut nianger un œuf à la coque et vous demande un cocotier. Donnez-lui ce quil désire, mais reprenez-le et lui faites promettre de dire coquetier à l'avenir.
" M. Stanislas L . . . . a reçu samedi soir de ses amis, en cadeau, une chaîne en or <ivec loqtœt, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance." (Coiirrier de X.)
Je n'étais pas à la fête, mais je jurerais qu'on n'a pas donné un loquet, mais un -niédriilloii., à M. L . . . . Un loquet sert à fermer une porte, et ne se pend jamais à une chaîne de montre ni à un collier. Un médaillon est un bijou de forme ronde ou ovale, dans lequel on enferme un portrait, des cheveux, etc. Un médaillon se dit locket en anglais : de là le barbarisme-anglicisme qui m'occupe.
On emploie généralement ici le verbe acter au neutre, et l'on dit plus souvent : un tel acte bien (pour joue bien sur la scène) que : un tel acte bien son rôle (pour tient bien son rôle) ; cependant on se sert des deux manières. Aucune n'est bonne : acter n'est pas français.
" Le fd'if d'être allé vous promener avec lui ne vous coiiiprouiettra pas ; " cette phrase est française. Elle ne le serait pas si l'on disait : " Le piit qiK' vous êtes allé vous promener avec lui, etc." (,)n doit donc dire le fait (h et non le fait q ae.
On peut cependant dire, mais dans un autre sens, " le fait est que."
Vous ciicdissi'Z un billet, une traite, un chèque, une lettre de change, un mandat, ou tout autre eUet négociable, lorsque vous en touchez la vadeur : " je cours à la T>an(|ue encaisser votre dernier chèque." Substitiions ce verbe à chaii- </er, à éclid iKier, surtout à cet anglo-barbarisme que j'enten<ls parfois : cttsln'i- (t<) caslij.
Ignorance, <'U trop grande ressenihlance des mots, les journalistes, les notaires et les a\ocats confondent souvent hahilcté avec hahillfé.
L'habileté, c'est la (jualité de celui qui est habile, entendu, perspicace, capable d'appliquer ce qu'il sait.
L'hal)ilité, c'est la (jualité de celui qui est propre, apte à une chose : c'est l'aptitude légale surtout : habilité à succéder.
Je n'accuserai pas les journalistes d'ignorer que p^'''•s" fot est un adverbe de temps et s'écrit en deux mots : il arrivera plus tôt que les autres : et que jylutot est un autre adverbe qui indique la préférence : plutôt mourir que trahii*. On me dira : mais c'est en toutes lettres dans la grammaire ! Hé oui, mais on oublie cette règle si souvent que je la rappelle aux journalistes
S'ils ne confondent pas les deux adv^erbes, je leur reproche de laisser là-dessus carte l)lanche à beaucoup troj^ de correspondants
Celui qui fait mouvoir et dirige les machines à Aapeur dans les locomotives, dans les usines, dans les bateaux, est un rnécn niripn, non un ingénieur. Il peut se faire qu'un mécanicien soit ingénieur, comme il se pourrait qu'il fût avocat, mais le mot qui désigne ses fonctions est iiiécaiiicieu.
L'Encyclopédie étal)lit ainsi la différence, trop inconnue parmi nous, qui existe entre gages, appointements et honoraires :
" Appointe nie nf s se dit pour tout ce qui est place, ou qu'on regarde comme tel. Honoraires a lieu pour les maîtres qui enseignent quelque science, et pour ceux à qui on a recours dans l'occasion à l'effet d'obtenir un conseil salutaire,
ou quelque autre service que leur doctrine ou leur fonction met à portée de rendre. Gages est d'usage à l'égard des domestiques de particuliers ou des gens qui se louent pendant quelque temps au service d'autres personnes."
Littré ajoute à cette citation :
" Trc/itemenJ peut être ajouté à ces trois mots ; ... il est synonyme d'appointements et diffère par conséquent de gages et d'honoraires. I] y a en outre une différence qui n'est pas notée, c'est que les appointements, le traitement, les gages sont quelque chose de fixe, tandis que les honoraires s'entendent mieux de ce qui est occasionnel : un prêtre assistant à un service, un médecin, un avocat ont des honoraires ; le prêtre qui dessert une église, le médecin qui est attaché à un hôpital ont un traitement."
Voici une faute des plus fréquente. On entend dire tous les jours : " J'ai vu telle chose dans le vitra a. de tel marcliaiid;' Il faulraît au moins le .^iivjrd'cr vitrail et non \v jtlniicl vitraux : mais vitrail et vitraux ne désignent
que les vitrages formés de panneaux de verre assemblés par compartiments, comme ceux des églises. Le seul mot à employer est vitrine: la vitrine d'une boutique, d'un magasin, d'un cabinet, d'un musée.
Balzac parle des •■ fortifications de consonnes par lesquelles la langue slave protège ses voyelles.'' La langue française ne redouble ordinairement ses consoîuies que forcée par la logique ou le son. Elle écrit frafic et non pas tratjfie, comme le font plusieurs personnes parmi nous, à l'imitation des Anglais.
Ce (jue j'ai dit S(jus le numéro précédent s'applique au redoublement de la consonne d dans les mots <i(li-('ss<', tftlrrs.srr. Ecrire (((/</ resseï' est une faute d'orthographe : mais une faute bien plus grave, c'est cet anglicisme si fré(|uent parmi nous : <(iLrsfn;i' nue ^/.s>v'///6/6'V, quand on devrait
dire haranguer, faire un discours, porter la parole, adresser la parole, s'adresser à une assemblée, etc.
On se débarrassera difficilement, je le sais, du mot qualification dans le sens de capacité, aptitudes, mais on pourrait commencer par ne plus dire un examen de qualiti cation, quand il s'agit de y examen (F aptitudes que subissent les aspirants au service civil. Ce serait un premier pas dans la bonne voie.
PrafÂquer sa profession n'est peut-être pas une expression impropre, mais voici ce qu'en dit Littré :
" PRATIQUER, V. n. 2 Exercer, en parlant «l'une profession ; // ne se (lit f/nère qu'en parla ut (le 1(1 inéderine et de Vart rétéri naire. A})Solument. Ce médecin praticpie depuis vingt ans."
Les autres hommes de profession exercent.
"PRATIQUE, s. f. 15^' Toute la clientèle de l'étude d'un avoué, d'un notaire. Ce notaire, cet avoué vendra bien sa pratique, quand il se retirera des affaires. On dit aujourd'hui clientph/'
dOO
Tous les jours les -àyocfitsjyroflaisenf des documents en cour ou les dépose nt au greffe, ou encore pétitionnent le tribunal. Ils sont dans leur rôle, mais ils sortent de leur rôle de Français tenus à l'exemple, eux les instruits, quand, parlant de leurs exploits, ils disent qu'ils ont plé wwq appl t.cafwn, pu une motion, un exhilât, etc.
Avocats et notaires font tous la faute d'écrire réffistfy'K. rnre^/isfrcr. on ré'j'istrcincid. Ces mots ne prennent pas 1 "accent ai ou. Les journali.ste=^ .suivent l'exemple ch^^ liomims ri- loi, et. chose chagrinante, des hommes de lettres bien en vue.
«le ceux surtout <jui s'occupent df^ rhist<")ire du (.■anadci, emboîtent le }>a8.
Quant au mot réf/istratear, (^uî signifie chez nous directeur, receveur de l'enreofistrenient conservateur des hypothèques, et que notre code civil a consacré, il existait déjà avec l'accent : il y a vingt-quatre régistrateurs des bulles et des supplic^ues à la cour de Rome.
Je constate un progrès : on écrivait il y a vingt ans bien plus souvent qu'aujourd'hui ^/y/bassade, r:î/)ibassadeur. La faute ne peut se taire en conversation ; elle ne se rencontre pas dans nos livres : on la voit seulement dans les journaux. Pas l)esoin de dire qu'il faut (r/y^bassade, etc. J'ai déjà lu aussi (//7djûche, a/nbuscade, mais il y a si longtemps !
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Que Dieu vous sauve de la picote, c'est mon. vœu de chrétien ; qu'il vous préserve de mal
— or; —
ortliograpliier le liéau, en l'écrivant av«-c deux t : jucottr, — c'est là mon souhait <le Icxicolo^-ue.
Un parapet étant un nmr à hauteur d'cxppui élevé sur le bord dun pont, dinie terrasse, ou, en fortification, la partie supérieure d'un rempart, je ne vois pas pounpioi les Canadiens le confondent avec un trottoir. La faute cependant n'est pas générale et ne se commet que dans «luelques parties du l^ays, et par peu de personnes encore. Elle tend à disparaître. Ceux (pii la font l'aggravent souvent en ù\si\\\t pa luipcl.
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l"n journal de Montréal disait en parlant de l'atelier du sculpteur Hébert : '' C'est une pièce spacieuse composée d'un seul appartement." Une pièce n'est toujours qu'une pièce, tandis qu'un appartement se C(jmpose de plusieurs pièces. Dire qu'une pièce se compose d'un ou de plusieurs appartements, équivaut à dire qu'une
personne forme une ou plusieurs familles. Un appartement est une réunion de pièces ou de chambres, comme une famille est une réunion de personnes attachées l'une à l'autre. On ne dira donc pas d'une maison qui contient dix pièces qu'elle contient dix appartements.
'' Des lettres cV incorporation ont été accordées." C'est une faute. " Des lettres de corj90ration " vaudrait mieux. Mais nous avons les termes " constitution légale," " lettres patentes," et des périphrases en veux-tu en voiJà. Incorporation veut dire action de faire entrer des parties dans un tout, mais non pas de former un tout avec des parties éparses : ce mot suppose l'existence d'un principal auquel viennent se mêler des accessoires, et non l'agglomération de corps distincts mais égaux au même degré.
Dix personnes instruites sur douze écriront et diront une astérique, sans se douter que ce signe de renvoi * s'écrit astérisque.
Ne confondez pas jalousies av^ec 2)er siennes. Les jalousies sont les lames mobiles que l'on met dans les fenêtres, à l'intérieur des maisons, et que l'on abaisse ou relève au moyen d'un cordon ; tandis que les persiennes sont les cadres de bois sur lesquels se posent les lames, fixes ou mobiles, qui gardent du soleil, et que l'on place à l'extérieur des maisons.
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Les êtres d'une maison sont ses différentes parties, la distribution des pièces dont elle se compose. On dira donc : je sais tous les êtres de ce château ; je connais les êtres de cette maison, et non les airs, comme presque tout le monde dit ici.
" Cet homme est consistant " — voilà un anglicisme. Il faut dire logique, conséquent; Voici
une plus grosse faute encore ; je la trouve dans un journal publié par un professeur de belleslettres : Aucun catholique qui veut être consistant avec ses devoirs religieux. Il aurait fallu : tidèle à ses devoirs religieux.
" Le terme de la cour est clos " ; " il sera jugé au prochain temne." Ici terme est un anglicisme des moins fardé : il faut session.
Quand la laveuse a décrassé le linge dans de l'eau avant de le mettre à la lessive, elle a fait ce qu'elle appelle son échange ; elle a, comme toutes les ménagères disent au Canada, échangé son linge. Maîtresses, servantes, chevalières du battoir font toutes cette faute. On doit dire essanger, faire Vessange,
Oh.
Ne pas dire la race ovine, bovine, porcine ou chevaline, mais l'espèce. Vous direz ht race quand vous voudrez mentionner, en fait de chevaux les percherons, etc., en fait de vaches les Durham etc. Si l'on parle de poules en général, on devra dire l'espèce galline ; mais l'on dira la race padoue, la race cochinchinoise, la race Plymouth, etc. Voyez-vous la différence ?
Episode se rencontre (quelquefois au féminin dans les journaux. Il est masculin, de même que les mots suivants, presque toujours féminisés par le peuple : escalier, oreiller, espace, intervalle, argent, emplâtre, éventail, incendie.
Le journal d'Ottawa qui a dit " des décombres sociales, religieuses et morales " a fait une grosse faute, décombres étant du masculin.
Saint-Pierre et Miquelon sont deux îles françaises, situées dans le golfe Saint-Laurent, et distinctes, bien que gouvernées par la même autorité. On doit donc dire Saint-Pierre, ou Miquelon, ou Saint-Pierre et Miquelon, selon que l'on veut parler de l'une ou de l'autre, ou des deux. Mais il faut ne jamais dire Saint-Pierre Miquelon, ni Saint-Pierre de Miquelon.
Vous ne vous permettriez certes jamais de dire que vous avez lu tel fait sur un livre : vous devez de même éviter de dire que vous avez lu ceci ou cela sur un journal. Dans les deux cas, la préposition dans est la seule permise.
Défiez-vous de cet anglicisme : " sous ces circonstances {iinder those circonstances) ; " il faut " dans ces circonstances."
Nos honunes politiques — ministres, députés, journalistes, — tombent souvent dans cette erreur.
Le soufre (minéral) ne prend qu'une /, en quoi il se distingue de plusieurs temps et personnes du verbe soufirir qui en prennent deux : je souffre, qu'il souffre. Il est facile de faire la distinction.
Si les Canadiens-français s'occupaient davantage de sport ... et de leur langue, beaucoup moins diraient un ditruh hell et beaucoup plus feraient usage de l'expression française : une haltère.
L'A est aspirée.
Aide est tantôt du féminin, tantôt du masculin. Il est féminin dans le sens de secours, assis-
tance, protection : L'aide qu'il m'a donnée était précieuse. Il est masculin quand il indique les hommes qui prêtent leur concours à quelqu'un : Ce chirurgien a un bon aide ; et féminin si ce sont des femmes : Cette infirmière est une aide intelligente.
Peu de mots prêtent aussi souvent à la confusion des genres.
Un mot anglais dont peu de personnes semblent connaître la traduction française, le chib, le swinging club, espèce de massue dont se servent les amateurs de gymnastique pour développer la poitrine et les muscles des bras. Le mot français est mils (s. m. pi.), qui se prononce comme s'il n'avait pas d's. Ce mot est tiré du persan, mais passé dans notre langue.
C'est une faute de dire : J'ai acheté une copie de tel livre, de tel journal ; il faut un exeviplaire.
Le Messager de X . . . annonce qu'un bateau à vapeur a remorqué les homes qui servent vis-àvis la ville à arrêter le bois." Bornes — que j'ai vu écrire haiimes par un avocat — est la corruption du mot anglais booms, qui se rend en français par estacacles.
Quel est le dictionnaire français où l'on trouve le mot incendiât ? Quel est le criminel en France que l'on a jamais accusé du crime d'incendiat ? Journalistes et avocats — de la campagne comme des villes — ne se font pas faute d'employer ce terme.
Il faut dire : accusé d'incendie, du crime d'incendie.
Ne traduisez plus dead letter par lettre onorte quand il s'agit d'une lettre non reclamée et qui
retourne au bureau central des postes; dites lettre en rebut, lettre tombée en rebut. De même, traduisez dead letter office, non par bureau des lettres mortes, mais par bureau des rebuts. C'est ainsi que l'on dit en France.
Pourquoi écrire et prononcer dangereux et "profondément, quand il favit dangereux (sans accent) et profondément (avec accent) ?
S'abstenir de dire : le membre pour Lévis, le membre de Joliette : on doit dire : le député, le représentant de Lévis, de Joliette.
La semence est la chose que l'on sème ; la semaille est l'action de semer ; la semaison est le temps pendant lequel on fait les semailles.
On ne doit donc pas dire qu'on a terminé ses semences, mais ses semailles; ou bien on dira que la semaison est finie.
Si ferblanterie et ferblantier s'écrivent en un seul mot, il n'en est pas ainsi àQ fer-blanc, qui s'écrit, ou le voit, en deux mots reliés par un trait d'union. Plusieurs s'y méprennent.
Xous avons des carrousels dans nos carnavals. Des centaines de mille personnes disent ce mot, mais pas une sur mille correctement. Elles prononcent carroiœel, au lieu de carrouzel.
Tous les auteurs enseignent que Vi de si s'élide devant les pronoms il et ils, et devant eux seuls. Dites alors : s'il, s ils, et non si il, si ils.
Je ne connais qu'un seul journaliste qui se rend coupable de cette faute, mais ça lui arrive tous les jours.
Avialgamation est un terme français ; il signifie la séparation de l'or et de l'argent de leur minerai à l'aide du mercure. On ne saurait s'en servir, comme le font nos journaux et même nos législateurs, pour exprimer la fusion de deux sociétés commerciales, de deux entreprises industrielles, de deux intérêts. C'est surtout quand il s'agit de chemins de fer qu'on l'emploie ici.
Journaliste, mon ami, vous recevez souvent des billets de faveur qui vous permettent de voyager à frais réduits, d'aller au théâtre, au concert, sans bourse délier, etc. Je n'en suis pas jaloux, mais je suis jaloux des droits de la langue, et je vous prie de la respecter assez pour ne dire jamais des billets, coinplimientaives.
On dit bien conforme à, conformément à, mais si l'on emploie la locution adverbiale en conforiiiité, il faut la faire suivre de la préposition de : en conformité de vos ordres.
Résuriier le débat, c'est l'analj^ser ; or ce n'est pas ce que fait l'orateur qui, dans un corps délibérant, rejyrend le débat, continue la discussion (resuvies the debate), après un ajournement ou une interruption. Notre presse commet très souvent cet anglicisme, surtout durant les sessions du parlement.
Ce sont moins souvent les journalistes que leurs correspondants qui écrivent exonorer 'pour exonérer ; mais ils ont le tort de laisser passer la faute. J'ai même lu exhonorer. Rien n'excuse semblable ignorance ou manque d'attention.
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Cette cheminée a beaucoup de tirage, un fort tirage, dev^rait-on dire au lieu de beaucoup de tire, une forte tire.
Ne dites pas: Je vais faire prendre mon portrait ; mais bien : Je vais faire faire ou tirer mon portrait.
Différence entre va sans dire et va s'en dire.
" Va sans dire que les amis du maire L. . ., sont heureux de son triomphe sur M . . . . Aussi il va s'en dire des paroles le soir de son installation."
Soumis aux réflexions du journal qui réclame pour lui la plus grande publicité.
Doit-on dire angliciser et anglicisation ou bien anglifier et anglification, qui sont d'un usage général parmi nous ? Les dictionnaires ne donnent que la première forme. Si j'avais quelque autorité, je conseillerais à mes compatriotes d'employer angliciser pour les choses : " tel mot français est anglicisé ; " et anglifier pour les personnes : " nos muscadins ont une tendance à s'anglifier."
Faire des gestes se dit en ce pays pour être maniéré, prendre des airs, poser, sortir du naturel en un mot dans la parole ou la démarche. Ce n'est pas français.
Pour l'amour du dictionnaù-e, cessez d'écrire exhorhitant, exhubérant. Pourquoi mettre une
h dans le corps de ces mots que la grammaire n'en frappe pas ?
Manqxier quelqu'un, pour être privé de sa préssnee, est un anglicisme. On ne dira donc plus le départ de ma servante m'a mis dans l'embarras ; je la manque beaucoup.
Je parie que la plupart des letttres qui sont adressées à S ceint- Hugues, dans le comté de Bagot, portent la mauvaise suscription de Saint- Hughes. Cette faute est quasi générale. Quand il était question de l'affaire Hugues-Morin, un grand journal français de Montréal écrivait presque invariablement Hwgkes. Hughes est î'épellation anglaise.
La cretonne est une toile qui a la chaîne de chanvre et la trame de lin ; elle est fort connue
et employée au Canada, mais ou a le tort assez général de la faire du genre masculin et de dire du cretonne.
On est en faute quand on dit: " fantici2)e quelque malheur, quelque difficulté ; " il faut : " je prévois, je pressens, je devine, etc., quelque malheur, etc." Anticiper signifie prévenir, devancer.
Lu dans un journal :
" Le ministre a institué des procédés au criminel." Il fallait dire des 'procédures, ou une poursuite, une action, un procès, etc., mais pas des procédés.
Ayez bien soin de ne plus dire ni écrire : se rappeler de quelqu'un, de quelque chose ; je
m en rappelle. Il faut : se rappeler quelqu'un, quelque chose, je me le rappelle.
Il n'est permis d'employer le de que devant un infinitif; on dit alors indifféremment: je me rappelle cZ'avoir vu ou avoir vu, c^'être allé ou être allé.
Si l'on tient à l'emploi du de, que l'on se serve du verbe se souvenir.
" Vous le verrez en awvun temps. " " Je donnerais aucune somme d'argent pour cet incunable. " " Aucun parti politique lui est indifférent " Remplacez aucun par tout, n importe quel, et ces phrases deviendront correctes.
Abuser quelqu'un, pour l'insulter, l'injurier, le couvrir d'opprobre, etc., est un anglicisme (to abuse.)
Ne dites pas porter une lettre à la malle, niais à la poste, La malle est le mode de transport des lettres, la poste est le lieu où elles sont déposées et reçues. On peut dire : la malle de Québec est arrivée ; on ne peut dire : je m'en vais chercher ma malle, mais mon courrier. Maller une lettre est un barbarisme ; il faut dire : mettre à la poste.
" Si vous avez voté, c'est que nul ne s y est objecté. " Grosse faute très fréquente. Il faut dire : n'y a objecté. On ne s'objecte pas à une chose. S'objecter est un verbe réfléchi, qui signifie être objecté.. Ex. : Voilà ce qui s'objecte en pareille circonstance ; je me suis objecté ma jeunesse.
On appelle en ce pays saucier le vase dans lequel on sert les sauces ; on devrait dire saucière : une saucière d'argent, de porcelaine, de faïence. Le saucier est la personne qui compose ou qui vend des sauces. Pour emploj^er le vrai mot, nos sauces n'en seront pas moins bonnes.
Moelle, nioelleiix, Dioelleibsement ne prennent pas le tréma sur le premier e. Ils le prenaient, il est vrai, au seizième siècle, mais on écrivait aussi alors onouelle Tout cela est changé. Moellon se passe aussi du tréma.
Coercion et coercition se disent tous deux, mais ni l'un ni l'autre n'a de tréma.
Ne jamais écrire ayions, ayiez. Le verbe avoir fait ayons et ayez à l'impératif et au
subjonctif présent. Jamais, à aucun temps, il n'est permis de mettre un i après Vy. Faute commune, cependant.
Si l'on doit écrire et prononcer Venise (sans accent aigu sur le premier e), il n'en faut pas moins écrire et prononcer Vénitien (avec accent)
Un journal de Montréal avait l'habitude d'écrire invariablement un héro : nos remarques l'ont corrigé.
Au singulier comme au pluriel, il faut écrire héros.
Ce que l'on nomme dans toutes nos cuisines sassejKtnne (corruption du mot anglais sattcepan) est tout bonnement la casserole, que Littré définit ainsi : Ustensile de cuisine en métal,
à queue, à fond plat et à parois droites et cylindriques.
Quand l'ustensile a une anse, on l'appelle coqueniar.
Dites : Avez-vous la ononnaie d'un dollar ? Ne dites pas : Avez-vous du change pour un dollar ? encore moins de réchange, comme on dit presque généralement sur la rivière Ottawa.
" Ce projet de loi était opposé par les députés d'Ontario. " " Les fabricants de sucre n'opposent pas le tarif actuel. "
Deux fautes relevées dans un courrier du parlement pendant la dernière session.
Il fallait : Ce projet de loi était combattu, ou bien : les députés d'Ontario s'opposaient à ce projet. Dans le second cas, il fallait : Les fabricants ne sont pas opposés, ou ne s'opposent pas au tarif.
Opposer un projet, un candidat, vie, est un anglicisme féroce.
" Nous avons cru emprunter à tel journal, " — "nous croyons rapporter ce qui se disait à cette époque ;" — "je crois vous remercier pour vos bontés;" — "vous croyez en appeler à un tribunal supérieur. " Autant de phrases que j'ai cueillies dans les journaux, qui sont françaises en soi, mais qui ne l'étaient pas dans la circonstance, parce qu'elles ne rendaient pas la pensée de leurs auteurs qui voulaient dire : " Nous avons cru devoir emprunter ; nous croj^ons devoir rapporter; je crois devoir vous remercier ; vous croyez j)Otivoir en appeler.
Faute bien plus commune ([u'on ne croit.
Autre faute de la même nature : " Le bureau des travaux publics rt jugé de faire disparaître les fils électriques. " On voulait évidemment dire : a jugé à propos de faire disparaître, etc.
Peu de personnes écrivent quelques fois, mais il y en a encore. Nous leur rappelons que la seule manière correcte est quelquefois, en un seul mot.
Nous disons presque toujours faire une chose à la perfection. " Elle chante à la perfection ; il faut en perfection, et non à la perfection comme on dit à la cour." (De Caillières, 1690, cité par Littré). Ou peut dire aussi dans la perfection.
Plusieurs journaux, annonçant l'arrestation, par erreur, de M. Gye et de l'Albani à Anvers, ont dit:
" Ils n'ont pu se soustraire aux mains des policiers qu'en se précipitant dans le théâtre, où leurs amis les identifièrent!'
Il fallait: où leurs amis ont établi leur identité.
On ne doit pas dire non plus : Le cadavre trouvé dans le fleuve a été identifié, — mais : on a constaté l'identité du cadavre, on a reconnu le cadavre, etc.
Identifier signifie : rendre identique, comprendre deux choses sous une même idée.
Beaucoup de personnes appellent estaiivpille le petit cachet volant qu'elles collent sur leurs lettres pour les aflranchir. C'est une erreur. Le mot propre est timbre-poste ou seulement timbre. On appelle indifieremment estampille ou timbre l'empreinte appliquée sur les lettres pour indiquer la date et le lieu de leur départ ou de leur arrivée. On nomme en outre estampille l'instrument dont on se sert pour cela, la marque qui indique la provenance des marchandises, la marque mise sur les livres pour indi-
quer la bibliothèque à laquelle ils appartiennent, enfin le f ae simile d'une signature que l'on appose sur un papier quelconque.
Dites le secrétaire particviier et non le secrétaire privé d'un ministre, d'un administrateur, etc.
Nous appelons ordinairement clerc extra celui qui n'est pas employé à titre permanent dans les administrations. Ni clerc, ni extra ne sont français en ce sens. Il faut dire coinmis supplémentaire ou auxiliaire.
Voici une faute presque générale. On dit : j'ai été notifié du fait, de la chose, au lieu de : le fait, la chose, l'acte m'a été notifié. On notifie une chose à quelqu'un ; quelqu'un n'est pas noti-
fié de cette chose. On peut dire aussi, avec correction, notifier que : on lui notifia qu'il eût à payer sans retard.
La Malbaie, Kamouraska, Saint-Léon, Varennes, etc., ne sont pas des places cVeaiix, mais des villes d'eaux. Le mot ville s'applique même aux moindres endroits : témoin Mont Oriol, inventé et célébré par Guy de Maupassant.
On dit également stations balnéaires, — et stations thermales quand les sources y sont chaudes.
Dites à votre cocher de vous conduire à la station, à la gare du chemin de fer, mais jamais au dépôt. En France, on coffre les gens qui vont au dépôt.
Si vous dites : J'ai son billet promissoire, vous dites un mot de trop. Promissoire est français, mais on ne l'emploie pas dans ce sens, j Billet suffit.
Distinguons entre le substantif et l'adjectif, et écrivons 1'^ (subs.) une fiole d'ammoniaque, de l'ammoniaque gazeuse, liquide ; 2° (adj.) du gaz ammoniac, de la gomme ammoniaque.
" Le maire et plusieurs officiers municipaux ont visité le village Quinsigamond samedi dans le but de prolonger les canaux d'égouts de Worcester et d'empêcher les eaux de la rivière Blackstone d'être polluées par ces égouts qui s'y déchargent."
Souillées, corrompues, infectées, contaminées, soit ! polluées, jamais !
Quand vous allez lire les journaux clans une salle de lecture, dans un hôtel, ne demandez pas
la file de la Patr^ie, de V Electeur, mais la liasse.
Cet être au pas pressé, à l'air grave, aux habits râpés, qui vous rend des visites aussi régulières qu'incommodantes, et • auquel vous dites de revenir dans un mois s'entendre dire quand il devra repasser, vous l'appelez un collecteur : ce n'est qu'un garçon de recettes,
Non plus, ne pas appeler collecteur du revenu l'officier préposé à la perception des droits d'accise et de douane : c'est un percepteur.
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Quand les journaux disent : Cet homme public est une disgrâce pour le pays ; ce crime est une disgrâce pour notre ville, — ils ne se doutent
pas de l'anglicisme qu'ils commettent. Disgrâce n'est pas français dans ce sens.
Le prétexte est souvent une linesse, mais toujours un mensonge de parole ou d'action. Les locutions " sous prétexte de " et " sous prétexte que " ne doivent donc être employées que si Ton entend signaler la cause supposée, la raison apparente d'un dire ou d'un acte. Quand le dire et l'acte n'ont pas besoin d'excuse ou de manteau, on ne doit pas les employer : on dira " pour la raison que," " parce que," *' a cause de,'' " à raison de," " vu que," etc.
" Cette voie d'eau fut aveuglée avec du canevai^" se lit dans un journal de Montréal du 11 juillet 1888. On aurait dû dire avec de la toile à voiles. L'anglais canvass, que l'on a traduit de trop près, par l'oreille, signifie également canevas et toile à voiles ; mais il est évident que
l'on n'a pas aveuglé une voie d'eau avec du canevas, " grosse toile claire pour la tapisserie à l'aiguille," qui doit se trouver rarement sur les bâtiments. Cette faute se fait souvent dans la région maritime au-dessous de Québec.
Si l'on ne veut pas dire toile à voiles, que l'on emploie caneveau, qui en a le sens.
Un journal de Montréal annonce que la municipalité a donné aux cochers de place " un kiosque pour s'abriter contre les rigueurs de l'hiver. " Ce journal se trompe : un kiosque est, selon Littré, " un belvédère situé dans un jardin, sur une terrasse ; un pavillon turc ouvert de tous côtés, dont on décore les parcs, les jardins ; une petite boutique sur les boulevards de Paris et des grandes villes où l'on vend les journaux aux passants."
Ce que la municipalité a fourni aux cochers, c'est un refuge, — bâtiment où se mettent à l'abri de l'intempérie des saisons les cochers de place, les gens qui attendent que le tramway passe, ceux que surprend un orage, etc.
Le mois de novembre 1888 a été mauvais pour la langue : il a vu l'introduction dans la presse de deux mots anglais pur sang, que l'on emploie peut-être dans le langage parlé, mais que je n'avais encore jamais vus dans les journaux. On ne les a même pas soulignés. La Patrie annonçait que le plant de l'Imprimerie Générale avait été vendu pour $15,000. Elle voulait dire le matériel, l'outillage.
La Presse, de son côté, parlait d'une hose (boyau) adaptée à une borne-fontaine.
Sentinelles, prenez garde à vous !
Ecrivez \xn fabricant de cigares et un homme fabriquant des cigares, un travail fatigant, et un travail faMguant l'ouvrier.
Ecrivez infatigable, et non infatiguable.
N'écrivez jamais traficant mais toujours trafiquant.
Distinguez entre intrigant (suljstantif) et intriguant (participe).
L'anglais a déteint jusque sur le rasoir. Razor a produit razoir, que j'ai vu quelquefois dans les colonnes d'annonces des journaux. Ne nous laissons pas faire la barbe par ce mot-là.
L'on écrivait jadis en France hazard, mais aujourd'hui c'est hasard. Je rappelle la chose, à certain journaliste qui n'est évidemment pas de son siècle et qui déteste les innovations modernes.
Faire ai^plication, anglicisme barbare, répandu partout, presque indéracinable. Cette locution est censée vouloir dire demander, solliciter, soumissionner.
Que de fois j'ai lu briques à feu (fire bricks) pour briques réfractaires !
C'est à Ottawa que j'ai entendu pour la première fois coiirir coinrïie, courir pour, dans le sens d'être candidat, et je l'y entends encore tous les ans. On court pour la mairie, quand ce n'est pas pour la Qiiairerie, on court comme échevin, on court comme membre, ou simplement on court. C'est la traduction littérale de l'anglais to run. Ne pourrait-on pas dire, comme en France, être candidat, se porter, se présenter comme candidat, etc, ?
" La blessure, quoique peu dangereuse, est très souffrante." — Cette phrase se lit dans tout journal qui ignore la différence entre souffrante et douloureuse.
Je m'avoue pauvre clerc en matières de milice mais la traduction de color sergeant par sergent
de couleur est absurde. Un sergent de couleur serait un sergent noir, un nègre. Si l'on disait sergent de couleurs (au pluriel), je pourrais à la rigueur comprendre qu'il s'agit d'un sergent qui porte les couleurs de la compagnie ; mais ce terme est inconnu en France. On a là, comme en Angleterre et ici, un sous-officier qui porte l'étendard de la compagnie et se nomme porteétendard, et un officier qui porte le dr^ipeau du régiment et s'appelle porte-drapeaiL
Xos journalistes qui se traitent tous les jours entre eux de misérables et se reprochent toutes les vilenies possibles, n'écrivent même pas correctement leurs injures : ils écrivent vilenies à tout coup.
On a voulu à tort exclure le substantif item de la langue. L'item est un article de compte. Il ne prend pas la marque du pluriel : plusieurs
petits item de son compte. Par analogie avec compte, on peut dire les ifem du budget.
Injurier signilîe offenser par des paroles blessantes, et ne signifie que cela. On a donc eu tort, en racontant qu'un taureau avait été décorné, de dire que l'opération n'a pas injurié l'animal. On a simplement traduit le verbe anglais to injure par le mot qui lui ressemble le plus de forme, tout en signifiant autre chose.
Tourne-clef, mot qui n'est pas français, — que l'on a fabriqué au moyen d'une servile traduction du mot anglais turnhey, — et que nos journaux, sans exception, emploient au lieu de guichetier. Si le guichetier, ainsi volé de son nom^ pouvait mettre ses détracteurs sous triple serrure, et ne tourner la clef de délivrance qu'après triples excuses !
aea
Disparution s'employait souvent au Canada, il y a trente ans ; on l'emploie encore quelquefois. Mais il faut l'abandonner complètement. Le seul mot permis est disparition.
Ne me conseillez jamais d'investir mes capitaux ici ou là ; je sais mieux que vous où les bien placer. Votre investissement ne vaudrait point mon placement.
" Il se garde bien de ne rien publier qui puisse nuire à ses chers alliés." L'auteur de cette phrase a voulu dire de son adversaire qu'il se garde bien de publier quelque chose de défavorable à ses alliés. En mettant la négation, il a dit le contraire de sa pensée. Ce genre de faute est assez commun.
Esclandre a été du féminin, nous dit Littré ; et des écrivains contemporains, Scribe et Soalié entre autres, l'ont fait de ce e^enre. Mais la recèle est admise qu'il est aujourd'hui du masculin. Conformons -nous -y.
Magasin de liardes faites ! Ne dites jamais cela, je vous prie, mais bien magasin de confection. En termes de tailleur, la confection c'est l'action de faire des habillements à l'avance ; c'est l'habillement lui-même ; c'est aussi la partie d'un magasin où sont ces habillements.
Je lis dans une circulaire signée par les admisnistrateurs de trois grands journaux quotidiens : " Ce journal ... a poursuivi un système de dénigration systématique contre ses confrères."
Dénigrement, s'il vous plaît !
" Les orangistes voteront contre lui, et les 180 Irlandais catholiques feront pareil " (La Presse). Faute rare dans les journaux, mais commune dans la conversation.
Il faut ixi.reilleinent.
Législater n'est pas français ; nous l'avons pris à l'anglais legislate. Nous devons dire légiférer.
" Le malheureux n'a pas encore recouvert connaissance." Littré dit qu'au XVIIe siècle on confondait recouvert et recouvré, mais qu'aujourd'hui ce n'est plus permis. Dans l'instance, il faut dire recouvré connaissance.
On ne doit plus dire la grande cJtartre, la chartre d'une compagnie ; le mot est tombé en désuétude. On dit charte.
Il est mal de dire bris de promesse de mariage ; il faut dire rupture.
Nous confondons en berne avec à "nii-niât Berne est un terme de marine. Un pavillon en berne est hissé, mais roulé sur lui-même. On a tort de dire : Au consulat français, le drapeau tricolore était en berne ; il faut : était ou flottait à mi -mât. Le pavillon à mi-mât est toujours déployé.
" Une dépêche reçue aujourd'hui nous informe que l'honorable M. X. est sous traitement, et que tout progresse favorablement." Anglicisme atroce et fort commun. Progresser signifie avancer, s'accroître, se propager, s'étendre. Ce qu'on veut dire ici, c'est que l'individu se rétablit, conséquemment que la maladie cède au lieu de progresser. On a donc employé le mauvais mot. Et tout progresse. . . . Qu'est-ce qui progresse ? Qu'est-ce que ce tout-\k représente ? C'est bien là le vague de l'anglais. Quant à favorablement, il est vague aussi, mais surtout redondant. Quand on progresse, c'est favorablement,
Défalcation est français: ce mot signitie retranchement, diminution. Il exprime l'action de retrancher d'une somme, d'une quantité, mais non le péculat, le vol de deniers publics, sens auquel nous l'employons presque exclusivement
au Canada. Il faut employer les mots détournement, abus de confiance. Défcdcataire n'est pas
français.
D'après Littré, oppressé vieillit dans le sens d'opprimé, mais, dit-il, " il serait encore de bon emploi dans le style élevé." Dans le style élevé» soit ! mais pas dans une dépêche télégraphique que l'on traduit de l'anglais, surtout quand cette dépêche est adressée par le général Boulanger au président da Fonsaca. On disait anciennement un peuple oppressé ; personne ne se permet plus cette expression que les journalistes qui ont sous les yeux et dans l'oreille le mot anglais oppressed.
Sur l'enveloppe d'une lettre écrivez Monsieur ou Madame au long (avec la majuscule) : Monsieur Louis Fréchette, Madame E. Gye- Albani.
Dans le corps d'un écrit, il faut distinguer. Si le titre est suivi du nom de la personne, et s'il n'est pas en apostrophe, mettez M. pour Monsieur: M. Mercier ; mettez Mme pour Madame : Mme Sévigné. S'il est en apostrophe et suivi du nom de la personne, écrivez monsieur au long avec une minuscule : Nierez-vous,monsieur Mercier...? Si vous ne nommez pas la personne, écrivez Monsieur au long avec une majuscule : Nierezvous, Monsieur ... ?
CoTiiices est du masculin.- On écrit donc à tort les comices municipales, ainsi que je l'ai lu dans un journal de la campagne.
Allez au palais écouter les plaidoiries, vous entendrez chaque avocat plaidant dire au juge : Il est en preuve que ; tel fait est en pn^euve. Il faudrait dire : les témoignages établissent que ; il est prouvé que ; la preuve de telle chose est faite.
Dites la et non le Sud-Amérique, Nord-Amérique : le genre de l'article est imposé par celui du continent et non par celui du point cardinal.
C'est une faute de dire l'Amérique britannique du Nord ; cela implique une Amérique britannique du Sud.
J'ai lu dans nos journaux la haronnesse Coûts, le baron et la haronnesse X. Baronnesse s'est dit jusqu'au quinzième siècle, peut-être un peu plus tard, mais il est depuis bien longtemps remplacé par baronne, qui est seul admis. Ce sont les traducteurs de dépêches anglaises qui font la faute.
3ia
Ne dites pas : tant qu'à moi, mais quant à moi. Ne dites pas : tant qu'à me ranger de son avis, mais quant à me ranger.
Station du feu est la traduction trop littérale de fire station. En France, où les pompiers sont enrégimentés et traités comme des soldats, on dit caserne: des pompiers. Mais dans notre pays il convient de dire poste des pompiers. On dit en France, au lieu de hoîte d'alarme, appareil d'alerte, avertisseur d'incendie, ou simplement avertisseur. Alarme ne s'emploie guère, on dit alerte, sie'nal d'incendie.
Utile distinction à faire :
" Collègue se dit de ceux qui sont revêtus des mêmes fonctions ou qui ont une même mission • on est collègue dans un collège, au sénat, au corps législatif, dans un conseil municipal, etc. Confrère se dit de ceux qui appartiennent à une même société, à un même corps, sans avoir rien à faire de particulier au nom de cette société. On est confrère à l'Académie et dans toutes les sociétés académiques. Les hommes revêtus des mêmes grades, comme les avocats entre eux, les
médecins entre eux, les marchands qui vendent les mêmes objets, par exemple, les libraires entre eux, se traitent de confrères " (Littvé).
Au cours d'une récente campagne de presse entreprise au sujet des Canadiens-français, nous avons lu bien des fois des mots francophobie, francophobe. Ces mots ne se trouvent pas dans les dictionnaires. On y voit seulement gallophobie, gallophobe.
On entend tous les jours au palais : ce témoignage, tel document est de record ou est gardé de record. L'on devrait dire ctit dossier, ou conservé aux archives.
Se souvenir que chariot n'a qu'une r, et que carriole et carrosse en ont chacun deux. Les ournaux et des écrivains connus l'oublient.
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Je suis tombé des nues quand j'ai lu dans un journal d'Ottawa le prix du heiirre imprhné sur le marché. C'était bien mal rendre l'anglais 'print butter. Il ne faut pas que cette faute roule son chemin. On dira donc beurre moulé, beurre en pain.
" Pendant qu'on était à élever le nouveau pôle pour hisser le drapeau sur la place Nepean hier, la grue se brisa et le p)ôle tomba avec fracas sur le sol.
Pôle est un mot anglais que le journal a brutalement introduit dans notre langue en l'affublant d'un binocle, pardon, d'un accent circonflexe, et qu'il a par là rendu incompréhensible au lecteur français. Il s'cigit ici d'un poteau, d'un mât, d'une flèche, d'une hampe.
" On demande des poseurs de briques, charpentiers, maçons, manœuvres, G%rriéreurs, etc.' C'est dans une annonce que je lis cela ; mais il se lit et s'entend souvent ailleurs. Il faut carriers.
Plusieurs touristes qui sont allés en Europe l'an dernier à l'occasion de l'Exposition de Paris, ont, en racontant leur voyage dans les journaux, mentionné les îles Scilly (the Scilly Iles.) Ils devaient dire les îles Sorlingues ou simplement les Sorlingues.
" On dit que ce jugement va être interjeté devant le Conseil Privé d'Angleterre par la compagnie Allan."
Il fallait : appel de ce jugement va être interjeté, etc., ou bien : la Compagnie Allan va interjeter appel, etc.
On n'interjette pas un jugement.
Il fait erreur le journal qui dit : " Notre agent va passer au domicile de nos abonnés ; nous espérons que tous ceux qui sont endettés envers le journal se feront un devoir de le faciliter dans sa tâche."
On facilite une chose, non une personne. Il faut, dans ce cas, lui faciliter sa tâche.
Ne jamais dire qu'un jury a rendu un verdict de mortalité par suite de ceci ou de cela. C'est mort, décès, trépas, qu'on doit employer.
Très fréquemment les journaux confondent audience et auditoire dans leurs comptes-rendus de concerts, de théâtres, d'assemblées publiques. C'est toujours auditoire qu'il faut employer dans ces cas : un auditoire est l'ensemble des gens qui vont écouter quelqu'un. L'audience est soit l'attention que l'on donne, soit la réception que l'on accorde à ceux qui ont à nous parler ; ou encore la séance d'un tribunal.
Ce sont surtout les journaux canadiens des Etats-Unis qui confondent les deux termes, à cause du mot anglais audience, qui a les deux significations.
Le verbe contenancer n'est pas français. La presse, le barreau, les hommes publics l'emploient cependant tous les jours. C'est la traduction imitative de l'anglais to countenance, qui signifie favoriser, encourager, appuyer, protéger. Anglicisme et barbarisme tout à la fois.
Calculer que, grotesque anglicisme ! Je ne l'ai jamais vu imprimé, mais je l'entends dire tous les jours par des hommes censés instruits. On doit le remplacer par compter que, prévoir que, se proposer.
Nous avons tort de dire qu'une personne a été l'objet, la victime, d'un assaut ; il faut dire d'une attaque. Traduisons le terme légal assaidt and hattery par attaque et batterie, ou par attaque et voies de fait. Je recommande ceci aux traducteurs des lois et aux substituts du procureur-général.
Je recommande surtout que l'on n'écrive jamais assaidf quand on écrit en français.
Peut-on appeler /o?YY/i celui qui est détenu dans un pénitencier ? Il semble que oui, d'après
la délinition de Littré : malfaiteur que la justice condamne à des travaux auxquels il ne pevit se soustraire. Il semble que non d'après ce qu'il ajoute : " Autrefois le forçat subissait sa peine dans les galères. . . Aujourd'hui que les galères n'existent plus, les forçats sont ou employés dans les arsenaux militaires ou déportés."
Mais passe pour forçat.
Ce qui ne saurait passer, c'est le mot galérien appliqué à un détenu. Ce mot a fait le tour de la presse l'an dernier à propos d'un suicide au pénitencier de Sanit-Vincent de Paul.
Nous n'avons pas de galères, par suite pas de galériens, au Canada.
Je lis dans un journal commercial : " On a commencé à simialer des ventes d'orbe nouveau," etc. Orge nouvelle, s'il vous plaît ! Orge n'est masculin que lorsqu'il est suivi des participes passés inondé (nettoyé, débarrassé des impuretés et des matières inutiles) et perlé (dépouillé de ses pellicules).
C'est peut-être par inadvertance que plusieurs gazettes écrivent subordination pour subornation de témoins ; mais la faute se répète bien souvent !
On croit avoir reconnu un concussionnaire américain dans un homme de passage à Ottawa. Le journal de la capitale dit qu'il paraissait bien approirisionné d'argent. Approvisionné veut dire garni de provisions, et de cela seulement. Il fallait dire muni, pourvu, garni d'argent.
" Le phtstra/je de l'école du quartier Dalhousie sera commencé la semaine prochaine." Plâtrage, mon ami !
Beaucoup de personnes nomment plastreur l'ouvrier qui pose le plâtre dans les constructions. Son nom est plâtrier
vr.
Une annonce publiée depuis longtemps dans les journaux commence ainsi : " Ce qui froisse un plomheur" Il îaut plombier.
Il y a deux fautes dans ces deux phrases d'un journal : " Notre Conseil de Ville sera invité à dire s'il préfère Chicago à New- York comme site de l'Exposition de 1892. Tout les maires de nos principales villes ont reçu à ce sujet un circulaire très original."
Site n'est pas le mot propre : on devait employer siège ou théâtre.
Circulaire est du féminin ; la plupart des marchands et des commis le font cependant du masculin.
Je prie en grâce les journaux de se respecter assez pour ne plus mettre dans leurs colonnes d'annonces grocerie pour épicerie, et groceur pour épicier. Ces mauvaises expressions se lisent
parfois clans les gazettes, souvent sur les enseignes de \'illage, et sont employées par les trois quarts de la population.
L'habitude est presque générale de mettre un trait d'union après (//? fi ou r/ 7? fe dans les mots qui commencent par ces deux préfixes. C'est une faute : il faut écrire antichrétien, antipatriotique, etc. Il n'y a qu'une exception : antihois ou ante-hois.
La même règle s'applique à tous les mots qui ont le préfixe co. Il n'y a que deux mots qui prennent le trait d'union : co-aateu/r et co-hourgeois.
On ne met le trait d'union dans aucun des mots qui commencent par nrchi
Voici une faute que je rencontre pour la première fois dans un journal ; je souhaite que ce soit la dernière : " Il avait vendu la bête à un individu d'Ottawa qui est très volontiers de s'en
débarrasser à des conditions faciles." Pourquoi n'avoir pas dit : qui s'en débarrassera volontiers, ou : qui est bien disposé à s'en débarrasser ? Volontiers est un adverbe et non un adjectif.
Xe plus confondre j)ervcvsion et perversité. Perversion, changement du bien en mal. Perversité, état de ce qui est pervers. Un honnête homme devient une canaille, — ce changement est une perversion; son nouvel état moral est la perversité.
Un récit d'inondation que j'ai sous les yeux constate la destruction de cinq édifices, lesquels étaient " une maison de réfugie, une oTançre, une étable et deux autres bâtiments." De singuliers édifices, vraiment ! Voici la règle que donne Littré pour distinguer entre les diverses constructions : " Le bâtiment, c'est tout ce qu'on bâtit ; une cabane est un petit bâtiment, une caserne en peut être un grand. U édifice suppose plus d'art, de
grandeur, d'élévation, des matériaux plus solides. Un marché public qui n'a presque pas de hauteur, n'est qu'un grand bâtiment, l'église des Invalides est un édifice. Le monurnent est ce qui sert à instruire la postérité, ce qui reste comme une marque de la grandeur des peuples ou des hommes ; la porte Saint-Denis, l'arc de l'Etoile, sont des monuments ; et, par extension, on donne ce nom aux beaux édifices et aux tombeaux."
Peu de personnes parmi nous saisissent la différence qu'il y a entre f^ite et eniplaceinent . Nous employons presque invariablement le premier pour le second ; nous disons, par exemple, que tel bâtiment est élevé sur un beau site. Le site, c'est un endroit, une partie de paysage considéré relativement à l'aspect qu'il présente, à son exposition .• un beau site, un site pittoresque. L'emplacement, c'est un endroit convenable pour construire, établir ou faire quelque chose : le square Jacques-Cartier n'est pas un bon emplacement pour la statue de Nelson. C'est encore une place : l'emplacement de la Bastille.
Il y a deux fautes clans cette plirase : " Nous sommes tous d'accord, à part de lui." 1^ On ne doit jamais mettre de après à part. 2° Dans ce sens, c'est-à-dire quand à part signifie excepté, il se met toujours en tête de la phrase; il fallait dire : à part lui, nous sommes tous d'accord.
De même qu'il ne faut pas confondre autour et alentour, ainsi doit-on savoir que à travers ne veut jamais de après lui et qu'au travers le veut toujours : à travers les obstacles, au travers des obstacles. Bossuet et Bufïon ont péché contre cette règle; ne les imitons pas. Il n'y a pas lieu d'établir de distinction entre ces deux locutions prépositives ; on les emploie indifféremment.
Les chasseurs qui racontent leurj exploits dans les journaux ne manquent jamais, pour
peu que le gibier ait donné, de parler des nombreux voliers de canards, d'outardes, etc., qu'ils ont vus passer. Dans Je peuple on ne se sert pas d'autre mot : vm volier de corneilles, d'étourneaux. Le mot n'est pas français : c'est une ■volée qu'il faut dire.
C'est une faute assez ordinaire de mettre un accent circonflexe sur Vi dans le mot ait (troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe avoir.)
On peut être 2)réven u contre quelqu'un ou en sa faveur, mais on ne peut être préjugé pour ou contre lui. Cependant on peut avoir des préjugés, c'est-à-dire une croyance, une opinion qu'on s'est faite sans examen, qui lui soit favorable ou défavorable. Ce qui est inadmissible ici, c'est la forme passive.
Ce que nous nommons ici la hauteur des terres se dit en France le partage des eaux, la ligne de faîte. Cette ligne est constituée par les faîtes des montagnes ou coteaux d'une contrée, et elle divise celle-ci en deux régions Lien distinctes. Hauteur des terres se disait cependant autrefois.
Littré dit que la locution populaire comme tout est depuis longtemps condamnée. Il cite l'exemple suivant comme l'un des plus barbares : " Cette homme est riche comme tout," pour est très riche. Cette locution est employée par tout le monde au Canada. Il est vrai que nous avons l'exemple de Dancourt, qui a dit : " Ils s'ennuient comme tout à ce camp," et de Marivaux : " Voilà un petit mot qui me plaît comme tout."
Littré rejette aussi commie de juste. De jvMe n'est pas français, dit-il, et ne le devient pas davantage pour être joint k comme.
L'e de lorsqv.e ne s'élide que devant il, elle, on, et devant un, une. C'est donc une faute d'écrire : lorsqu'eut lieu le déménagement ; lorsqu'on lui ou son frère viendra ; lorsqu'attendant ses dépêches ; lorsqu'Ugolin fut condamné à mourir de faim ; lorsqu'images et médailles leur étaient distribuées, etc.
En outre de cela, qui se dit quelquefois, est une locution barbare, d'après Littré. Il faut dire outre cela, ou simplement en outre.
Quand tout le monde se chauffait avec du bois, tout le monde appelait les poêles des poêles à bois. Aujourd'hui que nous nous chauffons avec du charbon, nous appelons nos poêles à charbon, même les plus petits, des fournaises
Ce n'est pas exact, la fournaise étant un grand four où brûle un feu ardent. — Mais, dira-t-on, ne peut-on nommer fournaise le poêle entouré de briques, ordinairement placé dans la cave, et qui alimente les tuyaux calorifères ? — Non, c'est un 'poêle de coiistrvction ou simplement un calorifère, car le calorifère est défini : " appareil pour produire et distribuer la chaleur."
— Quelle heure est-il ?
— Cinq heures viennent de sonner au cadran du parlement.
— Pardon ! vous voulez dire à V horloge du parlement. Vous le savez comme moi, le cadran n'est qu'un plan qui indique, au moyen de chiffres et d'aiguilles, l'heure qu'il est ; l'horloge seule sonne les heures.
8oa
J.-J. Rousseau a dit : Je ne vois pas d'inconvénient de me prévenir du jour où vous arriverez. C'est un solécisme ; il faut je ne vois 2^a.s
cV inconvénient à, ou je ne vois pas V inconvénient de. Dans le premier cas, à est régi par le verbe, dans le second de est régi par le nom (Littré). La faute de Ronsseau se répète souvent dans notre pays.
On dit correctement : Votre mouchoir sent le magnolia, et on ne peut pas dire : Cette pomme goûte la fraise. C'est Lien malheureux, car il existe tant de parité entre les deux verbes, et chacun de nous fait cette faute si naturellement ! On doit dire : Cette ponune a le goût, la saveur de la fraise. Mais la langue se perfectionne, et la faute d'aujourd'hui n'en sera peut-être pas une demain.
Ne disons plus : j'ai eu beaucoup de trouble, de misère, pour parvenir jusqu'au ministre, mais beaucoup de ijeine, de difficulté, de r)%al. Ne disons plus : permettez que je vous troid)le pour un morceau de j^ain, mais que je vous dérange.
Soô
Pour, joint à un mot qni exprime le temps, signifie jyendant, mais avec le sens d'un futur : je pars pour quinze jours, je vous interromps pour un instant, je vous laisse pour une minute. Mais on ne saurait dire : il est resté à Paris pour un mois, il s'est absenté pour une heure, il m'a interrompu pour plusieurs minutes, etc.
Y a-t-il quelque chose de plus horripilant que ces mots : comité de -srtii/e (health committee), médecin de santé (health officer), que nous lisons tous les jours ? Pourquoi ne pas dire : commission d'hygiène, conseil de scduhrité 'publique, hygiéniste ijuhlic ou municijxd ? " La salubrité publique, dit le dictionnaire, est cette partie de l'hygiène publique qui embrasse ce qui concerne les soins de propreté des villes, l'éclairage, la surveillance des halles et marchés, la vente des comestibles, les falsifications et sophis-
tications des aliments et des boissons ; les inhumations, constructions des rues, habitations, égouts, canaux, institutions et établissements publics divers, les prisons, les hôpitaux, hospices, salles d'asile ; la prostitution; les mesures concernant les épidémies, les vaccinations."
Officier de santé se dit en France d'un médecin d'un rang au-dessous de celui de docteur en médecine. Il s'emploie surtour sur mer.
La jonction de deux chemins de fer ou de deux bateaux, ou d'un chemin de fer et d'un bateau, pour le trafic, se nomme r accorde me nt. Le Pacitique Canadien et l'Atlantique Canadien font raccordement à Saint- Poly carpe ; il y a raccordement à tel endroit. Nous autres, gens et journaux du Canada, nous disons connexion quand encore nous ne faisons pas pis en écrivant connection.
Vous hésitez parfois, ne sachant si vous devez placer l'adjectif autre, employé avec un nom de nombre, avant ou après ce nombre : Son revenu s'élevait à six mille francs, dont il donnait deux mille aux pauvres et se réservait. . . .les quatre OAttres ? ou les autres quatre ? La règle, fréquemment enfreinte, est que l'adjectif se met toujours après le nombre : on dira donc les quatre autres.
On accapare une chose, on ne s'accapare pas cette chose, encore moins s'en accapare-t-on. C'est ce qu'ignorait le journaliste qui a écrit : " Un journaliste de Montréal saœajxirait même, l'autre jour, de tout notre article sur la conférence de M. N." Pourquoi n'avoir pas dit s'emparait ?
A ceux auxjuels répugne l'emploi du mot gerryriumdermg, je propose cette traduction : remaniement, répartition des districts ou collèges électoraux, des circonscriptions électorales; reconstitution topographique de l'électorat. J'ai lu cette dernière expression dans un journal parisien.
Cesser de dire : ]QCori8€'ns à ce que ; toujours dire : je consens que.
Certains mots latins francisés ont leurs caprices d'épellation et doivent s'écrire avec ou sans italiques, avec ou sans accent, avec ou sans^majuscule, avec ou ans trait d'union, ainsi qu'il suit :
triduuin ou triduo ; Pater ; Ave ; Te Deum ; credo ; Confiieor ; angélus ou angélus ; De profundis ; bénédicité (s) ; miserere (s) ; Salve (s) ; in pace ; motu proprio ; ex-voto ; ad patres ; ad hoc : ad honores ; ad honiinem ; paréatis ; alléluia (s) ; extra ; mémento (s) ; ab hoc et ab hac ; mémorandum (s) ; amen (mot hébraïque latinisé) ; Sanctus ; coram populo : agnus Dei : vice versa introït ; ad libitum ; ad rem ; in-folio ; in-quarto ; in-octavo ; in-plano ; in partibus ; à priori ; à posteriori; nota benè ; magnificat; lavabo (s); gloria patri ; Kyrié-éléison (terme grec) ; exabrupto ; ex cathedra ; ex - professo ; exeat ; exequatur ; pro Deo ; in-extenso ; nemine contradicente ; desideratum, desiderata (pi.) ; ecce homo ; habeas corpus ; item ; idem ; ibidem ; tu autem ; ab irato ; in extremis; extra-muros ; ipso facto.
Les mots suivis d'une « entre parenthèse prennent cette lettre comme marque du pluriel.
Dit-on à Montréal et à Québec, comme on dit à Ottawa : acheter quelque chose en approbation»
s 3 faire envoyer des marchandises en approbation ? Habituons-nous à dire à V épreuve, à l'essai, et nous nous débarrasserons ainsi d'un anglicisme.
Il y a bien assez que l'on fivocloque et skatingrinqwe à Paris, sans qu'au Canada l'on éjvyilr'igJdlse. Pour l'amour du bon ssn-., de Toreille et du langage, trêve de barbaris .les à l'anglaise 1
Au lieu d'éqanlrifjhtiste, d'équalrighteur, que nos jou-maux n'emploient-ils ' pas le mot égalitdire, qui signifie partisan de l'égalité ? Pourquoi ne pas créer le mot égaliste, qui aurait le m3me sens ? Veut-on un terme d'apparence plus savante, au radical latin, et qui rende bien le sens que l'on a en vue ? Prenons jiissimilistejussimil lire. N'importe lequel des mots proposés vaut m' eux que l'affreux équalrightiste et le hideux eg tf/N rightewr. ^
1. Je suis l'auteur de cette proposition, qui a paru da i3 la Patrie, mais non de la chronique signée : Pierre S .xs- FAÇON, dans laquelle on l'a inte.-2alée. — A. L.
L'habitude s'introduit d'appeler tramps, de l'anglais, ces personnes sans état, sans domicile, sans aveu, qui jettent souvent la terreur dans nos campagnes. Ce sont tout bonnement des vagabonds.
(Pour l'année hisseœtile).
" Notre reporter s'est rendu hier soir à l'hôtel" de-ville. On annonçait depuis quelques jours que la séance du conseil-de-ville serait trèsintéressante. Trente-et-un de nos édiles étaient réunis dans la grande salle de l'entre-sol. Les uns chantaient, sifflaient, lançaient des boules de papier, comme des mal-appris ; les autres, gourmés dans leurs faux - cols gigantesques, étaient o^raves comme des o^ardes-des-sceaux de l'ancien régime. Les sténographes affilaient leurs crayons pour écrire le compte - rendu de l'orageuse séance qui se préparait. Le coup-d'œil
était tout-à-fait curieux. On tapageait bien audedanS; mais au- dehors tout semblait tranquille.
" La .séance va s'ouvrir dans un petit quartd'heure. Tout-à-coup une vitre vole en éclats, et un projectile tombe sur la table du greffier ; c'est une pierre-ponce, grosse comme les deux poings. En un clin - d'œil toute la salle est debout. Xon - seulement le maire, le greffier, l'avocat de la municipalité, les journalistes, mais les deux -tiers, les trois-quarts des sus- dits échevins, effarés, à demi - morts de frayeur, croyant à une émeute, s'enfuient dans toutes les directions. Quelqu'un crie : Sauve-qui-peut ! Il y a plus de bruit que dans un corps-de-garde. C'est une bousculade générale, tout est sensdessus-dessous.
'•' Notre rep orter n'a pas perdu la tête, il a pris son parti de ce contre-temps et a suivi les événements. La salle s'est évacuée rapidement ; il y a même des gens qui, entraînés par la poussée, sont sortis sens-devant-derrière.
" Pas plus d'émeute que sur la main. La rue est déserte. Seul en ce moment passe un pied-bot, robuste porte-faix qui tient à chaque main un lourd porte-manteau. Il n'est pas probable que ce soit là le coupable ; mais on l'interroge et il
répond qu'il débarjue à l'instant d'un bateau-àvapcur où le rédacteur-en-chef du TraÀt-cVv/aion l'a envoyé chercher ses colis. On traite cette histoire d'archi-folichonne, de conte de ma grand'-mère. Le maire le fait fouiller par un sergent-de-viile, qui découvre dans ses bottes deux passe-ports faits à des noms différents ; on en conclut que c'est un rien-qui-vaille, et l'on parle de le mener au poste de police. Ce fairele-faut lui répugne terriblement ; il s'adresse à tous les saints, promet une grand'-messe à saint- Jossph, menace de porter l'affaire à la connaissance des tribunaux, de la mère-patrie, de l'univers. Bref, on le mène coucher au violon. Il parait qu'on lui a découvert un complice. Les co-accusés comparaîtront aujourd'hui devant le recorder pour rendre compte de leurs hautsfaits." (Tiré possiblement de n importe lequel de nos joihvnaibx).
Combien de fautes mes lecteurs ont - ils reconnues dans ce récit tout d'invention ? En ont-ils vu une seule ? Laquelle ?
Réponse : il s'y trouve cinquante-sept traits d'union, et il n'en faut pas un seul.