‹ Fautes à corriger une chaque jour [microforme]Chapitre 3 sur 40 · TA RU · texte numérisé non relu

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prétendent que nous ne par'ons ni n’écrivons lo français de France, mais un français à nous, une langue hybride, un patois déguisé, Canadian French.

C'est ce mouvement divergent qu’il faut enrayer, si nous ne voulons pas que nos descendants parlent etécrivent, un jour, un idiome ni français ni anglais, une espèce de basque, sans règles, sans cachet, sans chefs-d'œuvre, sans traditions, langue triviale et dégénérée, ne conservant avec so origine qu’une parenté abâtardie.

Et, poussant la conversation dans cet ordre d'idées, nous constations avec effroi le chemin déjà parcouru sur cette pente malheureuse.

Nous déplorious les maigres connaissances de la plupart de nos professeurs de français, l'inditférence coupable de nos hommes prétendus instruits à l'égard de cette question vitale, l'ignorance, hélas! trop générale de la langue chez nos hommes de profession les plus distingués, ct enfin, par-dessus tout, le honteux débraille de notre presse, école permanente et sans vergogne de barbarismes, d’an. glicismes, d'expressions vicieuses et d’abominations contre la syntaxe et le vocabulaire, qui font parfois pouffer de rire, malgré tout ce qu'il y : d’attristant dans une pareille plaie.

— Si nous pouvions au moins extirper une faute de temps en temps! disais-tu,

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Et c'est de cette pensée pairiotique, patriotiquement mûrie ct méditée, qu'est né ce potit volume, qui rendrait de si grands services à tout le monde, si tout le monde avait seulement la bonne volonté de s’en servir,

Il signale une faute à corriger par jour ; ch bien, Si nous nous Corrigions d’une faute par jour, cela ferait trois cent soixante et cinq fautes corrigées au bout de l’arnée, Songeons au progrès réalisé |

Progrès nécessaire si nous voulons rester fran- Gais; progrès indispensable surtout pour nos compatriotes qui ont à visiter la France, ambition si chère à tout cœur canadien.

J'imagine un des nôtres qui débarque à Paris, après un voyage à bord des chars, qui aperçoit le dépôt, qui entre dans la station, et qui demande à un Charretier de la stand comment il charge pour aller lui chercher du change !

Il est tout abasourdi si on ne le comprend pas, et très offensé si son ahurissement provoque le sourire; il reviendra en disant que Îles Fra: çais, en dépit de leur réputation, ne sont pas polis !

Et c’est pourtant bien de cette fagon qu'on 'eXprime, même dans nos collèges, en eroyant parler français.

J’ajouterai que cela peut prêter à des quiproquos dont il serait difficile de prévoir les conséquences,

Ainsi, tout dernièrement, notre populaire Mgr Labelle arrive à Paris, et les journaux acclament à son de trompe notre ministre d'Agriculture, élu député pour le canton de Suint-Jérôme.

—— Î ne se donne pas de crocs-en-jambe, disaient quelques-uns, Le voilà député, le voilà ministre, rien que cela du coup! Parlez-nous de lui pour la | faire à l'oscille, |

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Mgr Lubelle était pourtant bien innocent de cette réclame exagérée. Tout venait d'un malentendu causé par üne inadvertance d'expressions.

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Le brave curé, habitué à notre langage officiel,

qui traduit deputy minister par député-ministre, au

Le lieu de se donner comme chef de burean au ministère de l'Agriculture, s'était involontairement fuit inscrire comme député et ministre de l'A riculture, On avait cru, tout naturellement, que nous avions, comme en Belgique, des ministres en dehors de la Chambre, mais que Myr Labelle, lui, était à la : fois ministre ot député.

Ceci peut servir de réponse à ceux qui, trop apathiques pour surveiller leur langage, vous disent avec aplomb: — Qu'est-ce que ça fait, pourvu qu'on nous comprenne ?

Comme en le voit, il peut arriver des cas où l’on ne nous comprenne guère,

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Du reste, ces messieurs pourraient tout aussi bien nous dire, et avec autant de raison : — Pourquoi l’ortographe, pourquoi la grammaire, pourvu qu'on soit compris ?..,.

En somme, mon cher ami, je me réjouis de la tentative que tu fais aujourd’hui. Ton livre n’est pas l'édifice tout entier; d'autres y ont déjà apporté plus d’une pierre ; à peine, d’ailleurs, sort-il du sol, Mais c’est une la ge assise que ta main vient de poser.

Je t'en félicite pour ma part, et tous ceux qui aiment notre belle langue t'en seront reconnaissants,.

Toujours uni à toi dans la bonne cause,

Ton vieil et sincère ami,

Louis Frécnerre.

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