‹ Fautes à corriger une chaque jour [microforme]Chapitre 5 sur 40 · NAPOLÉON LEGENDRE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON LEGENDRE

Québec, 16 mai 1890,

Ottawa, 9 mai 1390,

Mon cHEr LusIGNAN,

Tu sais que j'ai adressé au capitaine Henri Jouan, de Cherbourg, une liasse de journaux traitant du débat du mois dernier sur l'usage de la langue française au Canada. J'ai reçu en réponse le billet suivant : “ Prenez garde ! vous aidez ceux qui veulent vous angliciser, et vous ne semblez pas en avoir le soupçon. Ainsi votre presse st huilée d'anglicismes : “ Les bagages sont consignés directement pour éviter le trouble... ”! en français on dirait la peine. ‘ Hardes faites ” est du vieux fran. çais ; c'est le ready made clothing des Anglais d'à présent. Le mot hurdes n’est plus employé que dans nos campagnes ; dans les villes on dit vête ments confectionnés. Au lieu de dire “hardes faites dans les derniers patrons, ” en France on dirait sur

les derniers patrons ou sur les dernicrs modèles. “830,000 valant de bijouteries etc.” Je nai jamais entendu cela, “ Plusieurs journaux expriment une Opinion adverse…;" il faudrait contraire ou opposée. “Sa position est guère soutenable 7; mettez n'est guère. ‘M, McCall a causé une commotion devant le comité”; c’est plutôt une émotion au comité, ‘ Nous les prions de visiter notre magasin à bonne heure”; on retrouve cette eXpression dans nos campagnes ; elle est remplacée presque partout par de bonne heure, “ Bazar ” pour vente de charité, anglicisme pur. Voilà en passant, Gardez votre belle langue du grand siècle, ce qui ne vous empêchera pas de conserver aussi ce que vous avez pris de bon aux Anglais: le sang-froid, l'esprit pratique, et, en y joignant une dose raisonnable de l'esprit normand, vous êtes sûrs d'arriver à vos fins,”

Le capitaine Jouan a soixante et dix ans et d'excellents états de service dans lx marine militaire ; il a beau avoir l'air d’un jeune homme de cinquante ans, on l’a mis à la retraite, — et il emploie ses loisirs à étudier l'histoire du Canada,

En quelques mots, Je lui ai fourni l'explication que tu vas lire :

Nos écrivains d'il y à cinquante ans se servaient de quatre ou cinq fois plus d’anglicismes que ceux

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d'aujourd'hui; l’amélioration est duc aux dix ou douze brochures qui ont été publiées, de trois ans en quatre ans, pendant cette période afin de nous signaler nos défauts; loin d’empirer, notre langage s'épure constamment, — mais jugez par ce qu'il est encore de ce qu’il devait être en ces temps heureux de 1830 à 1840!

L'épuration est visible surtout dans les livres. 1es revues sont moins bien écrites que les livres ; les journaux sont, sous ce rapport, inférieurs aux revues, et le barreau est resté au bas de l’échelle, Dans ces quatre branches, il existe un louable dessein de se perfectionner ; on rencontre nombre de personnes qui se préoccupent de trouver le mot juste et qui 1ougissent lorsqu'on leur indique une incorrection de leur plume ; cela ne paraît pas avoir existé autrefois. Nous en concluons que l'esclavage de l’anglicisme se fera de moins en moins sentir, car, chose de première im}ortance, il y a parmi nous des professeurs de collège, de lycées, d'écoles ordinaires même, qui se mettent à soigner leur langue.

On n’est plus ignorant comme un maître d'école,

C'est un fameux point de gagné ; cependant le vocabulaire anglais a trop de place dans nos écrits,

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et l'on rencontre à chaque alinéa je ne sais quoi dans la facture des phrases qui rappelle le génio anglais,

Oui, c’est la mode, au temps où nous vivons ; Voilà comment, hélas ! nous écrivons !

Ta apportes, mon cher Lusignan, un crible ct une lime, pour trier ct polir tout cela,

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