SCENE XIII
LE MARQUIS DE FAVRAS, LE DUC, Mlle TALON, Mme DE FAVRAS.
LE duc , riant, en voyant sortir Théroigne. Elle n'est pas gênée dans l'expression de sa reconnaissance. ( // salue mademoiselle Talon et les autres qui le suivent.) Adieu ; je vous quitte.
Mlle talon, le retenant.
Pardon, Monseigneur ,les discours de cette'pauvre femme vous ont fait connaître le but de ma visite : je viens implorer votre charité en faveur des prisonniers.
LE duc , la regardant avec intérêt.
Mission digne de la candeur et de la beauté, Mademoiselle ! Ceux pour qui vous quêtez sout nombreux sans doute ?
Mlle TALON.
Hélas! Monseigneur, leur nombre s'accroît de jour en jour. Il y en a même beaucoup que leur rang et leur naissance semblaient devoir préserver à jamais de se trouver sous les verroux du Châtelet : M. Augeard. . .
LE duc , vivement.
Le secrétaire des commandemens de la reine?
Mlle TALON.
Oui. Le baron de Bezenval
EAVRAS, bas au duc.
Le confident de nos projets. . .
Mlle TALON.
Ces Messieurs ne sont pas exposés aux mêmes privations que les obscurs malheureux dont ils partagent la demeure; et ce
(ao )
n'est pas pour eux que je sollicite votre bienfaisance. . . Mais leur sort est peut-être plus de'plorable encore.
LE DUC
Comment cela ?
Mlle TALON.
Le peuple est excite' contre eux , par la nature du crime qu'on leur attribue. . . un projet d'enlèvement du roi. . .
LE DUC
Comment, on sait?. . . on dit?. . . ( Bas à Favras- ) Entendez-vous?. . . ( A mademoiselle Talon. ) Et que pense de cela monsieur votre père?
Mlle TALON.
C'est le secret de sa conscience , Monseigneur ; je ne le lui demande pas. Je suis certaine que si les accuse's sont innocens , il succombera plutôt avec eux que de porter une sentence inique ; mais il n'a que sa voix. Pardon , ces réflexions, auxquelles je me laisse entraîner, me font perdre de vue l'objet de ma mission : permettez-moi d'y revenir.
Mme DE EAVRAS.
Veuillez m'inscrire pour dix louis.
Moi pour autant.
LE DUC
Puisque je me trouve chez madame la marquise, je joindrai mon offrande à la sienne. ( Il lui remet un billet. )
Mlle TALON.
Mille francs ! . . . Dois-je vous rendre ?
LE DUC
Non.
Mlle TALON.
Inscrirai-j e le nom de votre Altesse ?
LE DUC
Le nom m'importe pas. . .
( On entend dehors la voix de Turcati. )
TURCATI.
On n'entre pas ! on n'entre pas ! Je vous dis qu'il faut que je lui parle.
LE duc , à Favras.
Encore quelqu'un! Comment éviter?. . .
le marquis , indiquant la porte de gauche. Sortez par ici, Monseigneur.
Mme DE FATRAS. ,
Oui , par mon appartement.
PAVRAS.
Je reconnais la voix : c'est l'homme en question.
LE DUC
Je sors. Souvenez-vous donc de ce que nous avons dit.
TURCATI , encore dehors.
Si vous ne voulez pas m'annoncer, je m'annoncerai moimême.
Je n'oublierai rien, rien, Monseigneur.
( Il disparaît , reconduisant le duc et mademoiselle Talon-, qne la marquise -précède. )