SCÈNE V
THÉROIGNE , Mmo DE FAVRAS , Peuple.
( Les cris augmentent. — Des femmes traversent en courant le théâtre. )
Mme DE FAVRAS.
Ah ! quel spectacle ! quelle horreur !
( Elle se couvre la figure de ses mains. )
Qu'est-ce qu'elle a donc , cette femme ?
Mme DE faVRAS.
Cachez-moi1... . cachez-moi!... Us viennent! ils l'apportent ! . . . Ah ! je me meurs ! . . .
( Elle chancelé. — Cris dehors. )
THÉROIGNE
Elle se trouve mal... ( Elle va vers elle et la soutient. ) Appuyez -vous sur moi.
SCEiXE VI.
LES mêmes, LE GARÇON de café.
le GARÇON , revenant du fond.
Ah! le pauvre François!
THÉROIGNE
Aidez-moi , jeune homme , à secourir cette femme.
( On assied Mme de F auras sur un tabouret. )
LE GARÇON
Elle l'aura vu . . .
THEROIGNE.
Quoi donc ?
C io) LE GARÇON.
La tête de François , le boulanger; on la porte an bout d'une pique.
C'est ça qui lui aura fait de la peine à cette femme.
LE GARÇON
Je crois bien, j'en suis tout tremblant.
THÉROIGNE
Paix!.. . elle revient.
Mme DE FAVRAS.
Où suis-je ?. . . Dans une rue. . . Je me suis donc évanouie?
THÉROIGNE
Oui. . . mais ce ne sera rien.
Mme DE NAVRAS.
Merci , Madame , de vos soins . . . J'ai peine à me souvenir . . . Je suis sorti de chez moi avec ma femme de chambre. . . j'ai passe par le quai de Gêvres. .. tout-à-coup se'pare'e d'elle. .. ( On entend des cris au dehors. ) Ah! je me rappelle. . . Une tête . . . horrible ! . . . sanglante ! . . .
THÉROIGNE , froidement.
Qne voulez-vous, c'est la justice du peuple, ma petite mère.
Mme DE pAVRAS.
Malheureuse ! si c'e'tait votre mari. . .
THÉROIGKE.
Mon mari! Marcel ! . . . O mon dieu! si jamais ! . . . Oui, vous avez raison, il faut plaindre sa femme.
( Les cris redoublent et approchent. )
LE GARÇON
Ah! les voilà ! les voilà! Sauvez-vous!
Mme DE favrAS.
Je ne pourrai jamais. . . mes jambes fle'chissent.
THÉROIGNE
Allons, Madame, du courage. . . Je vous accompagnerai jusque chez vous. . . Où demeurez-vous?
Mme DE FAVRAS.
Place Royale. ( A elle-même. ) Le peuple, le peuple. . . on I'e'gare. . . d« lui-même il ne se porterait pas à de tels excès.
THÉROIGNE
Il a souffert; il se venge... c'est juste. Prenez mon bras. ( Elle marche. ) Si c'e'tait mon mari ! . . . ils porteraient ma tête avec la sienne ! . . ,
LE GARÇON
Les voici !