‹ Favras; épisode de 1789, en trois actes;Chapitre 8 sur 53 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

les mêmes, Mme DE FAVRAS, THÉROIGNE.

THÉROIGNE, ouvrant la porte.

C'est ici , que vous dites?

C '6) Mme DE FAVRAS , se jetant dans les bras de son mari. Ah! mon ami!

Ma femme ! Dans quel trouble ! quelle émotion !

Mme DE FAVRAS.

Je suis près de toi. . . je respire.

Que s'est il passe'? que t'est-il arrivé?

Mme DE FAVRAS.

Un malheureux. . . Ah ! les cruels ! ils l'ont égorgé. . . et sa tête. . . promenée comme un trophée.

FAVRAS , avec horreur.

Ah!

LE DUC

Encore un meurtre ! encore une tache pour notre révolution!

Mme DE favras , reconnaissant le duc.

Ah ! Monseigneur. . . ( Fatras lui impose silence. )

THÉROIGNE, qui est restée accroupie près de la cheminée., à se chauffer, s} approchant brusquement.

Une tache! Qu'est ce qu'il dit donc, ce brave homme? Celui qu'on a pendu était un accapareur, un scélérat, un boulanger. C'est la cour qui soudoie ces gens-là, c'est. . . la reine, c'est les frères du roi , tous les princes.

O ciel! ma bonne f que dites-vous?

La vérité ', et à moins que vous ne soyez aussi on aristocrate, vous ne pouvez pas dire le contraire.

Je ne suis pas un aristocrate.

THÉROIGNE , montrant le duc, et passant près de lui. Et Monsieur?. . .

Mme de favras , à part.

Grand dieu! le reconnaît-elle?

FAVRAS, répondant à Thc'roigne.

Monsieur. . . encore bien moins.

THÉROIGNE

Tant mieux ! . . . Oui , tous les princes , je voudrais les voir. . .

excepté un seul, c'est le duc de Penthièvre En v'ià un

brave homme, celui-là ! . . . l'ami du pauvre ; le consolateur du malheureux. . . tout le monde le bénit. . . Mais les aristocrates... ( Elle prend une prise de tabac dans la tabatière du prince. ) Ex-

( '7 ) casez.. . Les aristocrates! voyez-vous, je les ai en horreur. Je suis leur victime, une victime de la cour, moi, telle que vous me voyez.

LE DUC

Vous?

THÉROIGNE

Je suis bien malheureuse.

Mme DE EAVRAS.

Elle m'a raconté ses infortunes : elles sont grandes en effet. Elle gémit en ce moment sur le sort d'un homme qui . . . lui était cher. . .

THÉROIGNE

Qui m'est plus cher que tout au monde A qui j'ai tout sacrifié: ma réputation, mon honneur; pour qui j'ai abandonné... et sans regret au moins, la maison de mon père. . .

Mme DE NAVRAS.

11 vient d'être condamné par le Châtelet, pour avoir tué à Brunoy un garde de Monsieur.

THÉROIGNE , pleurant , avec rage.

Oui , condamné , condamné à périr de la main dn bourreau !

LE DUC, virement.

Je connais cette affaire, j'en ai entendu parler... ce matin; elle est très -malheureuse. Le garde avait tort : il outrepassa ses pouvoirs.

THÉROIGNE

Oui; mais il appartenait à un prince du sang, et il faut que la mort du pauvre Marcel venge l'outrage friit à la livrée. (Avec fureur.) Ah! le comte de Provence! si jamais un 6 octobre revenait!. . . Qu'il prenne garde à lui! j'irai. . . j'irai exprès. . . et si je peux te rencontrer là.. - à ma belle... Ah! Marcel! pauvre Marcel! tu seras vengé à ton tour !

LE DUC, avec un peu de trouble.

Mais il ne sera pas exécuté. J'ai déjà parlé pour lui , et j'espère qu'une commutation de peine. . .

THÉROIGNE

Comment ! il ne serait pas exécuté ? on ne le tuerait pas ? Ah ! Monsieur , mon cher Monsieur ! Vous avez donc du pouvoir? mm

LE DUC

J'ai des amis.

THÉl'.OIGNE.

Je vas aller le trouver, lui faire savoir cela. . . lui rendre un peu d'espérance. Vous ne me trompez pas? Au fait, je ne vous Fftvras. $

connais pas , tous tant que vous êtes. Mais je vous vois clans un bel hôtel , daus de magnifiques appartenons , avec un riche mobilier; des valets autour de vous. Tout cela dit assez que vous êtes puissansj qu'on vous écoute; qu'on ne vous refuse rien; tandis que nous. . . Vous promette?, doue que vous solliciterez pour Marcel? que vous demanderez sa grâce, sa vie?... Ah! souvenez vous-en , ne l'oubliez pas. Si vous saviez de quelle joie cette seule espérance remplit mon coeur. Mais si elle était trompée? Ah ! j'en mourrais ... ( Se jetant à genoux au milieu du salon.) Madame, Messieurs , c'est de nos jours à tous deux que vous disposez. . . Je vous en supplie, ne nous abandonnez pas... Grâce! grâce! pour Marcel !

Mme DE EAVRAS.

Calmez-vous, ma chère. Vous pouvez considérer ses jours comme sauvés. i

THÉROIGNE

Ah! que vous me faites de bien. Adieu, adieu 5 je cours partager avec lui mon bonheur. {Elle va sortir.)

le DUC, bas àFavras.

Faites-moi sortir aussi.

FAVRAS, de même.

Suivez-moi.

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