CHEFS DES GRANDES ENTREPRISES
Dans la recherche des qualités nécessaires aux chefs d’entreprise, nous avons donc à tenir compte à la Ibis des pouvoirs et responsabilités transmis aux chefs de services, et du concours que le chef peut trouver dans son Etat-Major.
Nous avons constaté d’ailleurs que les caractères principaux d’un bon gouvernement sont à peu près exclusivement d’ordre administratif'. Il est admis, en effet, que lorsque la prévoyance, l’organisation, le commandement , la coordination et le contrôle s’exercent efficacement sur toutes les parties de l’entreprise, toutes les fonctions s’effectuent convenablement et la marche de l’entreprise est satisfaisante.
Nous pouvons conclure de là que la première condition que doit remplir le chef d'une grande entreprise , est d'être bon administrateur.
ADMINISTRATION
Mais sa capacité administrative ne le dispense pas d’avoir à prendre des décisions sur d’importantes questions techniques, commerciales, financières et autres. Il ne peut pas être compétent en toutes choses, et doit donc baser un grand nombre de ses décisions sur l’avis des chefs de service et do son Etat-Major. Mais son incompétence n’est guère admissible dans la profession spéciale caractéristique de l’entreprise : technique dans l’industrie, commerciale dans le commerce, politique dans l’Etat, militaire dans Parmée, religieuse dans l’église, médicale à l’hôpital, pédagogique à l’école, etc. — Il est évidemment bon qu’il puisse se prononcer en connaissance de cause sur les questions les plus importantes et les plus fréquentes de l’entreprise.
Il s’ensuit que la seconde condition requise chez le chef d'une grande entreprise est de posséder une assez grande compétence dans la fonction spéciale caractéristique de l'entreprise .
On ne demande pas au chef de l’entreprise le même degré de compétence dans les autres fonctions essentielles, parce qu’il y a une limite à la puissance des facultés humaines. On se borne à souhaiter chez lui, pour les fonctions secondaires de l’entreprise, des notions générales suffisantes pour qu’il puisse, en s’appuyant sur les avis des chefs de service et de PEtat-Major, prendre des décisions éclairées sur toutes choses.
En résumé, les qualités et connaissances désirables chez tous les grands chefs d’entreprises sont les suivantes :
, 1° Santé et vigueur physique ;
2° Intelligence et vigueur intellectuelle ;
3° Qualités morales : volonté réfléchie, ferme, persévérante ; activité, énergie et, s’il y a lieu, audace ; courage des responsabilités ; sentiment du devoir, souci de l’intérêt général ;
4° Forte culture générale ;
5° Capacité administrative ;
Prévoyance. — Habileté à dresser et à faire dresser le programme d’action ;
Organisation . — En particulier, savoir constituer le corps social ;
Commandement. — Art de manier les hommes ;
Coordination. — Harmoniser les actes, faire converger les efforts ;
Contrôle ;
6° Notions générales sur toutes, les fonctions essentielles ;
7° La plus large compétence possible dans la profession spéciale caractéristique de l’entreprise.
11 est très remarquable que sur ces sept groupes de qualités et connaissances désirables chez les chefs des grandes entreprises, six se composent d’éléments semblables, quelle que soit la nature de l’entreprise, et un seul, le septième, comporte des conditions spéciales différentes pour chaque nature d’entreprise.
Les éléments communs sont : la santé, la vigueur physique, l’intelligence, les qualités morales, la culture générale, des notions sur toutes les fonctions essentielles et une forte capacité administrative.
Le chef industriel, le chef commercial, le chef politique, le chef militaire, le chef religieux, de même niveau hiérarchique, se ressemblent par les six premiers groupes de qualités et ne diffèrent que par la qualité professionnelle caractéristique de l’entreprise.
C’est, le plus souvent, par cette capacité professionnelle que les hommes devenus grands chefs ont commencé par attirer l’attention : une maîtrise spéciale les a mis hors de pair, puis leurs qualités générales les ont portés au premier rang. Il arrive que les succès professionnels voilent les
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qualités générales : un persiste à ne voir dans le grand industriel que l’éminent technicien ou l'habile négociant, dans le chef du gouvernement, que le général heureux ou le parlementaire éloquent. Cependant la capacité spéciale la plus brillante ne suffît pas à faire un bon chef de grande entreprise. Pour faire un chef parfait il faudrait posséder à un haut degré toutes les qualités et connaissances énumérées plus haut. Les hommes qui approchent de cette perfection sont bien rares ; il faut admettre des faiblesses, des lacunes môme. Dans quelle mesure ?
L’absence de santé peut annihiler toutes les autres qualités réunies. De même un grand affaiblissement intellectuel. Par les chefs de service et l’Etat-Major il est possible do suppléer dans une large mesure à un défaut de connaissances fonctionnelles, même de celles qui concernent la fonction professionnelle caractéristique de l’entreprise ; rien ne peut compenser l’incapacité administrative. La moindre imperfection morale du grand chef peut avoir les conséquences les plus graves. La hauteur hiérarchique est comme un bras de levier dont la longueur augmente considérablement la puissance ; qualités et défauts ont cent fois plus d’importance chez un chef à sept ou huit galons que chez un contre-maître.