FORMATION DES AGENTS DE L’INDUSTRIE MINIÈRE ET MÉTALLURGIQUE
a) Rôle de l’Ecole. — b) Rôle de l’Atelier (du patron), c) Rôle de la Famille. — d) Rôle de l’Etat.
a) rôle de l’école :
1° Enseignement technique supérieur.
2° Enseignement secondaire.
3° Enseignement primaire.
1° Enseignement technique supérieur.
Abus des mathématiques.
Durée des études.
Conseils aux futurs ingénieurs.
2° Enseignement secondaire.
a) Enseignement universitaire.
b) Enseignement spécial.
8° Enseignement primaire.
/>) rôle de l’atelier (du patron).
c) ROLE DE LA FAMILLE.
d) ROLE I)E L’ÉtAt.
A — Rôle de l’Ecole
iù Enseignement technique supérieur.
En France, les agents supérieurs et les chefs do l’industrie minière et métallurgique ont les origines les plus diverses : cependant ils sortent en majeure partie des Ecoles supérieures du génie civil (Ecole nationale supérieure des mines de Paris, Ecole nationale des mines do Saint-Etienne, Ecole centrale des arts et manufactures, etc.).
Les programmes d’admission et d’enseignement de ces écoles permettent de se rendre compte de la pensée directrice qui y règne.
Notons d’abord que les cours y sont presque exclusivement techniques , qu’il n’y est question ni d’ administration, ni de commerce , ni de finances . à peine de sécurité (entendu dans le sens de sécurité de l’entreprise) et très peu de comptabilité. Ajoutons que la culture générale a peu d’influence sur le classement de sortie et que les qualités physiques et morales n’y figurent pas.
Notons enfin que le concours d’admission donne aux mathématiques une place très prépondérante.
11 y a un tel écart entre cette éducation et les qualités et connaissances dont les ingénieurs et les chefs d’industrie doivent être pourvus, qu’on ne saurait s’étonner si le résultat visé n’est pas atteint.
Ainsi nos écoles de génie civil semblent ignorer que la santé et la vigueur physique comptent parmi les importantes qualités nécessaires aux ingénieurs et aux directeurs des établissement industriels.
Les Anglais en font plus de cas. Peut-êtrp dépassent-ils la mesure ? Bien que le goût des sports apparaisse dans notre pays, je ne crois pas que nous soyons exposés de longtemps à tomber dans l’excès sous ce rapport, et l’opinion publique a
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encore fort à faire pour imposer aux écoles un souci suffisant fie la santé et fie la vigueur physique fie leurs élèves.
L'initiative, Y énergie, la mesure, le courage des responsabilités, le sentiment du devoir , etc., sont autant fie qualités morales qui donnent une grande valeur aux agents supérieurs fie l’industrie. On ne saurait éclairer trop tôt et trop fortement les futurs chefs sur l’importance fie ces qualités.
La culture générale n’est pas beaucoup plus en honneur dans nos écoles fie génie civil que la culture physique ou morale. Toute l’attention est portée sur les questions techniques.
Ce n’est pas tout : la sélection fies candidats se faisant surtout par les mathématiques, les cours préparatoires se composent surtout fie mathémathiques et il n’y est guère question fie littérature, d’histoire ou fie philosophie.
Or, les chefs d’industrie et les ingénieurs, sauf quelques rares exceptions, ont besoin fie savoir parler et écrire ; ils n’ont pas besoin fie mathématiques supérieures. On ne sait pas assez que la règle de trois simple a toujours suffi aux hommes d'affaires comme aux chefs d'armées. On fait un bien mauvais calcul en sacrifiant pendant quatre ou cinq ans la culture générale nécessaire à un excès fie mathématiques.
Je reviendrai plus loin sur ce sujet.
Connaissances administratives. — Dans une grande entreprise industrielle, la fonction qui sollicite le plus fortement et lo plus directement l’attention du chef est la fonction administrative (programme d’action, recrutement, organisation et direction du personnel, coordination, contrôle). Immédiatement après viennent les fonctions technique et commerciale, et enfin * avec des exigences moindres d’action personnelle, les fonctions financière , de sécurité et de comptabilité .
L’action administrative du chef est considérable et absorbante.
HEÎSHI FAYOL
Pour l’ingénieur divisionnaire, la capacité administrative a autant d’importance que la capacité technique. Ce fait peut surprendre; il s’explique facilement : le chef de service d’une division métallurgique par exemple — hauts fourneaux, aciérie, laminoirs, etc. — ne s’occupe plus depuis quelques années que de métallurgie et seulement d’une division limitée de la métallurgie. — Tous les détails qu’il a appris à l’Ecole concernant les mines, les chemins de fer, la construction, etc., ne lui sont plus que d’une vague utilité, tandis que le maniement des hommes, l’ordre, la prévoyance, tous les éléments administratifs en un mot, retiennent sans cosse son attention. Au niveau hiérarchique où il est parvenu, les services qu’il pourra rendre désormais et son propre avancement dépendront très probablement beaucoup plus de sa capacité administrative que de sa capacité technique.
Et s’il doit s’élever jusqu’à la direction, ce n’est pas seulement l’administration qu’il devra ajouter à ses connaissances, mais encore le commerce et la finance dont on ne lui a rien dit à l’Ecole, et la comptabilité dont on l’a peu entretenu.
On peut, sans grands efforts, imaginer un enseignement mieux adapté au but.
Sans doute une forte instruction technique est nécessaire à l’ingénieur. 11 faut qu’il soit pourvu de notions générale^ suffisantes pour pouvoir s’initier rapidement aux opérations techniques auxquelles il est appelé à prendre part. Mais on n’attend pas de lui dans l’industrie, qu’il soit capable, en sortant de l’Ecole, de conduire un haut fourneau, le fonçage d’un puits de mine ou la construction d’une machine. Le major lui-même de la promotion est incapable de remplir immédiatement ces fonctions ; il n’y parviendra qu’après une plus ou moins longue initiation pratique.
Une préparation du même genre au point de vue administratif est tout aussi nécessaire, et son absence, ainsi que celle de notions suffisantes de commerce, de finance, de
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sécurité et do comptabilité, est une grave lacune dans la formation des agents supérieurs de l’industrie.
L’enseignement actuel de nos écoles supérieures de génie civil repose sur deux illusions.
La première, c’est que la valeur des ingénieurs et des chefs d’industrie se compose presque uniquement de capacité technique.
La seconde, c’est que la valeur des ingénieurs et des chefs d’industrie est en rapport direct avec le nombre d’années qu’ils ont consacrées à l’étude des mathématiques. Celle-ci n’est pas moins funeste que la précédente et sera peut-être plus difficile à détruire.