‹ Fazendas et estancias;Chapitre 10 sur 12 · CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni

Mç voici de nouveau sur l'élément humide^ sur un de ces délicieux bateaux de la Compagnie du Lloyd brésilien, coquilles de noix crasseuses d'une stabilité toute relative. J'ai pourtant la chance, cette fois, de tomber sur le meilleur de la flotte, ïe Forto Alegre, d'une construction un peu plus récente que les autres, ce qui fait qu'il est un peu moins sale. La mer parait assez calme au départ et promet une bonne traversée. Du reste, je me suis em^barqué un vendredi... Sûrement, je ferai un bon voyage, car j'ai cette superstition à rebours I

Nous longeons la côte perpétuellement. Son aspect ne change guère. Ce sont des terres basses, recouvertes de manguiers et coupées de larges déchirures formant des anses, des baies, défendues jusqu'en haute mer par des îlots et des récifs dangereux.

Nous jetons l'ancre le soir de notre départ devant Soi) Francisco^ situé à l'entrée du fleuve du même nom.

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DE FARANAGTTA A BtTEHOS-AYRES 333

C'est un des ports les plus sûrs de la côte. La rade, profonde de 6 mètres, qui sépare l'île de Sâô Francisco de la, terre ferme ouvre aux navires qui viennent mouiUer devant la rive insulaire un chenal abrité de tous les vents. Nous embarquons quelques barils d'herva-matte, et nous repartons le lendemain de grand matin pour arriver deux jours après à Desterro, port principal et capitale de l'Etat de .Sainte-Catherine. Cette petite ville fut fondée en 1650 par Veilho Monteiro, qui lui donna le nom de Nossa Senkora de Desterro ou «Notre-Dame de l'Exil •. Elle est placée sur la rive occidentale de l'île de Santa Catharîna, à l'endroit où elle se rapproche le plus de la terre ferme. On entre dans le canal formé par l'île par le nord, et les bâtiments à faible tirant d'eau peuvent en ressortir par !e sud. L'île de Sainte-Catherine, jadis couverte de caféteries très productives, n'a plus qu'un sol épuisé et ses collines se sont revêtues de broussailles.

Comme l'Etat du Farana, celui de Santa Catharina est divisé en deux parties distinctes, le littoral et les hauts plateaux; mais la région du littoral ou Marinha est moins chaude que celle de l'Etat voisin, et .presque toute la population s'y trouve concentrée, La principale agglomération des campas est TLages, qui est surtout un centre d'élevage. On évalue à quatre cent mille têtes le troupeau de cet Etat, qui expédie beaucoup par terre, vers l'Etat de Sâô Paulo. La population est en majeure partie composée de colons d'origine alle-

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mande, tout particulièrement à Joinville, dté ainsi nommée en l'honneur du prince français auquel un territoire d'environ 152,000 kilomètres carrés avait été donné dans cette région au moment de son mariage avec dona Francisca, sœur de l'empereur du Brésil

Nous ne restâmes que quelques heures à Desterro, et trois jours plus tard, après avoir essuyé un fort coup de vent dans le golfe de Sainte-Catherine, très inhospitalier aux itavigateurs, surtout quand souffle le pampeiro ou vent de la pampa, nous étions en vue de "Rio Grande do Sul, dernier Etat de la Confédérutioa brésilienne.

La longue plage qui se développe en coiabes élégantes sur tout le littoral de Rio Grande est entièrement de formation océanique. Les vagues ont apporté ce cordon de sable et le modi^ent à chaque marée par de nouveaux apports. Divers indices font croire que le niveau relatif de la terre et de la mer se modifie, et que les plages émergent graduellement La formation d'un cordon littoral a séparé la mer de vastes étendues qui se sont changées en lagunes et dont la masse liquida sans cesse renouvelée' par les rivières, devient saumâtre et même tout à fait douce. Cette ch^e d'étangs commence déjà dans l'Etat de Santa Catharina à la lé^une de Tubarâo. Des flaques de toute grandeur se succèdent ensuite, les unes fermées, les autres en communication directe avec la mer. Parmi oes dtemières, est la lagèa dos Patos ou lagune des Ca-

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naxds, véritable mer intérieure de g,ooo kilomètres cairés de superficie, s'allongeant du sud au nord, à l'entrée de laquelle se trouve le port de Rio Grande, et, au fond, la ville de "PotIo Alegre, capitale de l'Etat.

Rio Grande est une jolie ville, d'aspect européen, possédant de grandes et larges rues et de gracieux jardins publics. Malheureusement l'approche du port est rendue très difficile par les sables de la barre, à l'entrée de la lagune, qu'il a été impossible de fixer jusqu'à maintenant II y a bien un projet d'amélioration du chenal, mais l'exécution totale en sera onéreuse, et, en attendant, le commerce de Rio Grande, consistant presque exclusivement dans l'exportation des viandes séchées, diminue de jour en jour.

Bien faible par son étendue, l'Etat dit Kio Grande do Sul, d'après un estuaire que les premiers navigateurs prirent pour un fleuve, comme ils l'avaient fait pour la baie de Rio-de- Janeiro, est une des contrées qui, par leur richesse naturelle, pourraient le plus facilement se suffire et constituer un pays autonome

Du côté de l'Argentine, le Rio Grande est nettement délimité par le cours du rio Uruguay; mais plus au sud, sur les confins de la Bande Orientale (l), les vicissitudes de la guerre ont fait adopter une ligne de séparation toute conventionnelle. La proximité de l'Argentine se révèle au Rio Grande do Sul dans les tra-

{i) Dénomination géographique usitée en Amérique pour désigner la Répablique orientale de l'Uruguay,

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33<S rXZEKDAS ET ESTANCIAS

vaux et le caractère de ses habitants. L'industrie de la cviaode» y prévaut comme dans la Pampa. D'îm- Qienses tioopeatix parcourent les pâturages et les graïkds établissements urbains s<mt des abattoirs. Le type du campagnard riograïadense se rapproche beaucoup plus du gaucko argentin que du caboclo brésilien ; c'est un cavalier infatigable^ un homme de force et d'adresse peu commîmes, prompt à l'aventure, &er, audacieux et rusé, que la vue du sang émeut médiocrement Ce type vraiment national est forgé par l'appoint de races diverses qui, peu à peu, se fondent en une seule : l'Indien, d'origine guarani, que trouvèrent les conquérants, a totalement disparu, et son sang ne coule plus guère que dans les veines de la population blanche métissée; la race noire africaine, maintenue, au temps de l'esclavage, par les institutions et les mœurs, «i dehors des autres habitant^ se résorbe à son tour. De même, les autres éléments ethniques se fondent graduellement dans la population brésilienne riograndense i les Allemands — ainsi désignés comnte formant ime race distincte — constituèrent la sixième partie des habitants; actuellement ils s'élèvent tout au plus au dixième, si on considère comme appartenant seuls à ]a race ceux qui parlent habituellement la langue des aïeux; mais ils possèdent le quart de la fortune publique et la moitié au moins de l'industrie locale. Quant aux immigrants italiens, portugais, etc. dix fois plus nombreux que les Allemands et constî-

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tuant le gros de la population étrangère, ils sont, grâoe à leurs mœurs et à leur parler latin, bien plus rapidement encore entraînés dans le torrent de la drculation nationale.

Le Rio Grande do Sul, le plus méridional des Etats du Brésil, est celui qui, par sa température, ressemble le plus à l'Europe occidentale. Le contraste des saisons y est très nettement marqué i il y fait très chaud en été et assez froid en hiver, surtout quand souffle le minuano, vent d'ouest descendu des plateaux glacés des Andes, ou le fampeiro, vent du sud-ouest, qui vient "de balayer les pampas argentines. De même que dans les Etats voisins de Sainte-Catherine et du Parana, les campos, dans le Rio Grande, sont coupés par de grandes forêts. Mais nous sommes ici dans un Etatfrontière, non seulement frontière politique, mais encore frontière zoolt^ique et végétale. Dé nombreuses essences d'arbres représentent dans les forêts de Rio Grande la flore aigentine et se mêlent à la flore brésilienne ! on compte les palmiers, on ne voit plus de cocotiers, mais il reste encore une espèce voisine, le jeriva, dont les feuilles, enveloppant des épis de maïs, sont la nourriture préférée du cheval II en est de même pour la faune : bon nombre d'animaux, tels que singes, , vampires, crocodiles et tigres, s'y rencontrent en petit nombre. Sur J'autre rive de l'Uruguay, on ne voit plus un seul représentant de ces espèœs animales.

Je restai peu de temps dans le Rio Grande et repris

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la mer pour desœndre jusqu'à Montevideo, la capitale de la République orientale de l'Uruguay. Une surprise désagréable m'y attendait : sous prétexte de peste bubonique, on nous retint dix joiurs au lazaret de l'ile de Florès. C'est un rocher d'un kilomètre et demi de loi^ sur 500 mètres de large dans sa plus grande largeur et 25 mètres dans sa plus petite, situé à plusieurs milles de Montevideo, dont on aperçoit les monuments dans la brume, au loia Pas un arbre, pas une âeur; rien que du roc et des falaises sur lesquelles la mer déferle avec rage. Le lazaret est bâti à l'une des extrémités de l'île; les voyageurs y sont parqués comme des chiens dans un enclos grand comme un mouchoir de poche et dont un soldat garde l'entrée, bsûonnette au canon... Les passagers de première sont six par chambrée, sans une chaise, sans une table, avec im nombre notoirement insuffisant d'ustensiles nécessaires aux soins hygiéniques. Quant aux passagers de troisième classe, ils sont lamentablement empilés dans des hangars crasseux où croissent et se multiplient plusieurs générations de vermine. A table, on nous sert un vague brouet réellement nauséabond, un quart de vin et im peu de pain. Même en payant, on ne peut améliorer cet ordinaire, qu'on n'oserait pas présenter à des prisonniers de guerre., ,

En&n, après dix jours de ce traitement, les autorités pensent avoir sans doute tué le microbe de la peste, — par la faim peut-être ? — et nous relâchent, sous condi-

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tion de payer 15 francs par jour et par tête pour cet hôtel obligatoire, mais pas gratuit! C'est un véritable vol organisé par le concessionnaire de ce service public; pour qui les questions d'hygiène et de salubrité ne sont qu'un moyen de s'enrichir rapidement. Mes compagnons d'infortune et moi, nous quittons sans regret cette île disgraciée et cette administration disgracieuse, et j'arrive à Montevideo,

Cette jolie ville est fort bien située sur une péninsule élevée qui s'avance dans la direction de l'ouest Au nord, s'arrondit une baie en demi-cercle, se terminant en face de Montevideo par un promontoire oii se dresse, à 148 mètres d'altitude, le Cerro, signalant aux navires l'entrée du port. Exposée aux fraîches brises du nord et dominant un bel horizon de rivages, Montevideo est une des cités américaines les plus gracieuses d'aspect Bâtie en pente sur le flanc de la colline péninsulaire, elle étage en amphithéâtre ses maisons, couvertes en terrasses, d'où l'on voit le port, la baie et la rade éloignée

L'Oriental, c'est ainsi que les citoyens de l'Uruguay se désignent eux-mêmes, est distingué, de manières affables, mais orgueilleux et de caractère fier et ombrageux; qualités ^ défauts qu'il tient de ses origines castillanes. La femme est, en général, très jolie, gracieuse et très intelligente. Son éducation, l'étude des langues et des littératures, un souci constant des choses inteliloctuellœ, lui donnent une supériorité qu'entretien-

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nent des goûts hautement artistiques et rendent son cCHmnerce des plus attrayants : c'est la Parisienne de TAménque du Sud, avec, en plus, un attrait créole tout spécial; et ceux qui ont pu l'apprécier ne contredîrcwit pas ce jugement ék^eux.

L'industrie locale à Montevideo, mult^le comme celle de toutes les grandes cités, comprend surtout de vastes saladeros. Pendant mon séjour en Uruguay, j'eus l'occasion de visiter un de ces établissements qui n'ont rien de similaire en France.

Le saladero est un établissement abattant uniquement des animaux pour la fabrication de la viande sèche ou du jus de viande concentré destiné à l'exportation.

Cette industrie existe également dans l'Etat de Rio Grande do SiU et en Ai^entine, mais elle est plus prospère en Uruguay que dans les deux autres pays voisins. Les totaux des bêtes abattues dans les saladeros de l'Uruguay donnent une moyenne pour les quatre dernières années de 689,350 têtes.

Les principaux établissements de Montevideo sont réunis au pied du Ctrro, cette colline située en face de Montevideo et qui indique en haute mer l'entrée du port A une lieue de là environ, se trouve la Tablada, marché spécial de bêtes à cornes où s'approvisionnent quotidiennement les saladeristas ou propriétaires de saladeros.

Le lot choisi et acheté est conduit au toral, enclos

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avoisinant l'établissement et se terminant par une manga, chemin étroit ne donnant passage qu'à un seul animal à la fois. Poussé dans ce passage, le pauvre bœuf arrive à une sorte de planche faisant bascule; sentant le plancher remuer, instinctivement il baisse la tête et reçoit un coup de massue qui l'assomme; la bascule joue et rejette le cadavre dans l'intérieur de l'établissement. Des ouvriers sont là, qui, prestement, avec une rapidité et une habileté prodigieuses, lèvent le cuir de l'animal encore chaud; ce sont les desolladores; un autre ouvrier cot^ la tête et les pattes et pousse le corps à un troisième qui l'éventre et le vide tandis qu'un quatrième dépèce la viande en longues lanières destinées à être sédiées. Toutes ces différentes opérations se font si vite qu'on ne peut en croire ses yeux, car la bête vivante tout à l'heure n'est déjà plus qu'un squelette sanguinolent! Mais il est tout aussi intéressant de voir ce que deviennent les différentes parties de l'animal

La viande découpée en longues et larges lanières,

ainsi qu'il a été dit, est passée au seccador. C'est un

vaste enclos planté de piquets rejoints entre eux par

des claies verticales sur lesquelles la viande est placée

à cheval, pour sécher sous l'action de l'aii' et du soleil.

La peau est jetée dans un trou en ciment appelé

pileta, dans lequel il y a une préparation d'eau salée

nomlmée salmuera. Le cuir mijote là dedans un jour ou

deux, puis s'en va grossir une' pile de salaison. La pile

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de salaison comprend environ 2,000 peaux; c'est un carré dont les côtés sont formés par des cuirs roulés et bourrés de sel. Dans ce carré on étend une première couche de sel par terre, puis une couche de cuirs, sur laquelle on jette du sel pour remettre une autre couche de cuir, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ait atteint la quantité de peaux indiquée et variant au gré des acheteurs de cuirs, qui, en commandant au saladerisla une pile de salaison, indiquent en même temps de combien de peaux elle doit être formée. On dit alors que le cuir est sous le sel {bajo sol). Il y reste de huit à quinze jours, mais l'intérêt du vendeur est qu'il soit enlevé le plus rapidement possible, car la vente se fait au poids, et plus les cuirs restent sous sel, plus ils sèchent et deviennent légers.

Voyons la tête, maintenant : on enlève tout d'abord le frontal et les cornes et on les fait sécher. Au bout de quelques jours, les cornes se détachent facilement, laissant la matière intérieure (comillon) adhérente au frontal Les cornes sont expédiées au Havre ou à Anvers pour les fabriques de peignes, boutons, etc.; le corntllon et le frontal s'en iront aussi en Europe, où on les réduira en poudre pour faire des engrais. La langue est vendue à des fabriques spéciales pour les conserves de langues; le museau et les oreilles sont séchés et expédiés en Europe, où on en fait de 'la colle à bon marché...

Le sabbt est «Kport^ pour engrais. Les nârfs et ten-

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dons sont séchés, mis en balles et expédiés aux fabriques de gélatine; la queue, coupée, débarrassée de son os, lavée et séchée, rejoint les tendons et les nerfs. Le sang, traité à la chaux, s'expédie en sacs aux fabriques d'engrais. Les intestins enfin, lavés, salés et séchés, sont exportés en Europe et vendus comme tripes à la mode de Caen !

Reste le squelette. Les os principaux sont sciés aux deux bouts, vidés de leur moelle et vendus à l'exportation pour la tabletterie ; le reste est brûlé et la cendre exportée par voiliers en Europe avec les autres parties destinées aux fabriques d'engrais... On le voit, il n'y a pas grand'chose de perdu!

La viande sèche (came secca) est surtout exportée au Brésil et aux Antilles, seuls consommateurs de cette denrée très spéciale.

L'industrie des saladerislas est la seule ayant un caractère local vraiment original II y a bien aussi des fabriques de bière, d'allumettes, etc., etc., mais elles ne se distinguent pas des usines similaires des autres pays.

On sait que Montevideo fcst à quelques heures de BucQOS-Ayres par le rio de la Plata, oe fleuve immense, formé de la réimion des rios Uruguay et Parana, si grand que même, à Buenos-Ayres, on n'aperçoit pas la rive opposée. Une compagnie fait un service biquotidien, de jour et de nuit, entre les deux grandes villes, «ffethitot le trajet en dbuze heluries enviroii. Ces

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bateaux sont construits avec un très grand iuxe d'aménagement, mais leurs trois étages de salons superposés impriment à tout le bâtiment un roulis accentué fort peu agréable pom les voyageurs enclins au fâcheux mal de mer.

L'arrivée à Buenos-Ayres, avec sa succession de ports encombrés de navires marchands de toutes les nationalités, avec ses docks interminables^ remplis de ballots de toutes les dimensions, au milieu desquels circulent des locomotives, des trains de marchandises, des gens agités qui crient et gesticulent, donne l'impression que, seules, peuvent donner, les grandes capitales du monde, et, à ce titre, on peut placer Buenos-Ayres au même rang que Londres, Paris ou New- York. On s'y sent, comme dans ces gr^ds centres, très seul, très petit, coudoyé, bousculé par des gens pressés qui courent à leurs affaires ou à leurs plaisirs. C'est une cité fiévreuse, toute jeime encore, et qui, pour rattraper ses devancières, met les bouchées doubles. C'eât, je crois, la seuJe ville de l'Amérique du Sud donnant cette impression ; c'est, du moins, la seule qui me l'ait (donnée.

Arrivé un matin, je me fis conduire par une voiture dans un des nombreux h6tels qui se disputent la faveur des voyageurs et défient nos meilleurs caravansérails parisiens, comme aiménagement et, encore mieux... comme prix.

Toutes les villes d'Amérique se ressentent de leurs

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DE PARANAGUA A BUENOS-AYRES 345 origines; Buenos-Ayres n'échappe pas à cette loi commune; et ceux qui ont visité l'Andalousie trouveront dans la capitale pampéenne de nonibreux souvenirs de ce pays, quelques réminiscences mauresques, l'arclûtecture et le langage des premiers conquérants. Mais ils verront aussi le souci de s'affranchir de cette origine et de se rapprocher au contraire des villes européennes les plus étrangères à l'Espagne. L'axe des relations internationales s'est déplacé; l'Amérique espagnole, après avoir tout reçu et tout imité de l'Espagne, ne lui demande et ne lui prend plus rien et se laisse aller très volontiers au mouvement cosmopolite envahissant. Buenos-Ayres, mieux qu'aucune autre cité hispano-américaine, montre ce dualisme intéressant : on y trouve de vieilles maisons de forme e^agnole, avec le patio ou cour intérieure gracieusement garnie de fleurs et de plantes vertes; on y voit des rues d'une largeur uniforme, et les cuadras, îlots carrés de maisons, coupés par quatre rues, sont édifiées comme à la première heure; mais on y voit aussi de belles avenues modernes, comme cette avenida de Mayo, oh les architectes ont fait assaut de bon goût artistique dans les édifices nouvellement construits, où les cafés, avec de larges terrasses abondamment pourvues de consommateurs, lui donnent un aspect très «boulevard des Italiens», qu'elle cherche peut-être un peu trop à imiter. Bien modernes aussi, ces immenses boulevards sillonnés de tramways électriques qui longent les

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docks, OU cette avenue semée d'hôtels somptueux qui mène à Palermo, le bois de Boulogne des Argentins. Et, vraiment, le premier sentiment de l'étranger nouveHement arrivé, c'est l'étonnement d'abord, l'admiration ensuite, pour cette cité élégante, riche et puissante que les Argentins appellent avec un orgueil légitime fie Paris de l'Amérique du Sud» et qu'ils pourraient appeler le Paris de l'Amérique tout entière; car les grandes cités du nord, avec leurs casernes de dixhuit étages, n'ont pas la grâce charmeuse de cette grande ville de la Plata.

Buenos-Ayres, comme Paris, est une ville de luxe, de plaisir et d'affaires.

J'ai vu, un jour de courses, toute l'avenue de Palermo, aussi large que la voie centrale de nos Champs-Elysées, remplie de voitures de imaître attelées d'une façon irréprochable ; les 'modistes et les couturières, françaises généralement, y font de rapides fortunes, et les bijoutiers n'ont pas lieu, je crois, de se plaindre des affaires. Plusieurs restaurants seraient dignes de rivaliser par leur service, leur cave, leur cuisine — et leurs prix — avec les maisons les plus réputées de Paris. Vingt-six théâtres ou concerts offrent tous les soirs au public des spectacles variés où tous les genres et toutes les littératures «ont représentés, et la statistique nous indique que les recettes se montent à une moyenne annuelle de plus de cinq millions de francs La salle de l'Opéra, un jour de mode, ou quand un grand artiste

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connu s'y trouve en représentations, offre un spectacle inoubliable, chaque loge étant garnie de jolies spectatrices qui rivalisent de luxe et d'élégance dans les toilettes et Tes parures endiamantées.

L'Argentin «chic» est très esclave du «jour de modei. Il y a un jour oîi il est de bon ton de se montrer dans la calh Florida, la rue oîi se trouvent les plus beaux magasins de Buenos-Ayies; il y a des courses «chic» où tout le moDde va, et d'autres où il n'y a que des joueurs endurcis; l'hiver, l'Opéra a ,son jour de mode, et ainsi de suite. Les jeunes gens ont une mise exagérément recherché^ je dirais presqiw trop irréprochable, et nos gommeux du boulevard sembleraient à peine vêtus, auprès des goimneux de la calle Florida.

Mais une note manque totalement à Buenos-Ayres poiH" en comp/léter l'agrément. Il est hors de doute que ce qui fait un des charmes de Paris, c'est la femme, la I petite femme 1 dont parlait M, Lavedan dans son discours de réception à l'Académie, la petite femme que vous retrouvez partout, embellissant tous les cadres : au restaurant, au théâtre, aux courses, sur les boulevards ou dans les faubourgs... la petite femme, riche ou pauvre, somptueusement mise ou simplement vêtue d'une jupe et d'une chemisette, mais trottinant toujours devant vous de son petit pied spirituel... Eh bien, à Buenos-Ayres, ce plaisir est refusé au promeneur et au badaud. Vous ne voyez jamais une femme au regtau-

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rant, même dans les plus réputés et les plus corrects : il serait de mauvais ton qu'une femme du monde y déjeunât avec son mari; s'ils s'y risquent, ils se cacheront dans un cabinet particulier. Tout Buenos-Ayres serait en révolution si un jeune homme connu était vu soupant dans la salle commune d'un cabaret avec une amie, et les plus fous n'osent pas le faire, bien que, croyez-le, les mœurs ne soient pas celles d'un couvent dans la capitale argentine. Les femmes, à part quelques professionnelles beautés, et encore très peu, ne vont jamais à pied dans la rue ; toujours en voiture ; on en est alors réduit à regarder de beaux messieurs dont les cravates t arc-en-ciel » ou ■ hortensia bleu » n'ont pas un charme suffisant pour nous faire oublier l'absence de toute grâce féminine.

On pense bien qu'avec tout ce luxe, dont je viens d'indiquer un peu plus haut quelques manifestations, la vie courante à Buenos-Ayres n'est pas à bon marché. Elle est invraisemblablement chère, surtout pour l'étranger arrivant d'Eure^, qui doit changer son or en papier, ses francs en piastres. Or, pour avoir une piastre ($), il vous faudra donner 2 fr. 20 ou 2 fr. 30 environ, et cette piastre ne présentera pas une valeur supérieure à vingt sous dans les menus échanges courants. Faites par exemple une heure de voiture; en donnant deux piastres vous serez un pingre, et, comme à Paris, votre cocher vous insultera si vous n'ajoutez pas un pourboire. Et cependant, au change, ces deux

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DE PARANAGUA A BUENOS-AYRES 249 piastres représentent 4 fr. 60 de notre monnaie... Et tout est à l'avenant. Le repas le plus simple coûte 3 à 4 piastres, c'est-à-dire de 6 fr. 50 à 9 francs; il est peu d'employés gagnant moins de 200 % par mois, soit près de 6,000 francs par an, mais qui, avec la cherté de la vie : loyer, nourriture, etc., représentent à peine 2,400 ou 2,500 francs d'appointements.

Buenos-Ayres, ville de luxe et de plaisir, est encore plus essentiellement une ville d'afifaires. Elle a attiré à elle toutes les transactions importantes de la république, bien qu'aujourd'hui Rosario, la Plata et quelques villes de l'intérieur aient, elles aussi, une vie active très intense. Les affaires se traitent là-bas sur de grandes échelles et le crédit y atteint des limites inconnues en France. Les banques y sont nomibreuses, et prospères en général, surtout depuis ces dernières années. Elles rivalisent entre elles de luxe dans leurs édifices, et les hôtels de la Lottdon and River Plat Banck, de la Banque française du Rio de la Plata, de la Banque allemande, des Banques espagnole et italienne, sont de véritables palais oii l'or et le marbre sont prodigués.

La vie oisive serait certainement lourde dans le bourdonnement continu de cette ville assoiffée de spéculations; aussi tout le monde se laisscnt-i! envahir par elles. Médecins, avocats, ingénieurs, députés ou sénateurs doivent s'occuper du prix des laines et du cours du change; tous sont plus ou moins éleveurs. Les

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échanges commerciaux ne sont pas seuls à i le marché financier. La République Argentine est comme tous les pays neufs un vaste terrain ■d'exploitation pour les capitaux étrangers qui y ont créé des usines à gaz et à électricité, des lignes de chemins de fer, de steamers fluviaux et de tramways, entrepris des travaux publics dans les villes et dans les pocts, installé des raffineries, des distilleries, des moulins, des établissements frigorifiques pour l'exportation des viandes, des fabriques de conserves, etc., etc. Donner le total des capitaux ainsi employés depuis trente années est au-dessus de la statistique; on peut l'évaluer à cinq milliards de francs, plus deux milliards pour la dette publique (i); il faut payer les intérêts ou les dividendes de cet énorme capital, et cela augmente d'autant l'activité du mouvement financier.

Celui qui arrive d'Europe pour entreprendre sur un marché aussi vaste et aussi compliqué quelques opérations de commerce devra s'y préparer par une étude approfondie, la moindre transaction, même de détail, donnant lieu à des calculs difficiles auxquels J'esprit doit se briser, en attendant qu'il puisse comprendre et apprécier une foule de questions auxquelles les affaires d'Europe ne l'ont nullement préparé. Il lui faudra connaître les besoins et les rouages d'un marché dont tous les grands pays d'Europe font le siège en conservant

(i) Ch. Wiennor.

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DE PARANAGUA A BUENOS-AYRES ast chacun leur individualité commerciale et teur action propre, saisir rapidement les questions complexes du change international, être renseigné sur les valeurs des signatures qu'on lui oÉfre, quand il doit couvrir en traites les débits d'Europe, etc., etc. Quelles que soient ses études antérieures, quels que soient son âge et les situations qu'il aura pu tenir auparavaot, l'émigrant nouvellement débarqué devra recommencer ici son apprentissage, sous peine d'être rapidement dévoré par l'activité fiévreuse de cette ville d'affaires qui comporte, ici comme ailleurs, son troupeau d'aigrefins et de courtiers marrons, sans cesse à l'aÉfût de la proie facile et naïve ; et sa science, et sa connaissance des hommes, et ses réussites en d'autres pays ne lui serviront à rien : la manière de voler change avec les latitudes; il faut l'apprendre povx pouvoir se défendre contre elle;

La base des transactions est l'élevage, source de la fortune nationale. Et avant tous autres le commerce des laines s'impose à l'attention du voyageur. L'Argentine exporte annuellement 205 millions de kilogrammes de laines. C'est un chiffre, et il n'y a guère que l'Australie qui lui dispute le premier rang comme pays producteur. Ce commerce s'est beaucoup transformé en ces derniers temps : on a une tendance générale à supprimer les intermédiaires. Les laines, qui étaient naguère entre les mains de la spéculation, s'achètent maintenant en grande partie aux heux de production par les négociants et même par les peigneuis et principaux

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fabricants. Il y a vingt-cinq ans, 8 % de la production lainière à peine s'importaient directement dans les centres manufacturiers d'Europe; le reste se vendait à la criée à Londres et sur d'autres places. Aujourd'hui, l'Aigentine envoie 75 % de sa production directement, sans passer par les marchés intermédiaires. Elle a été aidée en cela par certaines compa^ies de navigation, comme les Chargeurs-Réunis, par exemple, qui prennent les balles à Buenos-Ayres, pour les remettre à Roubaix ou à Tourcoing. Elle a obtenu aussi ce résultat par elle-même, en offrant aux acheteurs et aux vendeurs un marché aux laines qui est unique au monde comme aménagements.

C'est une ville, que ce marché, qui peut contenir dans ses immenses magasins 16 millions de kilogrammes de laine Les achats ne s'y font pas par enchères publiques, mais de gré à gré. Voici comment on ■procède : l'éleveur expédie sa laine sur le marché, telle qu'il l'a prise sur le dos de la bête; elle n'est pas pressée, à peine triée. A Buenos-Ayres, soit qu'un consigna ta ire-commissionnaire la reçoive pour le compte du propriétaire, avec mission de la vendre, soit qu'il l'ait déjà achetée à ce dernier pour son propre compte, elle arrive en wagon au rez-de-chaussée du marché, et est montée par ascenseur au premier ou au second étage, où elle est mise en un ou plusieurs lots. C'est là que l'acheteur, agent ou représentant d'une ou plusieurs maisons d'Europe, viendra l'examiner, la palper, la sen-

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tir et l'acheter s'il la trouve à son goût. Elle est alors dirigée vers les magasins de l'adieteur, ■totijours situés aux environs du marché; là, elle est pressée et mise en balles, au moyen de machines spéciales, puis expédiée en Europe. L'acheteur n'a pas à se préoccuper seulement de la mise en balles et de l'expédition de sa marchandise; il faut encore qu'il couvre son achat par Une opération de change en Bourse.

Un exemple sera peut-être nécessaire pour expliquer cette opération ; il aura l'aviantage de corroborer ce que je disais un peu plus haut sur les difficultés de toutes sortes qui attendent le nouveau venu dans n'importe quelle branche du commerce argentin :

Vous achetez, je suppose, pour 100,000 $ de laines, payables fin courant. Le jour de votre achat, la piastre vaut 2 fr. 30; c'est donc 230,000 francs qu'î'l vous faudra verser à la fin du mois; c'est sur cette somme que vous avez basé le prix de revient de votre achat, rendu en Europe. Fin courant, la piastre a monté et vaut 2 fr. 50; c'est 250,000 francs qu'il vous faut maintenant pour donner les 100,000 ? promises à votre vendeur, soit 20,000 francs de plus pour vous. Pour obvier à cet inconvénient, vous devrez donc, le jour où vous achèterez votre laine, vous rendre à la Bourse et acheter 100,000 ? pour fin courant; en un mot, vous couvrir contre le risque possible d'une hausse du change. Cette opération est courante et se pratique sur une si vast* échelle, que les boursiers vous disent que tous les ans,

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3S4 FAZENDAS ET ESTANCIAS

au moment de la vente des laines, la piastre monte, pour rebaisser ensuite, en vertu de la loi de l'offre et de la demande. Mais combien toutes ces questions de spéculation ne demandent-elles pas de pratique et de science, en dehors du métier lui-même que vous prétendez exercer, puisque le moindre écart dans vos achats ou vos ventes peut vous procurer un suiplus dt bénéfice appréciable ou ui»e perte sensible!,..

Le joiu: où je visitai le mardié aux laines de Buenos- Ayres, il faisait une chaleur terrible, et le marché couvert en vitres était un véritable four crématoire Cet été passé en Argentine fut, du reste, exceptionnellement chaud, au dire des gens du pays. Ceci me rappelle le mot amusant d'un diplomate chez qui je fus reçu au début de mon voyage. Comme quelqu'un disait que l'année était exceptionnelle conune chaleurs précoces ! «'Ne vous étonnez pas, me dit le spirituel ministre; moi, dans tous les pays oii m'a conduit ma carrière, je suis toujours arrivé une année exceptionnielle t • Et depuis, j'ai pu apprécier ce sage avertissement : en quelques mois j'ai vu une année exiceptionnelle comme sécheresse prolongée dans les Etats de Rio et de Saint-Paul, exceptionnelle comme pluies dans les Etats du Parana et Rio Grande do Sul, et exceptionnelle encore comme chaleurs mortelles dans la Plata... Je ne doute pas que lorsque j'irai au pôle nopd ma malchance ne me fasse tomber sm un hiver ejrtjeptiefnneltemiint rigoureux.

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Quoi qu'il en soit, j'ai vu dans une rue de Buenos- Ayres un thermomètre marquer 4g degrés à l'ombre... On respirait du feu, et, pendant quelques jours, une véritable panique s'étendit sur la ville en raison dugrand nombre d'insolations provoquées par l'extrême chalem: et de l'augmentation du nombre des décès dans des proportions effrayantes. Les nuits étaient à peu près aussi chaudes que les journées, et il n'y avait guère qu'à Palermo ou au Tigre qu'on pouvait espérer trouver une fraîcheur relative.

Palermo est situé au bord du âeuve et près des quartiers élégants. Ce magnitique parc, que décore une beQle allée de palmiers, était, par ces chaudes soirées, sillonné de voitures, et l'établissement situé tout au fond n'avait pas assez de tables pour les nombreux clients, ni assez de bière pour désaltérer des centaines de gosiers desséchés!

Le Tigre est une petite ville de vill%iature, située à quelques lieues de Buenos-Ayres, au bord de l'eau, dans le delta du rio Paiana, à l'endroit où il joint ses eaux à celles de l'Uruguay pour former le majestueux rio de la Plata.

Le site est enchanteur. Le canot glisse silencieux sur cette rivière paisible semblant s'attarder à plaisir dans le chapelet des petites îles qui eiKombrent son lit, et sur lesquelles de jolies constructions évoquent les chalets suisse» ou les coquettes villas de la banlieue parisienne. Derrière les massifs de rosiers, Mi aperçoit

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parfois la silhouette gracieuse d'une jeune femme parcourant d'un regard distrait les pages du dernier roman français, évocateur du prestigieux Paris.

Car les Argentines lisent beaucoup et se tiennent très au courant de tout ce qui s'écrit, se fait ou se dit dans notre pays. Leurs journaux les renseignent Quelques-unes de ces feuîHes quotidiennes sont des modèles que nous pourrions copier, car, américaines par l'information rapide, donnant le soir même les faits et les gestes de la journée du monde entier, câblés par leurs correspondants spéciaux, elles sont aussi européennes par la forme littéraire de leurs articles et l'originalité de l'inédit De ce nombre, il y a lieu de citer tout particulièrement la Prensa {la Presse), journal du matin, et El Tiemfo (Je Temps), joiimal du soir, de création plus récente, mais qui a pris très vite une grande extension, grâce à l'intelligente direction de son propriétaire, héritier d'un grand nom, et qui ne ment pas à ses origines.

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