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D'après ce tableau, le cours du change étant affiché un peu partout, et se trouvant dans tous les journaux, il est facile de se rendre compte de la somme que doit donner un changeur pour la somme que vous désirez changer.
Mais ce qui est tout simple pour le touriste le devient moins pour le commerçant et plus particulièrement pour le commerçant importateur. En effet : ja suppose être un importateur de vins de Bordeaux faisant venir pour mille francs de marchandises (1,000 fr.). Le change, au jour de la réception de cette marchan-
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dise, est à i,ooo (9 "7/,^), c'est-à-dire qu'Un franc représente presque exactement iin mUrtit. Si je veux gagner un bénéfice honorable de 25 %, par exemple, je dois vendre le total des marchandises reçues 1,150 fr., c'est-à-dire 1,250 milreis ou i conto 250 milreis (1,250 $ 000).
MoD fournisseur de vins de Bordeaux a tiré sur moi pour se couvrir de ses 1,000 francs de marchandises une traité de 1,000 francs à 90 joura Or, trois mois après la réception des marchandises, le jour où je dois payer les 1,000 francs, le change a baissé et se trouve à 1400 (S "/,s), c'est-à-dire que je dois donner I conlo 400 milreis (1400 $ 000) pour payer ma traite de 1,000 franco, qui, elle, représente des marchandises | queje n'ai vendues que i conto 250 7«/7«w (1,250 $ OOO). , Par le fait de la baisse du change, je perds mon bénéfice, plus 150 milreis (150 $ 000) que j'ai dû ajouter de ma poche pour parfaire les 1,000 francs.
On pourrait m'objecter que le change, au lieu de baisser, peut avoir monté pendant ces trois mois qui séparent la réception de mes marchandises de la date de leur payement, et qu'alors c'est un bénéfice nouveau qui vient s'ajouter à mon bénéfice prévu. Cela est vrai; mats alors nous tombons dans l'agio et la spéculation et nous ajoutons un élément nouveau aux difficultés déjà nombreuses du comimerce dans ces pays, difficultés sur lesquelles j'aurai l'occasion de revenir. Si nous envisageons maintenant les conséquences de
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la baisse du change au point de vue de l'exportation des produits brésiliens, qui se bornent à peu près jusqu'ici au café et un peu au caoutchouc, nous devons reconnaître que la baisse serait plutôt favorable à ces produits; mais néanmoins les fluctuations du change doivent forcément influer sur les transactions et en paralyser un peu l'activité, car l'exemple qui a été pris plus haut pour l'iroportateur dans Qe sens de la baisse peut être repris pour l'exportateur dans le sens de la hausse, et tout négociant ici — importateur ou exportateur — doit être doublé d'un spéculateur qui sera attentif aux moindres fluctuations du change et aux bruits de la Bourse, un iécart de 1/16 ou 1/8 de point pouvant avoir pour lui, s'il opère sur une grande échelle, les plus désastreuses conséquences.
Pour l'agriculteur proprement dit, ces conséquences se font moins immédiatement sentir; cependant il en subira finalement les effets fâcheux, parce qu'il payera ses machines agricoles ou les objets manufacturés dont il a besoin beaucoup plus cher, le négociant qui les lui vendra devant majorer ses prix dans de notables proportions. Et puis, jusqu'à présent, le fasendeiro brésilien s'est surtout occupé de la culture du café. Ainsi que nous le venons par la suite, il a négligé l'élevage, la culture des céréales, des légumes, des fruits, etc II s'est contenté de planter, de récolter et de vendre son café, s'en remettant à d'autres du soin de lui fournir du pain, de la viande et des légumes pour se nourrir, et
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des vêtements pour s'habiller. Tout cela, on l'apporte au Brésilien, et naturellement c'est lui, en fin de compte, qui paye les dé&cits éventuels de la baisse ou de la hausse du change. Si le Brésil produisait lui-même tous ces produits de première nécessité, — et il peut les produire, — la situation changerait complètement.
Je ne prétends pas indiquer les causes de la baisse du change, n'étant ni un financier ni un économiste. Elles sont du reste très complexes, et tout le monde ne s'accorde pas sur les origines de cette baisse.
II y a un fait certain : le change en 1875 était à 28 3/8, c'est-à-dire au-dessus du '^air; on le voit à 21 1/2 en 1887, et, depuis, il baisse continuellement (avec quelques soubresauts), pour arriver à moins de 6 en 1898 et remonter en 189g aux environs de 7 1/2 et 8 (I).
On ne peut contester cependant qu'une des principales causes, celle, en tout cas, que l'on s'explique et que l'on comprend le mieux, est l'aAjus de la facuJté d'émission du papier-monnaie.
Il y a encore très peu d'années, la circulation du papier-monnaie était de 175,000 contos de reis
(i) Depuis le mois de janvier 1900 (époque où j'écrivais ces lignes), le change a monté dans des proportions fantastiques. De 8, il s'est éleré à 10, puis à ta et à 14. A mon avis, cette hausse, que je prévoyais à cette date, ainsi qu'on le lira plus loin , et qu'aujourd'hui comme hier j'attribue en grande partie à la sage et prudente administration du président Campos-Salles, n'a pas dit son
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(l7S,O00,cxx) $ ooo) ; aujourd'hui, le papier mis en circulation par le Trésor et les banques d'émission représente «une valeur de 750,000 contos de reis (750,000,000 $ 000).
Ceci revient à dire que 175,000 contos représentaient l'escompte de la fortune publique, et, aujourd'hui, cette même fortune est hypothéquée pour 750,000 contos. Cette fortune n'ayant pas augmenté dans les mêmes proportions, la confiance s'est limitée, le crédit s'est retiré.
On pourrait dire qu'à l'heure actuelle le Brésil se trouve dans la situation d'un propriétaire qui a trop emprunté sur son champ. A la fin, il trouve encore de l'argent, mais à des taux tout à fait exagérés. Le Brésil a escompté sa fortime en émettant du papier-monnaie. Les places étrangères avec lesquelles il est en relations lui ont pris ce papier pour un prix convenu, mais lorsque ces places ont reconnu que ce papier ne représentait plus la valeur primitivement convenue (et effective au début), elles ne l'ont plus accepté que pour la valeur qu'elles croyaient pouvoir encore lui donner.
Est-ce à dire que le change doive encore baisser et ne jamais se relever? Qu'il doive encore baisser, c'est possible; parce que cette baisse est soumise non seulement à des lois économiques, mais encore — et surtout — à la spéculation. Et la spéculation ne se raisonne pas. Mais je crois que dans un temps plus ou
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moins éloigné le change, qui devrait être en quelque ■ sorte le thermomètre de la fortune publique, devrait se relever.
En effet, le Brésil!, dont la principale fortune, je l'ai déjà dit, est le café, traverse en ce moment une crise sur laquelle je reviendrai par la suite : son café se- vend très mal Des fazendeiros sont obligés d'abandonner la culture du caféier et de demander à la terre des produits nouveaux. Il en résultera bien-tôt de nouveaux éléments de richesse, et, si l'on sait être sage et ne plus émettre de papier, la fortune publique, s'enrichissant de ces nouveaux éléments, deviendra plus en rapport avec l'escompte qui en avait été fait un peu trop vite; la confiance alors renîûtra, et le change pourra voit des jours moins sombres.
Le gouvernement actuel, qui a à sa tête un homme éminent, comprend ainsi son devoir. Les engagements pris avec ses créanciers sont écrasants pour lui, et pour les remplir, sacripant sa popularité à la loyauté et à l'intérêt supérieur du pays, il s'impose les plus durs sacrifices. Mais ses efforts seront récompensés. Quand on verra, en Europe, qu'il a rempli tous ses engagements, on reprendra confiance en l'avenir immense du Brésil; on voudra connaître de plus près ses richesses et ses ressources, et une ère nouvelle de prospérité s'ouvrira pour lui.
Ce sera la gloire du président Campos-Sallea de l'avoir prévue et préparée, malgré les obstacles que
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des adversaires peu scrupuleux essayent de dresser sur sa toute, et l'Histoire saura reconnaître tout son mérite; à son nom, elle ajoutera celui du docteur Joacbini Murtfiinho, le très éminent ministre des finances.
Mais cette digression nous a entraînés bien loin de mon changeur de la rue l "-de-Mars... En sortant de chez lui, nous allons, par la fameuse rua Ouvidor, au télégraphe, c&bler notre bonne arrivée sur la terre brésilienne. Tous ceux qui, dans leurs voyages, ont touché barre à Rio-de-Janeiro connaissent la rue Ouvidor. En l'indiquant comme la plus belle rue de Rio, on tromperait étrangement le lecteur; maïs je dois reconnaître que c'est la rue la plus à la mode, et je le regrette, car franchement il en est, même dans le centre de la viHe, de beaucoup plus agréables, comme par exemple cette rue i"-de-Mars, qui est grande, bien aérée et d'un bel aspect.
La rue Ouvidor occupe à peu près le centre de tout le quartier qu'on pourrait appeler la cité de Rio. C'est là que sont installés toutes les banques, tous les journaux, tous l«s grands magasins, etc. Mais les rues qui sillonnent ce quartier ne sont pas du tout en rapport avec l'importance des affaires qui s'y traitait. Elles sont étranglées, mal pavées, avec, au milieu, une rigole remplie d'une eau noire croupissante, qui doit être un merveilleux bouUlon de culture pour tous les microbes de toutes les maladies connues et inconnues. Les trottoirs ( ?), marqués par des dalles, au même niveau que
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la rue elle-même, adoucissent peut-être la marche du piéton, mais ne protègent sa personne que d'une façon très approximative contre l'incroyable imprudence des cochers de tilburys. Aussi il n'est pas rare, alors que vous êtes en conversation animée avec un ami, de le voir sursauter tout à coup et changer rapidement de pflace... Ce n'est rien; il vient simplement de recevoir ime roue de voiture dans le dos.
La rue Ouvidor est le prototype de ces rues; c'est celle de tous les magasins de grand luxe, celle où se promènent de cinq à six tous les dandys et toutes les élégantes de la ville, dans des toilettes, ma foi, souvent charmantes. Eh bien, dans cette rue si fréquentée, deux voitures se croisent difficilement.
De plus, la ville a un régime d'égouts tout à fait défectueux; on pourrait même dire qu'elle n'en a pas du tout, car les tronçons qui ont été faits ont été mal faits. D'un entreti«i difficile, fls sont souvent bouchés et deviennent un mal au lieu d'être un bien. Il en résulte dans toutes ces rues une odeur fort désagréable, et qui devient intolérable par les chaudes journées d'été.
On comprend que dans ces conditions, pour l'étranger nouvellement débarqué, ayant seulement parcouru Ja rue Ouvidor et les rues adjacentes, l'impression première soit plutôt pénible. Elle s'efface par la suite, quand on voit les beaux quartiers neufs du Corcovado ou de Botafogo; mais tout ce quartier n'en reste pas moins une tare pour une grande cité comme Rio-de-
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Janeiro, qui est bien, par la circulation, l'animation de ses rues, ses monuments, ses beaux magasins, etc, la grande capitale d'un très grand Etat.
Nous quittons en grande hâte la rue Ouvidor et prenons le bond pour nous rendre à l'hôtel. Il y a peu de villes où les communications soient aussi faciles, aussi nombreuses et à aussi bon marché qu'à Rio-de- Janeiro. Je laisse toutefois de côté les yoitures, qui sont, ici, de hauts tilburys à une seule place, à côté du cocher, dont les tarifs un peu fantaisistes sont toujours très élevés pour le novice qui s'explique mal en portugais. Ces automédons ne connaissent point d'obstacles : ils coupent les rails, entrent dans les tramways, franchissent des tranchées, montent sur les trottoirs et sur les piétons et secouent abominablement leur malheureux client.
Heureusement il y a 'le bond ou tramway.
L'origine du mot bond mérite d'être rapportée ; au moment oiî fut inaugurée la première ligne de tramways de Rio, il venait d'être fait une émission de rentes publiques que l'on appela d'abord bonds et au sujet desquels s'éleva une violente polémique. La compagnie de tramways mit en circulation des billets de passage qui n'existent plus aujourd'hui; l'imagination populaire rapprocha les deux faits et les appela également bonds. Par une transition naturelle, ce mot passa à la ligne et aux voitures elles-mêmes et est aujourd'hui le seul employé au Brésil.
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La ville de Rio-de-Janeiro a une superficie de près de 2,500 hectares et, comme elle est parsemée de nombreux moros qu'il faut contourner, les distances y sont très considérables : de la pointe du Caju au Jardin Botanique, on compte 22 kilomètres; du col de la Tijuca au même point, on en compte 26; c'est dire que les moyens de communication sont indispensables si l'on veut circuler un peu. Aussi les bonds sont-ils très répandus; on en a pour toutes les directions, se succédant à une allure rapide et sans intervalles appréciables. On monte partout : près du conducteur, près du receveur, et même sur les marchepieds quand on ne trouve pas de place à l'intérieur et qu'on est trop pressé pour attendre le suivant Tout le monde prend le bond : on y rencontre des membres du corps diplomatique à côté des gens du peupûe et des négresses vaguement chaussées de sandales pour dire qu'elles ne vont pas nu-pieds, auquel cas on refuserait de les recevoir... Cet usage du éond est tellement répandu à Rio, et les voitures y sont tellement hors de prix, qu'il n'est pas rare de voir toute une noce aller à l'église, à la mairie... et au bal en bondf Les compagnies tutélaires ont même construit à cet effet des tramways spéciaux, un peu plus confortables et dorés sur tranches. Il n'est pas rare de prendre un tramway et d'être arrêté sur la route par un de ces véhicules, attendant que la blanche fiancée ait fiiii de se parer et de se pomponner pour paraître en public Quand c'est
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une négresse, ça n'en finit plus! Tous les tramways, qui ne peuvent pourtant pas passer par-dessus celui du mariage, arrivent les uns après les autres, et conducteurs, receveurs et voyageurs attendent patiemment le bon vouloir des «gens de la noce». Quand ils sont enfin prêts, tous les bonds repartent les uns après les autres, formant cortège et semblant faire partie de la famille. Cela peut être amusant quand on n'est pas presse, mais quand on a un rendez-vous important à l'autre extrémité de la ligne, c'est moins gai; il est vrai que sous ce tiède climat le temps ne semble pas être de Valurent, et l'homme pressé qui court à ses affaires est une espèce très rare, presque inconnue !
Pour nous rendre à l'hôtel, il nous faut traverser une partie de la ville, toute pavoisée aux couleurs brésiliennes et argentines, Rio-de- Janeiro est en fête pour la réception du générai Roca, président de la République Argentine. A chaque instant, nous croisons des victorias attelées de deux mulets et escortées de deux cavaliers qui ont très bon air sur leurs petits chevaux au galop. Ces voitures transportent des autorités se rendant au palais présidentiel, où il y a réception.
Nous croisons également une cavalcade très bizarre, dont la rédame semble faire tous les frais : en avant sont des cavaliers dans des accoutrements extravagants, ainsi qu'il convient à toute cavalcade qui se respecte; des chars de musiciens viennent ensuite précédant une longue file de négresses tout de blanc
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habillées et portant de petites bannières blanches sur lesquelles sont inscrites des réclames de marchands d'allumettes, de carrossiers, de tailleurs, etc II y a ainsi une (^ntaine de jeunes négresses sur deux files, toutes uniformément en blanc Et ce blanc sur ce noir est du plus amusant effet.
Après le dîner, à Thôtel, on me propose d'aller voir les illuminations; maïs je décline l'invitation, et, fatigué par cette première journée, je m'essaye à trouver bons les lits brésiliens, qui sont un peu durs et sans traversins, mais où je dors bien tout de même, la fatigue surmontant mon manque d'habitude des moustiques, dont la moustiquaire me protège d'une façon tout à fait insuffisante.
La seconde journée de mon séjour à Rio fut en majeure partie employée à retirer mes bagages de la douane. Je vous prie de croire que ça n'est pas une occupation récréativa Tandis que j'attends patiemment mon tour pour l'ouverture de mes malles, nous causons, mélancoliquement assis sur un colis quelconque, avec quelques commerçants français de la place de Rio dont j'ai fait la connaissance pendant la traversée à bord du Brésil et qui sont venus comime moi retirer aujourd'hui les gros bagages qu'ils n'ont pu emporter hier avec eux. Bien entendu, c'est sur la question douane et tarifs douaniers que roule notre entretien.
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Je n'étonnerai personne en disant que ces négociants, qui sont des importateurs, se plaignent tous des droits d'entrée formidables dont sont frappés les produits importés. Je crois, en effet, qu'il y aurait beaucoup à faire de la part du gouvernement français pour rdever notre cxymmerce complètement en décadence dans ce pays.
Et voici comment :
On sait que le café est une des principales sources d'«ïportation du Brésil (i). Or, le café valait au moment de mon passage à Rio 800 reis le kilo, c'est-àdire moins de o fr. 80. II paye en France i fr. 56 de droit par kilo, ce qui est un droit presque prohibitif et qui ne «'explique par aucune raison, la production de nos colonies étant bien inférieure à notre consommation, et par conséquent la théorie du protectionnisme, chère à M, Méline, n'ayant rien à voir ici. Naturellement, le Brésil, par réciprocité, met des droits formidables sur nos vins et nos objets manufacturés, tandis qu'il passe des traités de commerce avec de grands pays, concurrents du nôtre, qui lui prennent son café mais lui écoulent tous les articles qu'ils produisent euxmêmes aujourd'hui, et dont nous avions le monopole autrrfois.
J'ai vu un commerçant en modes payer, pour deux ou trois chemisettes de dames et quelques jupons de soie destinés sans doute aux élégantes de la rue Ouvî-
(1) Exportation totale du Brésil : 831,806 contos de reis. Exportation da café : 509,190 contos de reis.
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dor, 700 milreis de droits. C'était un peu plus du prix de la marchandise prise chez le fabricant en France... Nos vins sont également frappés de droits qui vont jusqu'à 2 mil sera reis (2 $ sco) par litre!
Si, au contraire, la France entrait dans la voie des concessions, si on pouvait établir un traité de aammerce sur des bases équitables, il serait beaucoup plus facile à nos commerçants d'écouler leurs machines agricoles, leurs jupons, leurs articles de Paris et leurs vins, et ils pourraient lutter avec plus d'avantages contre leurs concurrents nord-américains, anglais, allemands, italiens ou portugais.
Pour les vins surtout, il y aurait lieu d'obtenir une diminution sur les vins peu chargés d'alcool. Comme ceux qu'on importe du Portugal ou d'Italie sont bien supérieurs comme degrés d'alcool à nos vins français, nous pourrions alors lutter avec un avantage marqué.
Le gouvernement français a compris son devoir en cette occurrence, et, en juillet dernier, les pourparlers engagés sur ces questions entre k France et le Brésil, depuis l'année dernière, ont abouti à la conclusion d'un modus Vivendi où il a été convenu que, moyennant une réduction de 20 francs sur les cafés en France, ses produits payeraient au Brésil la taxe vtinima des droits d'importation. La taxe réductïve a été votée par la Chambre; elle est soumise actuellement à l'approbation du Sénat.
Il ne faudrait pas cependant aller trop loin dans la
voie des cancessions, car notre importation dans le pays (44 millions de francs) n'est pas comparable à l'exportation du café brésilien en France, qui atteint 118 millions. Les béné&ces retirés de l'an^rmentation de notre exportation ne pouiront donc jamais, et en aucun cas, égaler le déficit que ferait à notre budget de recettes une diminution trop brutale des droits d'entrée sur le café:
Mais de là à ne rien accorder du tout au Brésil, et même à augmenter encore les droits sur les produits brésiliens, il y a loin, et l'intransigeance en matière commerciale a des limites qu'il est imprudent de dépasser. C'est ce qu'ont très sagement compris les deux gouvernements, et il y a lieu de les en féliciter.
Cependant notre conversation a duré suffisamment longtemps avec ces messieurs pour permettre aux inspecteurs de la douane de nous taxer à leur aise. Les rai^ des causeurs s'éclaircissent peu à peu. Mon tour vient enfin, et je dois payer 50 $ 000 de droits pour quelques menus objets dont je ne prétendais pourtant pas faire le commerce... Mais enfin il n'y a qu'à s'incliner... et à payer.
J'ai dit que Rio-de- Janeiro était une grande ville par ses monuments. Il y a en effet quelques pailais et quelques églises qui sont à remarquer, bien que le goût n'en soit pas toujours très pur et nous étonne quelquefois. TeMe, par exemple, cette église cathédrale de construction récente, qu'on m'a montrée comme un chef-
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d'œuvre, qui a dû coûter fort cher, mais où le marbre et l'or, distribués à profusion, alourdissent encore ■l'architecture intérieure du monument Combien je lui préfère la jolie petite église de Nossa Senkora do Carmo (N.-D. du Mont-Carmel), située dans la rue l"-de-Mars et qui possède des boiseries sculptées de toute beauté ! C'est une des plus anciennes : elle date, je croîs, de 1770. Une des originalités qui frappent !e plus le visiteur est celle qui consiste à habiller les bons saints qui ornent les temples de vêtements qui prétendent être somptueux eit nous semblent grotesques, sans doute parce que nous n'en avons pas l'habitude. J'ai retrouvé cette coutume partout oti je suis passé.
Dans la même rue i"-de-Mars se trouvent encore une autre église qui appartient à une confrérie militaire, le vaste hôtel de la Poste et celui de la Bourse, qui vient immédiatement après.
Je viens de dire qu'une église appartenait à une confrérie. C'est ici le cas de presque toutes les églises, car, au Brésil, il y a séparation de l'Eglise et de l'Etat et liberté absolue des cultes. Il en résulte une foule de fondations et de confréries religieuses, sortes de tiers ordres qui entretiennent leurs prêtres, leurs temples, etc. A Rio, les corps des décédés ne passent pas pair l'église; on les conduit directement au cimetière, où le prêtre de la confrérie à laquelle ils appartiennent dit quelques prières; quelques jours après, une messe est dite dans la cbapdle de la confrérie. S'il n'appar-
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tient à aucune association religieuse, le défunt s« passe de messe et d'eau bénite. J'ai cru devoir rapporter cette coutume qui nous change si complètement de ce que nous voyons en France, où le fait de ne pas passer par l'église en allant au cimetière constitue, si j'ose m'exprimer ainsi, une profession de foi posthume de libre penseur.
Les enterrements n'ont pas d'ailleurs l'arllure solennellement triste qu'ils revêtent en France et surtout à Paris. Les corbillards ici sont dorés de tous les côtés, attelés de quatre mules, et vont toujours au grand trot ou au galop. Cela donne plutôt l'impression d'un cortège officiel se rendant à quelque gala, que d'un malheureux que l'on conduit à sa dernière demeure. C'est, par^t-il, par mesure de salubrité que Ton met tant de hâte à se débarrasser de ceux qui ne sont plus, à cause de la redoutable fièvre jaune, qui est toujours, ici, répouvantail pour tout le monde.
J'ai causé avec un grand nombre de personnes de ce terrible fléau, pendant mon séjour à Rio-de-Janeiro. Presque tous les étrangers établis depuis de nombreuses années dans la capitale du Brésil ont éprouvé les premières atteintes du mal. Je dis les premières atteintes, car lorsque la fièvre est bien déclarée, tout secours humain est désormais inutile.
Quand vous êtes à Rio, sans avoir une peur exagérée de la fièvre jaune, qui tue surtout les imprudents, il est bon de prendre les précautions suivantes 1 évitez
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avec soin d'aller au soleil, oe buvez aucune boisson glaoée, et si, dans la journée, vous avez soif, prenez de préférence un café bouillant qui désaltère beaucoup mieux du reste que tous les bocks et les demis des brasseries du boulevard des Italiens. Ne vous chargez pas l'estomac, ne mangez pas de fruits et supprimez les dîners copieux largement arrosés de vins, généreux peut-être, mais dangereux, et les soupers fins au sortir du théâtre. L'embarras gastrique, on l'a remarqué, est le point de départ de la fièvre.
Si malgré ces précautions vous récoltez tout de même le microbe, les symptômes, très caractéristiques, paraît-il, ne peuvent vous tromper ; mal de tête violent, courbatures dans les reins et les articulations, jambes flageolantes. Dans ce cas, n'hésitez pas une minute : foiurez-vous au lit, avalez 60 grammes d'huile de ricin pure, et tâchez, par tous les moyens connus, de transpirer tant que Vous pourrez; en dernier lieu, faites appeler le médecin, mais ayez bien soin de ne pas l'attendre pour faire tout ce qui vient d'être dit. Dans ces conditions, vous enrayez presque toujours la fièvre et en êtes quitte pour la peur; mais quand on le prend trop tard, le remède devient inefficace, et c'est alors une mort terrible.
La fièvre jaune sévit surtout pendant les mois de grandes chaleurs : en décembre, janvier, février et mars. Tous ceux qui le peuvent quittent Rio à cette époque de l'année et s'en vont habiter dans la mon-
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tagn€, à Pétropolis, à la Tijuca, etc, ne redescendant que pour leurs affaires. C'est évidemment un préservatif, mais il ne faut pas en conclure que vous êtes totalement à l'abri de la maladie et faire comme un jeune homme que j'ai vu absorber à Rio des litres de bière glacée sous le prétexte qu'il habitait à Sainte- Thérèse (l). On peut très bien prendre le microbe à Rio dans la journée et s'en aller mourir dans la montagne.
J'ai lu également que la fièvre s'attaquait de préférence aux étrangers nouvellement débarqués et non acclimatés. C'est possible; mais de ce que l'on n'a été malade ni le premier ni le second été, il ne faut pas se proclamer insensible au mal et en profiter pour supprimer toute hygiène et toute prudence. Et c'est là ma conclusion, ou plutôt le résumé de toutes mes inlerviews sur ce sujet : il faut, toujours et toujours, être prudent à Rio-de- Janeiro, car la fièvre tue surtout les insouciants et les imprudents.
Dès les premiers jours de mon arrivée, je m'étais naturellement rendu au consulat de France. Le consul de France, M. Ritt, se mit tout de suite à ma disposition de la façon la plus charmante. M. Ritt, qui est encore un homme très jeune, après avoir été quelques années au consulat de Saint-Paul, a été désigné il y a deux ans pour le poste consulaire de Rio. J'ai souvent
(i) Faubourg de Rio, très élevé.
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S2 FAZENDAS ET ESTANCIAS
entendu attaquer en France la nonchalance et l'apathie de nos consuls à l'étranger pour la défense des intérêts qui sont confiés à leur garde et à leur diligence. M. Ritt semble prendre à tâche de démentir cette opinion peut-être aussi exagérée qu'elle est répandue. On peut aller au consulat le matin ou le soir, à n'importe quelle heure : on trouve toujours le consul et on est toujours reçu avec la même affabilité, la même bonne humeur, le même désir de vous être utile ou agréable. Dépassant les limites que lui dicte son devoir, M. Ritt ne se confine pas rigoureusement dans ses fonctions consulaires et cherche à faire de son consulat un lieu de réunion pour la colonie française. Il n'est pas pour les administrés de sa circonscription consulaire un magistrat solennel et inutile ; c'est un ami toujours prêt à rendre service à qui le vient consulter. J'ai été personnellement accueilli par lui avec une bienveillante cordialité dont je tiens à le remercier à cette place.
Il est d'ailleurs bien secondé par M. Ardîn, chancelier du consulat, qui a accompli presque toute sa carrière dans l'Amérique du Sud, et sait fort judicieusement apprécier les hommes et les choses de ces pays. Je n'ai garde d'oublier aussi M. Follet, secrétaire particulier, qui se mît si obligeamment à ma disposition pour me faire visiter la ville et dont l'aimable compagnie a été pour moi un des principaux attraits de mon séjour à Rio.
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C'est M. Follet qui me mit en rapport avec M, Morel, directeur de l'Etoile du Sud, le seul journal français au Brésil, et le seul qui ait survécu à toutes les concurrences pendant vingt-huit ans, grâce à l'activité intelligente de son directeur. M, Morel est depuis trente ans au Brésil II a laissé une de ses jambes sous un tramway, et les méchantes langues disent qu'il y a laissé aussi son bon caractère et n'a gardé que le mauvais. Pour ma part, je ne m'en suis pas aperçu. M. Morel, énergique et franc au delà de toutes limites, dit toujours en face ce qu'il a à dire, et ceux mêmes qui n'aiment point cette manière de faire ou qui ont senti les traits de son esprit acéré et mordant sont obligés de rendre hommage à sa droiture et à sa loyauté. Avant son accident, il a beaucoup parcouru le Brésil, et depuis il a continué à l'étudier à sa table de travail, — car c'est un travailleur, — cherchant toujours à s'instruire afin de pouvoir instruire les autres. On peut lui demander n'importe quelle statistique, n'importe quel renseignement sur Rio ou sur le Brésil, il le sait; et tous ceux qui viendront pour s'installer dans ce pays pourront aller lui faire une visite : les conseils donnés seront bons à suivre, car il a l'expérience, et ses renseignements toujours sérieux et appuyés sur des bases solides.
J'ai également été mis en relations avec des commerçants français de la place, par l'intermédiaiTe du consulat ou de M. Morel. J'ai déjà parlé plusieurs fois,
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S4 FAZENDAS ET ESTANCIAS
au cours de ce chapitre, de la décadence de notre commerce à Rio et au Brésil en général EHe est due à des causes multiples et très différentes; j'ai déjà indiqué deux des principales, qui sont la baisse du change, d'une part, et l'augmentation des droits de douane sur nos produits, de l'autre (l). Le commerce allemand nous fait aussi ime concurrence que nos compatriotes quahfient avec indignation de déloyale. Ils vendent, disent-ils, sous l'étiquette française, que tout le monde réclame, des produits contrefaits en Allemagne, Il ne faut pas prendre ces récriminations trop à la lettre, et la contrefaçon n'est pas le seul atout de l'Allemand C'est du moins l'opinion de M. P..., avec qui j'ai eu l'honneur de dîner à l'hôtel International à Sainte- Thérèse, et qui, comme inspecteur de l'Union des fabricants français, chargé de rechercha: et de poursuivre les contrefacteurs dans l'Amérique du Sud, a la prétention de s'y connaître un peu...
Non, le gfros atout de ■l'AUemand, celui par lequel il est vraiment redoutable, c'est le crédit énorme qu'il peut faire à sa clientèle. Allez trouver un fabricant français et parlez-lui de crédit pour un pays quelconque de l'Amérique latine, et vous verrez comme vous serez reçu... Le correspondant français de Rio-
(i) Ces deux causes sont aujourd'hui très atténuées, puisque le change a sensihlement monté ces derniers mois, et que le récent madus vivendi conclu entre la France et le Brésil assure de sérieux avantagea à nos compatriotes établis là-bas.
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de- Janeiro, étant obligé de payer comptant, est obligé aussi de vendre au comptant ou à peu près, à moins qu'il n'ait de très gros capitaux, ce qui est assez rare. Alors, c'est bien simple : ou il ne vend pas, ou bien il se décide à s'adresser en Belgique, en Angleterre ou en AUemagne, et il écoule, lui aussi, les produits belges, anglais ou allemands, avec l'enseigne d'une maison française. Le fabricant allemand, au contraire, vend à son correspondant de Rio avec six mois ou un an de crédit ! Oui, un an, vous avez bien lu. Le correspondant peut donc offrir à sa clientèle un crédit presque illimité, et comme, ici, la clientèle, même riche, aime beaucoup mieux devoir que payer, elle se porte de préférence vers celui qui lui offre le plus long crédit.
Nos fabricants répondent à cela qu'ils ne donnent pas de longs crédits parce que les banquiers, en France, refusent tout papier à long terme. Cela est possible, mais où nos fabricants n'ont pas d'excuse, c'est dans leur entêtement à ne pas vouloir changer leur fabrication.
Je suppose, en effet, un commerçant établi à Rio-de- Janeiro et représentant une maison française au Brésil; une maison de coutellerie, par exemple. La maison française est, bien entendu, une vieille maison dont la réputation est universelle. Car on est étonné de voir combien nous avons chez nous de vieilles maisons de commerce dont la réputation est universelle! Les commis voyageurs du commerçant brésilien lui demandent
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un couteau d'un modèle oouveau, plus en rapport avec les goûts de la clientèle; il écrit vite en France, en demajndant si on peut lui fabriquer ce modèle, et à quel prix. On ilui répond : «Monsieur, la réputation de notre maison est universelle; voilà cent ans que nous produisons tel couteau, et nous ne pouvons pas transformer notre outillage pour vous, » Pendant ce temps, son concurrent allemand a écrit la même lettre en Allemagne, et on lui répond : «Monsieur, nous pouvons vous fournir, à telle date, tant de douzaines de couteaux semblables au modèle demandé, et à tel prix. Veuillez nous télégraphier la commande. » Et quelques mois après Je concurrent allemand inonde le marché de ses couteaux de pacotille, pendant que l'autre attend encore la première douzaine des siens. Quand pareil fait s'est renouvelé une dizaine de fois pour différents articles, le commerçant, qui s'est acharné à représenter de vieilles maisons françaises « dont la réputation est universelle », est obligé de fermer sa boutique, faute de clients.
Toutefois, le commerce de Rio, quelle que soit la nationalité, n'était pas en très bonne posture quand je suis passé dans cette ville. Il est probable que la hausse du change et les sages mesures prises par le gouvernement brésilien ont amélioré beaucoup depuis les conditions de la place.
Tout étranger séjournant quelques jours à Rio doit
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aller au Jardin Botanique. Je n'y ai point manqué, et n'ai pas, du reste, regretté ma promenade. Pour s'y rendre, on prend un tramway à 'la place de la Carioca, qui vous conduit sans transbordement jusqu'à la porte même du Jardin en vous faisant parcourir un des plus jolis quartiers de la ville ; le quartier de Botafogo. Il est situé 'le long de la baie du même nom, qui est une des anses nombreuses de la vaste baie de Rio-de- Janeiro. Beaucoup de rues, dans ce quartier, sont plantées de longs palmiers qui leur donnent un aspect élégant, augmenté encore par les nombreux hôtels bâtis au milieu de parterres fleuris qui donnent l'illusion d'une promenade dans un immense jardin. Le jour choisi était un dimanche; il faisait un soleil radieux, et la baie de Botafogo était remplie de petites barques de plaisance conduites à îa voile ou poussées par des rameurs vigoureux aux maillots de couleurs claires, et semblant lutter de vitesse et disputer des matchs. Sur le quai, un grand nombre de jolies Brésiliennes suivaient de l'œi] ces luttes intéressantes, et tout cela revêtait une animation extraordinaire et vraiment charmante.
Le Jardin Botanique est surtout célèbre par une allée de palmiers géants qui se trouvent presque toujours dans les livres de voyages illustrés ayant trait au Brésil; mais pour l'amateur instruit, il a bien d'autres curiosités végétales. Il est fort bien entretenu et pourrait rivaliser avec notre Jardin d'Acclimatation ou notre Jardin des Plantes de Paris.
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Chose curieuse, bien que ce soit dimanche, c'est tout au plus si je peux compter une vingtaine de promeneurs dans tout le Jardin. C'est, du reste, une remarque
à noter, que le Brésilien semble délaisser complètement les promenades publiques. En dehors du Jardin Botanique, assez éloigné de la ville, Rio possède deux autres promenades admirables, situées, celles-là, au centre même, ou à peu près : le Passeio Publico, d'où l'on a une vue exquise de fraîcheur sur la haute mer et l'entrée de la baie, et la Praça da Republica, grand jardin dessiné par un de nos compatriotes, et qui, dans toute autre vîLle, serait le lieu de prédilection des flâneurs. Eh bien, non, le Brésilien préfère l'étroite rue Ouvidor à ces endroits charmants où l'on a des arbres superbes, de jolies fleurs et de l'air à profusion.
Cela vient surtout, je pense, des femmes brésiliennes, qui aiment peu à sortir. La Brésilienne, mariée ou jeune fille, passe la journée tout entière assise à sa fenêtre, dans une tenue assez légère, à regarder les passants de la rue. Vers cinq heures, elle se décide à s'habiller pour aller faire ses emplettes, et surtout pour se montrer dans la rue Ouvidor, qui prend tous les jours à cette heure-là une animation plus grande encore. A six heures, elle rentre pour ne plus ressortir.
L'animation des rues de Rio, le soir, n'a rien de parisien. Et d'ailleurs rien n'y prête : les théâtres, assez nombreux, sont, en général, assez mal aménagés; les
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cafés, où l'on ne prend guère d'autres consommations que du café 'bouillant, s(mt des salles basses, enfumées, sans air res-pirable, et les terrasses, joie, à Paris, du consommateur et cauchemar du piéton, sont tout à fait inconnues ici ; où les mettrait-on, du reste, dans ces rues étroites où deux voitures parviennent si difficilement à se croiser ?
Il y a bien les confitarias, sortes de brasseries qui tiennent du pâtissier, du confiseur et du glacier (analogues aux établissements du même genre en Italie), où l'on vous sert toutes sortes de boissons rafraîchissantes et entre autres le chileno, mélange de cacao, de lait et de grenadine; le tout, battu ensemble et saupoudré de cannelle, forme une mixture assez agréable au goût.
Mais cela n'a tout de même pas un attrait suffisamment irrésistible pour vous retenir toute une soirée, et ce qu'on a de mieux à faire à Rio, le soir... ma foi, c'est d'aller se coucher.
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